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Santé

Coronavirus: cinq questions pour cinq experts

Le nouveau coronavirus (2019-nCoV) qui circule en Asie a maintenant fait 26 morts et près d’un millier de malades. Deux cas ont été confirmés aux États-Unis. Au Québec, tous les cas sous observation se sont avérés négatifs. Les responsables ne sonnent pas l’alarme pour le moment, puisqu’il y a nettement plus de choses qu’on ne sait pas au sujet de ce virus que de choses que l’on sait. La Presse canadienne a posé cinq questions à cinq experts.

À quel point la situation actuelle est-elle préoccupante?

Docteure Caroline Quach-Thanh, responsable de l’unité de prévention et contrôle des infections au CHU Sainte-Justine :

«Comme avec tout nouveau virus dont on découvre les propriétés au fur et à mesure qu’il se transmet, c’est toujours préoccupant parce que la sévérité de l’infection est encore inconnue, le nombre de cas réels est encore inconnu... À tout le moins on sait à quel virus on a à faire, on sait qu’on est capables de prévenir la transmission, à tout le moins dans les hôpitaux si on met bien en place les mesures de prévention des infections, mais il faut quand même garder l’œil bien ouvert et ne pas s’asseoir sur nos lauriers.»

Pierre Talbot, spécialiste des coronavirus à l’Institut national de la recherche scientifique :

«La situation actuelle me semble une répétition de l’épidémie du SRAS (syndrome respiratoire aigu sévère) de 2002-2003, causée alors aussi par un coronavirus, un des agents causals du simple rhume.»

Gary Kobinger, du département de microbiologie-infectiologie et d’immunologie de la faculté de médecine de l’Université Laval :

«Elle l’est déjà, préoccupante, mais pas nécessaire inquiétante. C’est un virus qui cause pour la plus grande partie des symptômes légers à modérés. Rarement sérieux. Il faut être prêt pour des présentations sérieuses et pour beaucoup des cas si jamais cela venait.»

Donald Cuong Vinh, du département de microbiologie et d’immunologie de l’université McGill :

«En Chine, c’est quand même important, c’est une crise locale. Mais au Canada, le risque présentement est faible, mais ça peut toujours changer. Il faut être vigilants, mais pas nécessairement hystériques. (...) N’oublions pas que nous sommes en plein milieu de l’hiver! Il y a déjà plein de virus qui circulent et potentiellement plus dangereux que ce coronavirus. La grippe, par exemple, ou le virus respiratoire syncytial (VRS), (...) sont abondamment présents, ils circulent, les gens peuvent devenir très malades, et les taux de mortalité avec ces virus, surtout celui de la grippe, ne sont pas négligeables. Les mesures qui sont en place pour protéger contre ces virus (...) sont les mêmes mesures que celles dont on a besoin pour ce coronavirus. On n’a pas besoin de faire plus. Il faut seulement être vigilants.»

Raymond Tellier, microbiologiste au Centre universitaire de santé McGill :

«Ça demande certainement la plus grande vigilance parce qu’il s’agit d’un événement de virus émergent dont on ne connaît pas encore les propriétés, et tant et aussi longtemps qu’on ne saura pas exactement à quoi on a affaire, il faut être très vigilants. Ça ressemble énormément à ce qui est arrivé avec le SRAS. (...) Comme c’est un virus émergent, il n’y a aucune immunité acquise dans la population, donc en principe ça peut se répandre rapidement. Le virus a maintenant une capacité de se transmettre de personne à personne. Ce qu’on ne sait pas, c’est à quel point les malades sont contagieux. Si on se réfère à l’exemple du SRAS, le SRAS était difficile à gérer parce que bien que la contagiosité moyenne était relativement faible, il y avait une très grande hétérogénéité chez les patients. Alors certains patients étaient peu ou pas contagieux, et d’autres au contraire étaient super contagieux (...) qui historiquement ont infecté 15 à 20 personnes. Et on n’a toujours pas de bonne façon de savoir si un patient infecté est super contagieux ou pas, alors on doit tous les traiter comme s’ils étaient super contagieux. Alors ça rend les événements à suivre un petit peu imprévisibles.»

Que pensez-vous de la gestion de la situation jusqu’à présent?

Docteure Quach-Thanh :

«Je pense que les gens de façon générale ont été très proactifs, ont été plus prudents que moins. J’ai trouvé fascinant de voir que le virus ait été séquencé aussi rapidement. Là où c’est un peu difficile, c’est de connaître vraiment le nombre de cas dont on parle et d’apprendre au fur et à mesure où on pensait qu’il n’y avait pas de transmission dans les hôpitaux, d’apprendre soudainement qu’il y a plusieurs travailleurs de la santé dans les hôpitaux qui ont été infectés... Donc on a besoin d’une transparence dans la gestion de l’éclosion et de l’épidémie pour qu’on puisse réagir à distance et prendre les meilleures mesures possible.»

M. Talbot :

«La gestion de la situation jusqu’à présent me semble à la mesure de la menace de transmission du 2019-nCoV de personne à personne et de pays à pays; à cet effet, je me dois de souligner la proaction et la collaboration apparemment transparente des autorités sanitaires chinoises, ce qui a été tout le contraire dans le cas du SRAS. Il faut démontrer que nous avons appris du SRAS.»

M. Kobinger :

«C’est difficile de dire, pourrait être mieux et pire. Les chiffres/données changent très vite, plus vite que le virus peut se propager donc il y a présentement beaucoup de nouveaux cas identifiés (qui existaient déjà). Tant que l’ajustement (et donc rapide augmentation) ne dure que quelques jours, c’est bon. Si ça double chaque 24 heures pour 20 jours, ça va être difficile.»

M. Vinh :

«La Chine semble avoir appris des leçons du SRAS en 2002, qu’on doit être vigilant face à de nouvelles infections respiratoires, dans ce cas virales. Il semble que les autorités chinoises sont plus transparentes avec les données qu’elles accumulent et elles semblent aussi être capables de mobiliser les ressources pour faire de la recherche (sur le nouveau virus). (...) L’Organisation mondiale de la Santé a déclaré que ce n’est pas une urgence globale, mais (...) de notre point de vue, quand on s’occupe des patients localement (...) on ne veut pas que ça déborde, que ça devienne un problème global pour ensuite dire que c’est une urgence globale. La façon dont on voit souvent les choses dans les hôpitaux, c’est qu’on veut réagir, parfois surréagir, au début pour prévenir une éclosion, au lieu d’attendre pour voir si c’est une éclosion et après ça dire qu’on va mettre des mesures en place.»

M. Tellier :

«À maints égards ça a été très bien et c’est une amélioration notable par rapport au SRAS. Le virus a été détecté, semble-t-il, relativement tôt dans l’événement, alors que c’est encore à peu près complètement confiné en Chine, la séquence génétique a été complètement déterminée, on a déjà des tests génétiques qui ont été mis au point, et on sait à quoi on a affaire. (Quand la crise du SRAS a commencé), on ne savait même pas à quel type de microbe on avait affaire (...) et c’est seulement en cours de route qu’on a su un petit peu à quoi on avait affaire. D’autre part, on profite des leçons apprises pendant la crise du SRAS en termes de prévention des infections et de surveillance proactive. Je pense que la gestion a été de beaucoup supérieure à ce qu’on a vu avec le SRAS et on est en bien meilleure posture.»

Quels conseils donneriez-vous à un voyageur qui doit se rendre dans cette région?

