Dans leur lettre à la Commission, les Dres Martel et La Fontaine rappellent qu’une des priorités du Plan de développement en soins palliatifs et de fin de vie 2015-2020 du ministère de la Santé est d’assurer l’équité dans l’accès aux services.

Accès aux soins palliatifs dans les CHSLD: inquiétant manque de couverture médicale

La Commission sur les soins de fin de vie dit partager les préoccupations de l’Association québécoise des soins palliatifs (AQSP) et de la Société québécoise des médecins en soins palliatifs (SQMDSP), qui s’inquiètent d’un manque d’efforts et de ressources pour rendre accessibles des soins palliatifs de qualité dans tous les CHSLD.

Dans une lettre transmise à la Commission sur les soins de fin de vie le 8 janvier, l’AQSP et la SQMDSP jugent «inacceptable» l’absence de couverture médicale dans plusieurs CHSLD, estimant que cette situation va à l’encontre des objectifs de la Loi sur les soins de fin de vie, qui a pour but d’assurer aux personnes des soins de fin de vie de qualité, respectueux de leur dignité. 

«Cette situation est malheureusement une conséquence directe de l’absence de reconnaissance de la prise en charge de cette clientèle en médecine familiale», écrivent les Dres Louise La Fontaine et Christiane Martel, respectivement présidentes de l’AQSP et de la SQMDSP, en référence au fait que les patients hébergés en CHSLD ne sont pas comptabilisés. 

En décembre, Le Soleil a fait état de cas de patients en fin de vie devant être transférés en ambulance à l’hôpital pour y mourir, faute de médecin pour leur prodiguer des soins de confort dans leur milieu de vie. La Dre Christiane Martel avait réagi à nos reportages, estimant que ces transferts de patients agonisants ne respectaient pas leur droit de mourir dans la dignité. 

Dans leur lettre à la Commission, les Dres Martel et La Fontaine rappellent qu’une des priorités du Plan de développement en soins palliatifs et de fin de vie 2015-2020 du ministère de la Santé est d’assurer l’équité dans l’accès aux services. 

Absence de mesure précise

Les deux médecins s’interrogent sur l’absence de mesure précise qui leur permettrait d’analyser la mise en place du volet soins palliatifs du plan, alors qu’il est «beaucoup plus aisé d’obtenir un tableau précis en ce qui a trait aux activités liées à l’aide médicale à mourir (AMM)». 

«Ces données nous indiquent que la très large majorité des gens, pour ne pas dire presque toutes les personnes répondant aux critères d’admission, y ont eu accès. Cela confirme, de façon précise, l’application du plan de développement en ce qui concerne le volet AMM. Nous nous questionnons sur les efforts et les ressources mis en place afin de rendre accessible pour tous l’aide médicale à mourir, partout au Québec, ainsi que sur la rigueur à en rendre compte, par rapport aux ressources investies à ce jour en ce qui a trait aux soins palliatifs de fin de vie», écrivent-elles. 

Il n’a pas été possible jeudi de faire une entrevue en bonne et due forme avec la présidente de la Commission sur les soins de fin de vie, Mireille Lavoie. Mais en son nom, la porte-parole de la Commission, Stéphanie Goulet, nous a fait parvenir une réponse écrite à nos questions. 

«La Commission partage les préoccupations émises par l’AQSP et la SQMDSP. À cet égard, elle soulevait dans son dernier rapport d’activités la disparité des informations transmises dans les rapports des établissements […] concernant l’application de leur politique sur les soins de fin de vie, notamment en ce qui a trait au nombre de personnes en fin de vie ayant reçu des soins palliatifs, et rendant difficiles leur compilation et leur analyse», écrit Mme Goulet. 

La Commission convient que les activités de ses deux premières années d’existence ont surtout porté sur l’AMM, «notamment en raison du nombre croissant d’AMM administrées au Québec». Mais, assure-t-elle, «la Commission souhaite définitivement se pencher sur les autres aspects de son mandat, tel que celui des soins palliatifs». 

Un premier rapport sur la situation des soins de fin de vie doit être transmis au ministre de la Santé au plus tard le 10 décembre 2018, précise Mme Goulet. D’ici là, la Commission compte continuer de recueillir les expériences, préoccupations et propositions des divers acteurs du réseau de la santé pour documenter la situation sur le terrain et de «faire des recommandations au ministre en ce sens».