Docteure Quach-Thanh :

«Présentement je vous dirais que si les gens n’ont pas besoin d’aller dans la région de Wuhan, j’éviterais la région parce que l’épicentre a vraiment l’air d’être là. Maintenant, de toute évidence il y a eu de la transmission à l’extérieur de cette région-là, qui semble encore plutôt localisée, il ne semble pas encore y avoir de transmission locale soutenue, alors les précautions de base valent toujours, c’est-à-dire une bonne hygiène des mains, un nettoyage de l’environnement dans lequel on est (...) C’est sûr que le port du masque, si on va dans une région où il y a énormément de cas, peut diminuer la transmission parce que la transmission se fait principalement par gouttelettes, donc les gens qui toussent et le virus qui se dépose à nos voies respiratoires, donc le port du masque peut aussi être une bonne mesure de protection.»

M. Talbot :

«Je recommanderais à ce voyageur de ne se rendre dans cette région que si absolument nécessaire; dans ce dernier cas, il devra être vigilant et appliquer toutes les mesures disponibles de protection personnelle, notamment bien sûr un masque, que les Chinois utilisent beaucoup déjà pour se protéger de la pollution.»

M. Kobinger :

«Éviter la ville problématique si c’est possible (pas nécessaire de prendre des risques inutiles pour du tourisme), au moins jusqu’à ce que la situation soit mieux définie.»

M. Vinh :

«C’est sûr qu’on ne veut pas jouer avec le feu, donc si c’est un voyage qui peut être retardé à un autre point, lorsque les choses seront plus connues, peut-être que la crise est passée, c’est sûr que ce serait idéal. Si c’est absolument impossible d’éviter des voyages dans la région, les mesures qu’on utilise présentement pour se protéger contre les autres virus respiratoires devraient être adéquates.»

M. Tellier :

«Le conseil qui a été donné par les agences de santé publique aux États-Unis, c’est de ne pas y aller. Ça serait la seule façon d’avoir une certitude. Mais s’ils doivent vraiment y aller, il faut éviter les contacts avec le virus, ce qui est plus facile à dire qu’à faire, certainement éviter les marchés où ils vendent des animaux vivants, éviter les contacts avec les patients qui auraient cette maladie, ce qui est plus facile à dire qu’à faire surtout s’il y a des patients infectés qui sont asymptomatiques. (...) En principe, les masques respiratoires de type n95 seraient à recommander pour une protection respiratoire, mais ce n’est pas nécessairement confortable tous les jours. Les masques de type chirurgicaux produiraient une protection beaucoup moindre parce qu’on soupçonne qu’il y a probablement des événements de transmission par aérosol.»

À quoi doit-on s’attendre au cours des prochains jours/prochaines semaines?

Docteure Quach-Thanh :

«Je pense qu’on va voir de plus en plus de cas émerger un peu partout, avec les voyages transatlantiques (...) c’est certain qu’il va y avoir un cas qui va arriver dans un pays qui n’avait pas encore été touché. Je pense aussi qu’avec la capacité que nos laboratoires de santé publique ont déjà de détecter le virus, on va se mettre effectivement à en détecter parce qu’on va se mettre à le chercher et ce que j’espère c’est qu’il n’y ait pas de transmission locale soutenue. Donc pour moi, le message le plus important c’est aux gens qui voyagent et qui reviennent et qui ont des symptômes respiratoires, d’essayer d’éviter les endroits fort populeux et s’ils ont à aller à l’urgence de déclarer rapidement (...) qu’ils ont été dans un pays où il y avait de la transmission du nouveau coronavirus pour qu’on puisse les mettre en isolement de façon adéquate.»

M. Talbot :

«Je m’attends à une propagation à un rythme soutenu de l’épidémie et à l’augmentation du taux de mortalité pour atteindre environ 10 %, ce qui a été le cas pour le SRAS; la mise en place de mesures de surveillance et de mises en quarantaine des cas possibles devrait ralentir et éventuellement stopper la progression.»

M. Kobinger :

«Plus de cas détectés, plus de pays touchés, s’il commence a avoir de la propagation rapide dans d’autres pays alors nous allons être dans une situation où la capacité mondiale à contrôler un nouveau pathogène va être testée.»

M. Vinh :

«D’un point de vue médical, c’est sûr qu’on va voir de plus en plus (de patients), les gens vont avoir peur parce que les symptômes de ce coronavirus sont semblables aux autres symptômes viraux, c’est-à-dire comme la grippe et le VRS. Tous donnent les mêmes symptômes, donc tout le monde va s’inquiéter. On risque d’avoir quelque chose d’extrême où on essaie un petit peu de marginaliser certains gens, comme on a vu (...) avant avec le SRAS. Mais on ne veut pas (mettre en place) une culture où on dit qu’on va éviter les gens asiatiques qui toussent parce que ça va nous donner un virus. (...) Les gens vont avoir des infections virales, des rhumes et des grippes, et ça c’est normal. Il y a des taux déjà élevés, et ça n’a rien à voir avec le coronavirus. C’est certain qu’on va avoir un patient ou des patients confirmé(s) positif(s) pour cette nouvelle souche de coronavirus, mais il faut comprendre que les données qui sortent présentement, qui peuvent toujours changer, le taux de mortalité est inacceptable, mais faible, et les gens qui semblent surtout à risque sont les aînés, encore une fois comme les autres infections virales. Ça ne serait pas surprenant que le virus arrive ici, (...) mais les choses ne seront pas différentes de ce qui se passe déjà.»

M. Tellier :

«Un groupe de modélisation des maladies infectieuses au Royaume-Uni vient de produire un article de quatre pages pleines de mathématiques pour essayer de prévoir quelle est la situation actuelle, et avec très peu de prévisions. Je ne sais pas. De façon générale, un événement de virus émergent, avec un virus comme celui-là, il y a grosso modo trois ou quatre (possibilités). La première, c’est que ça va mourir très rapidement parce que le virus n’est pas capable de se transmettre à un taux suffisant pour maintenir l’infection ou pour déclencher une épidémie. La deuxième, c’est que ça déclenche une épidémie relativement petite, le virus n’est pas très contagieux et il y a moyen de le contrôler (...). Le troisième scénario, qui est toujours celui qu’on redoute le plus, c’est une pandémie à l’échelle mondiale (...) mais on n’a jamais vu ça avec un coronavirus, même un coronavirus aussi dangereux que le virus du cause le syndrome respiratoire du Moyen-Orient, qui est associé à une mortalité de 40 pour cent (...) le virus est resté confiné presque exclusivement en Arabie saoudite avec un petit peu de cas au Moyen-Orient. Il faut quand même être très humbles parce que c’est un virus dont on ne connaît pas les propriétés et c’est un peu difficile de prévoir avec grande certitude ce qui va se passer.»

Quelles mesures recommanderiez-vous au ministre de la Santé du Canada?

Docteure Quach-Thanh :

«Ce n’est pas ma place de dire au ministre quoi faire, mais je pense que ce qui est très important c’est de réaliser à quel point les structures de santé publique qui sont en place à la fois par les laboratoires, par les directions de santé publique, l’Agence de santé publique du Canada sont des structures qui doivent avoir les moyens nécessaires pour être capables de gérer la situation, de sortir des recommandations rapidement pour que les différents hôpitaux aient une base sur laquelle s’appuyer pour mettre en place les différentes recommandations.»

M. Talbot :

«Je recommanderais en tout premier lieu de ne pas alimenter un sentiment de panique dans la population, en mettant l’emphase sur le fait que les coronavirus sont une famille de virus qui se propagent difficilement de personne à personne, en comparaison par exemple au virus de l’influenza causant la grippe, ce qui fait que l’épidémie actuelle pourra être contenue par des mesures de vigilance et de quarantaine, tout comme pour le SRAS.»

M. Kobinger :

«Ils savent déjà : plan de communication prêt, quarantaine prête au cas, diagnostic prêt, coordination des hôpitaux prête, prise en charge prête, etc. Je suis certain que c’est déjà prêt en tout cas.»

M. Vinh :

«Je pense qu’ils font déjà ce qu’ils sont capables de faire. La Chine doit être encouragée, être transparente et honnête avec ses données, ce qui semble être le cas. Le Canada et les provinces ont des processus déjà en place (...) pour faire le diagnostic aussi rapidement que possible. (...) Quand on a des éclosions comme celle-là, ou des éclosions potentielles, la seule façon qu’on sera capable de contrôler et de battre cette éclosion, et les autres éclosions dans le futur, c’est par la recherche. (...) Il faut comprendre comment ces virus sont sortis, comment ils infectent les humains et comment on peut les traiter. Si on peut répondre à ça, on peut développer des nouveaux traitements en cas que ça se reproduise.»

M. Tellier :

«Il n’est pas approprié pour moi de faire des recommandations. Le ministre a des ressources de consultation (...) et ce sont les meilleurs canaux. Je pense qu’on peut certainement réitérer les principes généraux de contrôle des infections et toute l’expérience qu’on a acquise avec le contrôle du SRAS.»

Les propos des experts ont été condensés à des fins de clarté et de concision.

Santé

Coronavirus: le Canada ne connaîtra pas de quarantaines massives

TORONTO — Les Canadiens n’ont pas à s’inquiéter de voir des villes entières mises en quarantaine, même dans l’éventualité — probable — que des cas d’infection au nouveau coronavirus soient signalés au pays, ont assuré vendredi des responsables de la santé publique.

Ils affirment qu’on ne risque pas d’assister ici à ce qui s’est passé à Wuhan, ville chinoise de 11 millions d’habitants où serait née l’éclosion de pneumonie au nouveau coronavirus. «Si un cas survient ici — et il est probable que cela arrive —, la vie suivra son cours», a assuré le docteur Peter Donnelly, directeur de la Santé publique en Ontario.

Affaires mondiales Canada a recommandé vendredi d’«éviter tout voyage non essentiel» dans la province du Hubei, y compris dans les villes de Wuhan, de Huanggang et d’Ezhou, en raison de l’imposition par les autorités chinoises de «sévères restrictions de voyage» visant à limiter la propagation du nouveau coronavirus.

Outre Wuhan, la Chine a fermé les transports dans au moins 12 autres villes, qui comptent plus de 36 millions de personnes. Les rues animées, les centres commerciaux et autres espaces publics sont devenus étrangement déserts, les masques sont obligatoires en public et certains hôpitaux sont à court de fournitures médicales.

Aucun cas au Canada

La médecin hygiéniste de Toronto, Eileen de Villa, a exhorté les citoyens à consulter des sources d’information crédibles sur l’éclosion virale, comme le site Internet de l’Agence de la santé publique du Canada.

Les symptômes de l’infection au coronavirus ressemblent à ceux du rhume ou de la grippe — toux, fièvre, serrement de poitrine et essoufflement. Mais l’infection peut se transformer en pneumonie, maladie plus grave.

Bien qu’aucun cas n’ait été signalé au Canada, les inquiétudes concernant la propagation du virus au pays ont ravivé — surtout en Ontario — les souvenirs de l’épidémie de syndrome respiratoire aigu sévère (SRAS) en 2003. L’éclosion avait fait 44 morts dans la grande région de Toronto et la ville était devenue temporairement une «pestiférée» —l’Organisation mondiale de la santé (OMS) avait lancé un avis conseillant aux voyageurs d’éviter la métropole canadienne.

Mieux préparés qu’en 2003

Le docteur Donnelly, de Santé publique Ontario, rappelle que la situation est maintenant très différente, car les autorités sont bien mieux préparées qu’elles ne l’étaient pour le SRAS : les communications sont plus efficaces, les hôpitaux disposent de meilleures installations d’isolement, si nécessaire, et un test fiable est disponible pour détecter le coronavirus dans les 24 heures.

«Il y a deux semaines encore, les scientifiques ne savaient rien de cette maladie; aujourd’hui, nous connaissons le génome complet du virus et nous disposons d’un test spécifique et fiable, a expliqué le docteur Donnelly. Or, dans de telles situations, ce qui compte, c’est la vitesse et la certitude.»

Par ailleurs, les responsables de la santé publique travaillent avec le Laboratoire national de microbiologie, à Winnipeg, pour mettre au point un test encore plus rapide, a rappelé le docteur Donnelly.

Sa collègue De Villa souligne par ailleurs l’importance de pratiquer une bonne hygiène de base pour prévenir la transmission des virus en général. Les mesures simples consistent à se laver soigneusement les mains, à tousser ou éternuer dans le pli de son coude, et à rester à la maison si l’on est malade.

Même si l’OMS a décidé pour l’instant de ne pas décréter d’«urgence de santé publique de portée internationale», le docteur Donnelly a assuré que les autorités déploient tous les efforts pour garantir que d’éventuels cas signalés au Canada seraient traités efficacement et avec célérité. La docteure Theresa Tam, administratrice en chef de la santé publique du Canada, déclarait jeudi que les chances d’une épidémie au pays étaient faibles.

Les responsables de la santé publique ont par ailleurs rappelé que le rhume provient de la même famille que le nouveau coronavirus et que le virus de la grippe tue des milliers de Canadiens chaque année.

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AUCUN CAS RÉPERTORIÉ AU QUÉBEC

À ce jour, au Québec, il n’existe aucun cas répertorié d’une personne ayant contracté le coronavirus.

Au cours des derniers jours, six personnes étaient en observation dans des hôpitaux de Québec et Montréal pour déterminer si elles étaient atteintes du coronavirus. Dans tous les cas, les tests ont été négatifs.

L’information a été fournie vendredi par le directeur national de la Santé publique, Horacio Arruda, qui s’est montré rassurant, en faisant le point sur la situation à travers le Québec.

Mardi, M. Arruda avait indiqué que six voyageurs en provenance de la Chine étaient débarqués au Québec au cours des derniers jours en présentant des symptômes qui pouvaient s’apparenter à ceux associés au virus mortel, soit des troubles respiratoires.

Elles ont été placées aussitôt sous surveillance médicale dans des hôpitaux de Québec et de Mont­réal pour y subir des tests. Déjà, mardi, l’une d’elles avait reçu son congé.

Les cinq autres étaient toujours en observation, mais elles ont appris vendredi qu’elles n’avaient pas contracté le virus qui ébranle la Chine. «Il n’y a aucun nouveau cas de coronavirus pour l’instant au Québec ni au Canada», a assuré M. Arruda.

Le réseau est prêt

Cependant, par mesure préventive, il ne faudrait pas se surprendre de voir d’autres personnes dans les semaines qui viennent faire elles aussi l’objet d’une surveillance médicale en relation avec ce virus, a dit le principal responsable de la santé publique au Québec.

Et si jamais on découvrait qu’une personne a effectivement contracté le virus potentiellement mortel, le Québec ne serait pas pris au dépourvu, ayant déjà pris toutes les mesures requises pour empêcher la maladie de se propager, a insisté M. Arruda, convaincu que les autorités de santé publique n’avaient pas dormi «sur la switch» ces derniers temps.

Car, chose certaine, «le réseau [de la santé] est prêt à faire face à une éventuelle apparition de cas», selon lui.

«Notre réseau de la santé est sous tension» et prêt à toute éventualité, assure-t-il, exhortant la population à ne pas céder à une peur irrationnelle et non fondée, alors que la Chine multiplie les mesures draconiennes visant à contenir l’éclosion. La Presse canadienne

Santé

Un nouveau laboratoire de recherche de 2M$ inauguré au CHU de Québec [VIDÉO]

Franchissez d’abord quatre portes massives, toutes verrouillées pour assurer la sécurité du local à la fine pointe de la technologie. Dans cet environnement sanitaire où le port d’un équipement de protection est obligatoire, des virus émergents à potentiel pandémique seront analysés par quelques chercheurs du Centre de recherche du CHU de Québec. Bienvenue dans le tout premier laboratoire de confinement respiratoire de niveau 3 (NC3) dédié à la recherche au Québec.

 «Ce n’est pas organisé avec le gars des vues!» a d’emblée lancé le microbiologiste infectiologue Guy Boivin, en référence à la proximité temporelle de l’inauguration du nouveau laboratoire et de l’épidémie de coronavirus qui sévit actuellement en Chine.

Le chercheur de renommée internationale, Guy Boivin, réalisait vendredi l’un de ses rêves en inaugurant son laboratoire NC3, un projet qu’il chérissait depuis au moins 5 ans.

«Je pense que cette nouvelle épidémie [du coronavirus] illustre la nécessité d’avoir des laboratoires de niveau de confinement 3 dédiés à la recherche», a-t-il expliqué lors de son allocution, vendredi.

Santé

Le coronavirus 2019-nCoV se cacherait dans les serpents

MONTRÉAL — Le nouveau coronavirus (2019-nCoV) qui circule en Asie proviendrait partiellement des chauves-souris et se serait caché dans les serpents avant de passer aux humains, concluent des chercheurs chinois.

Dans une étude publiée en ligne par le Journal of Medical Virology, les chercheurs de l’Université de Wuhan — la ville où l’éclosion a été détectée pour la première fois — rappellent que les victimes ont fréquenté un marché en plein air où elles ont côtoyé des fruits de mer, de la volaille, des serpents, des chauves-souris et du bétail.

En procédant à une analyse génétique détaillée du 2019-nCoV et en le comparant au profil génétique d’autres virus, les scientifiques concluent que le nouveau virus semble provenir d’une combinaison entre un coronavirus trouvé chez les chauves-souris et un autre coronavirus d’origine inconnue. Le 2019-nCoV se serait ensuite caché dans des serpents avant de sauter aux humains.

«Tout est possible»

«Oui, c’est possible, a commenté par courriel le chercheur Gary Kobinger, du département de microbiologie-infectiologie et d’immunologie de l’Université Laval. Le virus s’apparente aux coronavirus de chauves-souris (nous et d’autres l’avions noté) et selon cette analyse de serpents. Il ne s’agit que de l’origine qui peut dater de plusieurs années/décennies. Tout est possible. Dans tous les cas, la vraie réponse va venir des échantillons récoltés dans le marché et ailleurs (échantillonnage de l’environnement qui inclut les animaux).»

Les chercheurs chinois croient que l’identification des serpents comme étant «fort probablement le réservoir [...] est très importante pour un contrôle efficace de l’éclosion causée par le 2019-nCoV».

L’étude recommande de tester l’efficacité des antiviraux disponibles face au nouveau coronavirus.

Santé

Élargissement de l’aide médicale à mourir: le Collège des médecins met en garde

Le Collège des médecins du Québec (CMQ) met en garde le gouvernement Legault et les administrateurs du réseau de la santé au sujet de l’élargissement de l’accès à l’aide médicale à mourir (AMM) aux personnes qui ne sont pas en fin de vie : les ressources mobilisées par la gestion des demandes d’AMM ne devront pas l’être au détriment des autres malades qui ont besoin de soins actifs.

Dans un éditorial publié jeudi matin sur le site Internet du CMQ, le secrétaire de l’ordre professionnel, le Dr Yves Robert, rappelle qu’en clinique, le pronostic vital est très important pour décider des soins appropriés à dispenser à une personne atteinte d’une maladie grave et incurable. 

«De plus, s’il peut être acceptable, à certaines conditions, d’abréger la période d’agonie vécue par une personne dont le décès est imminent et qui souffre de manière intolérable sans pouvoir être soulagée — ce qui était le cadre de réflexion initial jusqu’à maintenant —, il en va tout autrement d’une personne dont le décès n’est pas prévu à brève échéance. L’évaluation de l’ensemble de la situation clinique de la personne qui demande une AMM doit être effectuée avec encore plus de rigueur et de compétence, et le respect de tous les critères de la loi doit être confirmé», ajoute le secrétaire du CMQ.

Le Dr Yves Robert souligne qu’il importera toujours de considérer l’ensemble de l’arsenal thérapeutique disponible pour soulager la souffrance d’une personne, «mais aussi tout ce qui, au-delà des soins, pourrait améliorer sa qualité de vie».

Le docteur rappelle du reste que si on élargit le droit des patients à faire une demande d’AMM, «cela ne signifie pas pour autant que l’AMM sera administrée». Il souligne que la demande sera analysée en tenant compte des autres critères imposés par la loi et de l’évaluation de la situation clinique du patient, comme c’est déjà le cas présentement.

Le secrétaire du CMQ rappelle également aux responsables politiques et aux administrateurs du réseau de la santé qu’avec les modifications législatives à venir, «l’évaluation de la situation clinique prendra du temps et des ressources appropriées, qui devront être disponibles». «Le véritable défi sera de veiller à ce que les ressources mobilisées par la gestion des demandes d’AMM ne le soient pas au détriment des autres malades qui ont besoin de soins actifs», écrit-il.

Le Dr Robert s’intéresse aussi à la réflexion qui sera entamée à moyen terme avec les spécialistes en santé mentale. Selon lui, «les défis que représente l’accompagnement des malades atteints de troubles psychiatriques ou du comportement qui demandent une AMM deviennent particulièrement cruciaux dans le contexte des prochains changements législatifs, et les soignants devront être guidés».

Santé

Mystérieux virus chinois: cinq personnes sous surveillance au Québec

Il y a cinq personnes qui sont présentement sous surveillance dans les hôpitaux du Québec, en lien avec le coronavirus qui sème l’inquiétude en Chine.

Pour l’instant, rien n’indique que ces personnes ont effectivement contracté le virus potentiellement mortel, mais elles reviennent de Chine et ont des symptômes de maladies respiratoires qui méritent de ne rien laisser au hasard.

Elles sont présentement en observation dans des hôpitaux de Montréal et de Québec.

Au total, au cours des derniers jours, six voyageurs en provenance de Chine ont fait l’objet d’un examen des autorités médicales. Une d’elles a déjà obtenu son congé, mercredi, les tests étant négatifs.

Ces informations ont été fournies mercredi par le directeur national de la santé publique, Horacio Arruda, en conférence de presse.

Ce dernier a cherché à se faire rassurant, en affirmant que tout était en place dans le réseau de la santé pour intervenir rapidement si jamais un cas de coronavirus était détecté au Québec.

Des instructions ont été données pour détecter d’éventuels cas problèmes dans les aéroports et dans les salles d’urgence des hôpitaux.

Les principaux symptômes sont la fièvre, la toux et des difficultés respiratoires.

Dans la région de Wuhan, en Chine, la propagation du nouveau virus a rendu malades des centaines de personnes et fait 17 morts jusqu’à maintenant.

L’intervention de M. Arruda est survenue alors qu’à Genève, l’Organisation mondiale de la santé (OMS) doit déterminer si l’éclosion doit être considérée comme une «urgence de santé publique de portée internationale».

Quoi qu’il en soit, le Québec est déjà en état d’alerte. «Nous agissons exactement comme si c’était une urgence internationale», a observé M. Arruda, étant donné que régulièrement des voyageurs reviennent de Chine et «pourraient avoir la maladie».

«On préfère pécher par excès que de laisser un cas se promener dans la communauté», a-t-il commenté.

Santé

Les autorités de la santé publique au Canada se préparent au coronavirus [VIDÉO]

Les agences de santé publique au Canada se préparent déjà à lutter contre une nouvelle maladie virale qui avait fait jusqu’à mercredi 17 morts en Chine et infecté plus de 500 personnes.

Les agences de santé publique affirment qu’elles attendent les instructions de l’Organisation mondiale de la santé, qui a réuni un groupe d’experts indépendants, mercredi, pour déterminer si l’éclosion doit être déclarée «urgence de santé publique de portée internationale», car le coronavirus est apparu dans d’autres pays. De telles urgences mondiales avaient été déclarées par le passé pour le virus de l’Ebola en Afrique et le virus Zika dans les Amériques.

La docteure Theresa Tam, administratrice en chef de la santé publique du Canada, précise toutefois que le risque pour les Canadiens de contracter le nouveau coronavirus demeure faible.

À LIRE AUSSI : Terrifiant ou assez bénin? Un texte de notre journaliste scientifique Jean-François Cliche

À LIRE AUSSI : Le bilan du nouveau coronavirus s’alourdit en Chine

Le médecin-hygiéniste en chef de l’Ontario, David Williams, affirme que le pays est bien mieux placé pour réagir à l’éclosion qu’il y a 17 ans, lorsque le syndrome respiratoire aigu sévère - le «SRAS» - avait fait plus de 900 morts dans le monde, dont 44 au Canada, dans la grande région de Toronto.

Le docteur Williams explique que les chercheurs ont déjà identifié le nouveau coronavirus et qu’une méthode pour le tester est déjà utilisée, ce qui n’était pas le cas pour les premiers stades de l’épidémie de SRAS en 2002.

Il rappelle que le personnel de première ligne dans les hôpitaux et les cliniques demande déjà à ceux qui présentent des symptômes grippaux leurs antécédents de voyage pour mieux diagnostiquer et suivre la trace du nouveau virus.

Santé

Réseau de la santé: terminée l’omertà dans la région de Québec?

Terminée l’omertà dans le réseau de la santé, a martelé encore lundi la ministre de la Santé, Danielle McCann. Dans la région de Québec, les établissements n’ont mis en place aucune mesure particulière pour faire écho à la directive de la ministre.

Le quotidien La Tribune a fait état au cours des derniers jours de deux cas d’employés du CIUSSS de l’Estrie qui, peu avant les Fêtes, ont reçu des suspensions de trois et de quatre semaines sans solde pour avoir tenu des propos sur les réseaux sociaux. Dans l’un des cas, l’infirmier a dénoncé, dans un long cri du cœur sur Facebook, les conditions de travail qui prévalent dans le département de psychiatrie de l’Hôtel-Dieu de Sherbrooke.

Sans commenter ces cas particuliers, le cabinet de la ministre Danielle McCann a répété lundi que l’omertà dans le réseau de la santé était «inacceptable» et que les pdg des établissements devaient laisser les employés s’exprimer sans crainte de représailles. 

L’attaché de presse de la ministre, Alexandre Lahaie, a mentionné au Soleil que la ministre était sortie publiquement en novembre, «mais aussi avant», pour que cesse cette omertà et qu’elle avait eu l’occasion de transmettre le message aux pdg lors de comités de gestion du réseau. «Elle a demandé aux pdg d’écouter leurs suggestions et critiques sans qu’ils aient de crainte de représailles», a résumé M. Lahaie, ajoutant que le message serait répété «s’il le faut».

Alexandre Lahaie a toutefois refusé de s’avancer sur ce qui est précisément attendu des établissements, sur ce qu’ils devraient faire ou ne pas faire pour se conformer à la demande de la ministre McCann. 

Tant au CHU de Québec qu’au CIUSSS de la Capitale-Nationale et au CISSS de Chaudière-Appalaches, aucune mesure particulière n’a été mise en place pour faire écho à la directive de la ministre. 

Le CISSS de Chaudière-Appalaches et le CIUSSS de la Capitale-Nationale nous ont toutefois mentionné cette semaine avoir invité en décembre leurs employés à prendre part aux travaux entourant la commission sur la DPJ présidée par Régine Laurent. Celle-ci avait dénoncé le 5 décembre l’omertà dans laquelle vivent les intervenants de la DPJ. 

Au CISSS de Chaudière-Appalaches, on fait signer aux employés un «engagement de confidentialité et au respect de la politique de sécurité de l’information», qui a surtout trait à la confidentialité des renseignements personnels et à la sécurité des actifs «informationnels» et de télécommunication de l’organisme.

Médias sociaux

L’établissement nous a aussi fait parvenir une fiche synthèse de sa directive d’utilisation des médias sociaux. On peut y lire que «le devoir de loyauté envers l’établissement s’applique sur les réseaux sociaux». «L’obligation de loyauté implique que vous agissiez avec discrétion, bonne foi et fidélité en tout temps, même sur les médias sociaux et à titre personnel», indique-t-on. 

Le CISSS de Chaudière-Appalaches proscrit également «tout jugement ou propos désobligeant, vexant, médisant, blessant ou calomnieux à l’endroit d’un collègue, de l’établissement, d’un usager ou de toute autre personne». 

Au CIUSSS de la Capitale-Nationale, on affirme encourager et souhaiter la libre expression des employés, «tant que celle-ci est respectueuse des usagers, des collègues et de l’organisation afin de ne pas porter préjudice à ceux-ci». 

«D’ailleurs, divers mécanismes en place permettent aux employés de s’exprimer en toute confidentialité, et ce, peu importe la situation», indique par courriel le directeur adjoint des communications, Vincent Lamontagne.

Selon lui, aucune entente de confidentialité n’est soumise aux employés du CIUSSS. 

«Nous préférons les sensibiliser et les outiller quant à l’importance du respect et de la civilité dans l’exercice de leurs fonctions, entre autres, via notre Code d’éthique, notre Politique relative à la promotion de la civilité et à la prévention du harcèlement et de la violence en milieu de travail, notre Politique sur la lutte contre la maltraitance, et notre Procédure relative à l’utilisation des médias sociaux. Il est très rare et exceptionnel que des situations mènent à des mesures disciplinaires», souligne M. Lamontagne.

Au CHU de Québec, on dit prôner la transparence et encourager les employés à dénoncer les actes répréhensibles. 

«On n’a pas de politique d’omertà, on ne musèle pas. Jamais on ne va sanctionner une personne qui donne son opinion sur les réseaux sociaux ou dans les médias. On n’a aucun cas de mesure disciplinaire pour quelqu’un qui a dénoncé quelque chose publiquement. […] Là où on est beaucoup moins tolérants et où des mesures disciplinaires peuvent être appliquées, c’est si des informations confidentielles sur des usagers transparaissent, ou s’il y a de la violence verbale ou physique, ou du harcèlement», indique la porte-parole Geneviève Dupuis.

Santé

Le gras abdominal augmente le risque de nouvelle crise cardiaque

MONTRÉAL - Les gens qui ont survécu à une crise cardiaque courent un risque accru de nouvel incident s’ils présentent un surplus de poids à l’abdomen, prévient une étude publiée par le European Journal of Preventive Cardiology.

Des études précédentes avaient démontré que l’obésité abdominale était un facteur de risque important pour un premier infarctus, mais aucune association n’avait jusqu’à présent été documentée entre cette obésité et le risque subséquent de crise cardiaque.

«En fait, c’est un peu évident, a commenté le cardiologue Martin Juneau, de l’Institut de cardiologie de Montréal. Quand les auteurs disent que ça n’avait jamais été étudié, c’est comme dire qu’on n’a jamais étudié l’effet du tabac après un infarctus. C’est évident que si ça a un effet pour causer un infarctus, alors ça va avoir un effet pour en causer d’autres. Alors, pour moi, ça a toujours été une évidence que l’obésité abdominale est une situation très risquée qui, encore aujourd’hui, est un petit peu sous-estimée ou méconnue.»

Les chercheurs du prestigieux Karolinska Institute, en Suède, ont suivi plus de 22 000 patients après leur premier infarctus, afin d’étudier l’association entre l’obésité abdominale et des événements cardiovasculaires secondaires. Ils se sont spécifiquement intéressés aux événements causés par des artères obstruées, comme des crises cardiaques (mortelles ou non) et des accidents vasculaires cérébraux (AVC).

La plupart des sujets - 78 % des hommes et 90 % des femmes - souffraient d’obésité abdominale (un tour de taille de 94 centimètres et plus pour les hommes, et de 80 centimètres et plus pour les femmes).

L’obésité abdominale a été associée aux crises cardiaques et aux AVC, indépendamment de facteurs comme le tabagisme, le diabète, l’hypertension et l’indice de masse corporelle. Le tour de taille était un marqueur plus important d’événements secondaires que l’obésité générale.

L’auteure de l’étude, la Dre Hanieh Mohammadi, prévient dans un communiqué que le risque d’événement secondaire était plus élevé chez les patients souffrant d’obésité abdominale, même si ceux-ci prenaient de la médication pour traiter les problèmes de santé qui y sont associés.

«Une des auteures dit qu’une fois qu’ils ont fait leur infarctus, nous, on traite toutes les conséquences de l’obésité abdominale: on traite la glycémie qui est élevée avec l’insulinorésistance, on traite l’hypertension, on traite le cholestérol élevé... Mais moi, ça ne m’étonne pas du tout parce qu’on n’a pas traité la cause, on traite ça avec des pilules!» s’est exclamé le Dr Juneau.

«Pour vous donner une idée, chez une jeune femme, disons 30 à 55 ans, [l’obésité abdominale] multiplie le risque [d’infarctus] par trois.»

Plaques déstabilisées

Le type de cellules graisseuses qu’on trouve au niveau des viscères sécrète des facteurs inflammatoires qui vont entrer dans le système sanguin et déstabiliser les plaques d’athérosclérose au niveau des artères coronaires, a expliqué le Dr Juneau, en plus de déranger la circulation cérébrale et de causer plus de démence précoce.

«Ça affecte tout le système, cette graisse-là, a-t-il dit. L’inflammation va contribuer à fragiliser les plaques d’athérosclérose sur les coronaires qui vont causer des caillots. Ce que vous ne voulez pas, ce sont des lésions sur vos coronaires inflammées et friables. Vous voulez qu’elles soient stabilisées. Et pour les stabiliser, ça prend une alimentation anti-inflammatoire, comme méditerranéenne ou végétarienne, et tous les ingrédients d’une [alimentation] méditerranéenne - les fruits, les légumes, les grains entiers, les oméga-3 - ça vient stabiliser les plaques parce que c’est très anti-inflammatoire.»

Perdre du poids n’est pas facile, reconnaît le Dr Juneau, et ce n’est pas en multipliant les redressements assis qu’on se débarrassera de notre graisse abdominale. La seule façon de régler le problème est de modifier nos habitudes de vie, en commençant par l’alimentation et l’activité physique.

«Si vous ne changez pas votre [alimentation], si vous faites juste prendre des pilules, l’inflammation est là et le risque est là, a-t-il dit. Ça renforce le message pour les cliniciens [...] que même si on a traité avec des pilules pour la pression, le cholestérol et le diabète, si on n’a pas réglé l’obésité abdominale, on n’a pas réglé grand-chose. Ça, c’est fondamental.»

Santé

Le scorbut toujours présent au Canada

MONTRÉAL — Le scorbut est toujours présent au Canada et menace certains des membres les plus vulnérables de la société, prévient une nouvelle étude réalisée par des chercheurs ontariens.

La maladie, qu’on associe habituellement aux pirates et aux longs voyages océaniques d’une autre époque, est causée par un déficit en vitamine C. Elle se traduit entre autres par des ecchymoses, de la faiblesse, de l’anémie, des problèmes de gencives et la perte de dents. Elle peut aussi provoquer la mort si elle n’est pas traitée.

Des chercheurs de l’université McMaster ont recensé 52 cas de déficit en vitamine C en neuf ans dans les deux systèmes hospitaliers de la ville de Hamilton. Treize patients avaient reçu un diagnostic officiel de scorbut. Les 39 autres étaient aussi atteints de la maladie, mais ne présentaient aucun symptôme.

Certains cas concernaient des patients ayant subi une chirurgie bariatrique ou souffrant d’un problème d’alcool. La plupart des cas étaient toutefois ceux de gens atteints d’une maladie mentale, isolés socialement ou dépendants d’autres pour leur alimentation.

L’auteure de l’étude, la docteure Kayla Dadgar, a indiqué dans un communiqué que le scorbut ne devrait «jamais» survenir dans un pays développé comme le Canada. Le fait qu’il soit toujours présent démontre selon elle que les membres les plus vulnérables de la société ne reçoivent pas l’appui dont ils ont besoin.

Les médecins qui les soignent devraient en être informés et être à même de diagnostiquer la maladie, a-t-elle ajouté.

Tous les patients se sont rétablis après avoir reçu des suppléments de vitamine C.

Les conclusions de cette étude sont publiées par le Journal of General Internal Medicine.

Santé

Arrêter de fumer quatre semaines avant une opération réduit le risque de complications

GENÈVE — Les personnes qui arrêtent de fumer, même 4 semaines avant une opération chirurgicale, présentent un risque plus faible de complications post-opératoires, selon une étude publiée lundi par l’Organisation mondiale de la santé (OMS).

Malgré un consensus général sur le fait qu’arrêter de fumer avant une opération peut avoir un impact positif sur la santé du patient, il y a eu jusqu’à présent une certaine controverse sur le bon moment pour arrêter la cigarette, selon l’OMS.

«De nouvelles preuves révèlent que les fumeurs qui arrêtent de fumer environ 4 semaines ou plus avant l’opération chirurgicale ont un risque de complication plus faible», a indiqué l’agence spécialisée de l’ONU dans un communiqué.

Six mois après leur opération, ces personnes récupèrent mieux que celles qui n’avaient pas arrêté de fumer.

Après une opération, le corps humain met tout en oeuvre pour cicatriser et combattre les infections éventuelles, un processus qui augmente les besoins en oxygène et nutriments. Or la nicotine et le monoxyde de carbone, présents dans les cigarettes, peuvent diminuer les niveaux d’oxygène présents dans le corps, augmentant le risque de complications post-opératoires, a détaillé l’OMS.

L’étude conjointe de l’OMS, de l’Université de Newcastle en Australie et de la Fédération mondiale des sociétés des anesthésistes (FMSA) montre qu’à compter de 4 semaines de sevrage tabagique, chaque semaine supplémentaire sans tabac améliore de 19% l’état de santé du patient, grâce à une meilleure circulation sanguine.

Les patients qui cessent de fumer sont aussi moins susceptibles de subir des complications liées à l’anesthésie, selon l’étude.

L’OMS encourage les pays à inclure des programmes de sevrage et des campagnes d’éducation dans leurs systèmes de santé afin d’aider les gens à arrêter de fumer.

«Le rapport démontre qu’il y a des avantages à reporter une chirurgie mineure ou non urgente pour offrir aux patients la possibilité d’arrêter de fumer, ce qui se traduit par un meilleur résultat pour leur santé», a déclaré le Dr Vinayak Prasad, chef de l’Initiative Sans Tabac de l’OMS.

Santé

Une seule cigarette par jour augmente les risques de maladies cardiaques

Le nombre de fumeurs aurait officiellement diminué sur la planète pour la première fois, selon ce qu'a annoncé l'Organisation mondiale de la santé en décembre, un signe encourageant pour entreprendre, aujourd'hui, la Semaine pour un Québec sans tabac.

Selon le Conseil québécois sur le tabac et la santé, le taux de fumeurs dans la province serait stagnant depuis quelques années. Après avoir atteint un plateau de 18 % de fumeurs, il semble difficile de poursuivre la décroissance. Pourtant, selon les données dévoilées dimanche matin, les adeptes de la cigarette ont tout intérêt à écraser pour de bon le plus rapidement possible.

D'après le Dr Joe Hélou, chirurgien cardiaque au centre de recherche du Centre hospitalier de l'Université de Montréal (CHUM), un ex-fumeur abstinent depuis un an réduit ses risques de souffrir d'une maladie cardiaque de moitié. Après trois ans, les risques sont réduits de 75 %. Puis, s'il ne rechute pas durant 15 ans, son risque serait équivalent à celui d'une personne n'ayant jamais fumé.

Autre statistique encourageante, si l'on abandonne la cigarette avant l'âge de 40 ans, on réduit son risque de mourir d'une maladie du coeur de 90 %.

Au Québec, il resterait encore près de 1,3 million de fumeurs âgés de 12 ans et plus. Parmi eux, 35 personnes vont mourir chaque jour d'une maladie liée au tabac. Au moins 36 maladies coronariennes seraient liées au tabagisme, puis le risque d'en contracter plusieurs autres serait doublé par cette mauvaise habitude de consommation.

Selon le Dr Hélou, le tabac serait responsable de 10 % de toutes les maladies cardiovasculaires traitées par ses collègues et lui-même.

Le médecin souligne qu'une cigarette contient 4000 toxines, dont le goudron, la nicotine et le monoxyde de carbone. Le tabac endommage notamment les cellules et les vaisseaux sanguins en plus de contribuer à la formation de plaques dans les artères.

«Le tabac est directement relié à la formation de plaques dites vulnérables. La surface de la plaque se fissure, cause une altération plaquettaire, et cela vient bloquer l'artère», décrit le chirurgien cardiaque.

«Si l'artère qui bloque est au niveau du coeur, on fait un infarctus, un syndrome coronarien aigu. Si c'est au niveau cérébral, on fait un ACV. Si c'est au niveau de la jambe, on risque une amputation», explique Dr Hélou.

Dans sa nouvelle campagne publicitaire, le Conseil québécois sur le tabac et la santé rappelle d'ailleurs que le fait de fumer une seule cigarette par jour est suffisant pour augmenter les risques de maladies du coeur.

L'exemple de Patrice Godin

L'acteur Patrice Godin, que l'on a récemment pu voir dans les séries «District 31», «Ruptures» et «Blue Moon», est également connu des adeptes de course pour ses performances d'ultra-marathonien. Il a aussi publié trois livres, dont un portant sur son rapport à la course.

Cette passion d'enchaîner les foulées et d'accumuler les kilomètres est née de la volonté de Patrice Godin d'arrêter de fumer une fois pour toutes. À une certaine période de sa vie, au moment où il devenait père de petites filles, le comédien a développé une phobie de mourir d'une crise cardiaque liée à sa mauvaise habitude de fumer. Cette phobie a provoqué chez lui des crises d'angoisse et il a décidé d'écraser pour de bon.

Santé

Permis d'exercice national pour les professionnels de la santé au Canada: est-ce possible ?

En décembre, juste avant la période des Fêtes, le Centre intégré de santé et de services sociaux (CISSS) de l’Outaouais annonçait un 10e bris de service en obstétrique depuis septembre, d’une durée de 21 jours cette fois, à l’Hôpital du Pontiac, à Shawville.

Cela signifie qu’en raison du manque de personnel spécialisé, les femmes prêtes à accoucher doivent être redirigées vers un autre hôpital qui se trouve à un peu plus d’une heure de route. Cela s’ajoute à une pénurie de médecins de famille en Outaouais.

Diverses causes peuvent être à l'origine de cette situation et il n'y a probablement pas de solution magique. Mais on peut se poser cette question: devrait-on dans un tel cas faire en sorte qu’un médecin ontarien exerçant de l’autre côté de la Rivière des Outaouais puisse venir faire un remplacement du côté québécois, sans avoir à se soumettre à diverses exigences administratives pour obtenir un permis d’exercice du Québec, avec les coûts et les délais qui peuvent en découler ?

Plusieurs médecins semblent penser que oui, si l’on en juge par un sondageréalisé cet automne par l’Association médicale canadienne auquel 7 000 de ses membres ont répondu. Ainsi, « neuf médecins sur dix appuient l’instauration d’un permis d’exercice national et les trois quarts estiment que cela améliorera l’accès aux soins de santé ».

D’ailleurs, plusieurs autres organismes canadiens dans le secteur médicalapparaissent favorables à une telle idée, en invoquant notamment la nécessité de faciliter les remplacements (locum) de médecins dans les régions mal desservies et la téléconsultation interprovinciale.

Mais est-ce que l’instauration d’un permis d’exercice national est vraiment possible dans le contexte canadien ? Car il est bien établi au plan constitutionnel que la réglementation des professions relève généralement des provinces.

Étant engagé depuis plus de vingt ans dans diverses activités académiques et professionnelles liées au droit et aux politiques de la santé, notamment la réglementation des professions, cette question m’est apparue intéressante considérant l’actualité des dernières semaines et, aussi, en fonction de certains développements jurisprudentiels récents en matière constitutionnelle.

S’inspirer de la réglementation des valeurs mobilières

Un jugement de 2018 de la Cour suprême du Canada concernant la réglementation des valeurs mobilières laisse envisager ce que pourraient être les bases juridiques d’un éventuel permis d’exercice national pour les médecins.

Bien qu’il s’agisse d’une matière de compétence provinciale, le gouvernement fédéral et les gouvernements de certaines provinces ont proposé d’instaurer un régime de coopération législative concernant les valeurs mobilières. Celui-ci inclut une loi type pouvant être adoptée par les législatures des provinces et territoires pour régir les aspects courants du commerce des valeurs mobilières.

Pour l’essentiel, et malgré les contestations de certaines provinces, la Cour suprême a indiqué qu’un tel régime respecterait les compétences provinciales, puisqu’aucune d’entre elles ne serait forcée d’y adhérer. Elle a également conclu que l’intervention du gouvernement fédéral serait justifiée, considérant ses propres compétences et les enjeux de dimension nationale en cause.

En fait, ce régime de coopération législative est très semblable à celui mis en place en Australie, en vue de créer un permis d’exercice national pour les médecins et les autres professionnels de la santé, suivant un accord de coopération entre le gouvernement fédéral, les états et les territoires. Avec certaines adaptations, il ne serait donc pas impensable que le Canada soit également en mesure de mettre en place un tel système.

Un « passeport professionnel »

Une autre solution, moins bien intégrée, mais peut-être aussi moins ardue d'un point de vue politique et juridique, pourrait consister à instaurer un « passeport professionnel national », en cherchant à faire évoluer les actuelles dispositions sur la mobilité de la main-d’œuvre de l’Accord de libre-échange canadien (ALEC).

Avec certaines exceptions, cet accord entre les gouvernements fédéral, provinciaux et territoriaux engage ceux-ci à mettre en place des mesures permettant aux personnes exerçant des métiers ou professions réglementés de travailler partout au Canada, sans exigence supplémentaire significative de formation, d’expérience, d’examens ou d’évaluation.

Ceci dit, l’ALEC permet toujours que certaines exigences provinciales et territoriales soient maintenues, par exemple, au plan linguistique (maîtrise suffisante du français ou de l’anglais), des frais d’inscription et d’obtention de permis, de l’assurance responsabilité professionnelle et des examens portant sur les aspects déontologiques.

L’idée d’un passeport national, reposant sur l’élimination ou la réduction de ces derniers obstacles, ainsi que sur une plus grande coordination administrative entre les autorités réglementaires provinciales, semble être favorisée par la Fédération des ordres des médecins du Canada. Celle-ci évoque même une sorte de « carte Nexus » permettant aux médecins de satisfaire rapidement aux exigences administratives des provinces et territoires pour être autorisés à y exercer. Cette approche s’apparente également à ce que les Américains cherchent à mettre en place depuis quelques années, sans y être parvenus totalement, avec l’« Interstate Medical Licensure Compact ».

Et la protection du public dans tout ça ?

Quoique complexe, l’instauration d’un permis d’exercice ou d'un passeport national pour les médecins pourrait être juridiquement réalisable, pour peu évidemment qu’il y ait une volonté politique suffisante. Ce serait bien sûr aussi le cas pour d’autres professionnels de la santé, comme les pharmaciens, infirmières, dentistes, etc.

Certains obstacles particuliers devraient toutefois être surmontés, comme au Québec par exemple, alors que la délivrance de permis à des professionnels qui n’ont pas une maîtrise suffisante du français poserait problème suivant la Charte de la langue française, à moins de miser sur des permis temporaires ou, encore, sur des autorisations spéciales.

De manière réaliste, il faut bien admettre que la collaboration fédérale-provinciale requise pour aplanir de tels obstacles n’est pas acquise si on considère les réticences qui subsistent dans le dossier des valeurs mobilières, dont celles du Québec. La province cherche traditionnellement à faire prévaloir son autonomie mais aussi, à préserver son expertise dans ce domaine. Des obstacles politiques du même ordre sont observables en ce qui concerne le projet d’instaurer un programme national d’assurance médicaments.

Par ailleurs, si on allait de l’avant avec un tel projet, il faudrait éviter d’éroder les mécanismes de protection du public qui découlent de la réglementation professionnelle, notamment en ce qui concerne l’accès aux recours auprès des ordres professionnels provinciaux ainsi qu'aux responsabilités civiles en cas de préjudice.

L’exercice d’un recours contre un professionnel soulève déjà un certain nombre de difficultés pour les patients. Il faudrait prévoir des règles afin que ceux-ci puissent toujours s’en remettre à l’autorité réglementaire locale pour formuler une plainte à l’égard d’un professionnel d’une autre province qui intervient dans le cadre d’un remplacement ou d’une téléconsultation.

Il faudrait aussi pouvoir miser sur une coopération plus étroite entre les différentes autorités réglementaires, non seulement pour l’harmonisation des normes de pratiques, mais également pour les enquêtes et les cas de discipline.

Bref, l’instauration d’un permis d’exercice national constituerait certainement un sérieux défi sur les plans juridiques et politiques. Pour assurer le succès d'une telle initiative, il faudrait la concevoir d’abord et avant afin de répondre aux besoins du public et non pas seulement pour réduire les exigences administratives applicables aux professionnels.

* * * * *

Ce texte est d'abord paru sur le site franco-canadien de The Conversation. Reproduit avec permission.

Santé

Comment revenir au travail ou aux études après un cancer ?

MONTRÉAL — Un nouveau dossier thématique mis en ligne par la Fondation québécoise du cancer donne quelques pistes aux adolescents et aux jeunes adultes qui doivent reprendre les études ou le travail après une longue absence pour maladie.

Le dossier «Retour au travail ou aux études» est le sixième à être mis en ligne sur le portail du Programme à Félix, cancer15-39.com. Les autres traitent de questions comme la sexualité, la grossesse, la parentalité et les émotions.

«Dans le Portail à Félix, en général on s'attarde à donner le plus d'information possible aux jeunes qui sont atteints de cancer, et l'aspect retour au travail, retour aux études revient souvent, a expliqué Anne-Marie Drolet, qui est technicienne en documentation à la Fondation québécoise du cancer. Évidemment, ce sont des jeunes qui sont en début de carrière, ou aux études, qui vivent plein de difficultés et de remises en question. Alors ce dossier-là du retour aux études ou au travail est vraiment quelque chose qui est important à leurs yeux.»

Composée d'infirmières en oncologie et de documentalistes, l'équipe Info-cancer de la Fondation québécoise du cancer tente de répondre à quelques-unes des principales questions que se posent des jeunes qui doivent reprendre une vie active au terme d'une expérience qui aura très certainement complètement chamboulé leur existence.

Les réponses qu'on y retrouve concernent notamment ce qu'on doit (ou ne doit pas) divulguer aux collègues ou au patron, le sentiment de culpabilité qu'on peut ressentir d'avoir besoin d'un congé de maladie aussi jeune, la fatigue qui accompagne souvent les traitements et le soutien dont on pourra avoir besoin pour reprendre le cours normal des choses.

D'autres réponses s'ajouteront prochainement.

«C'est général dans la population qui a été atteinte de cancer, tout ce qui est retour au travail, retour à une certaine normalité, mais c'est particulièrement vrai chez les jeunes adultes, a dit Mme Drolet. Les données scientifiques probantes tendent aussi à souligner ce besoin-là chez les jeunes, de plus de formation.»

Un jeune de 15 ou 16 ans pourra devoir réviser son choix de carrière si jamais ses capacités cognitives ou physiques ont été touchées à long terme, ou encore si sa façon de se percevoir ou son identité ont été changées. Pour un adulte, il pourra s'agir d'enjeux financiers ou professionnels: certains pourront devoir revenir chez leurs parents, d'autres se demanderont comment expliquer ce «trou» dans leur curriculum vitae.

«Parfois la gêne. Parfois un sentiment de culpabilité. Une nervosité. La peur de ne pas être capable d'effectuer le travail qu'on faisait avant, la peur d'être jugé par les collègues, a résumé Mme Drolet. Pour plusieurs c'est créateur d'anxiété, de là l'importance de se préparer au retour le plus possible.»

Règle générale, donc, jeunes et vieux se sentent mal outillés quand vient le temps de reprendre leur vie après leur traitement.

«Le retour à la normalité quand la vie a changé, la façon de se réadapter, de reprendre contact dans cette société de performance, c'est vraiment quelque chose qui ressort, a souligné Mme Drolet. On a l'impression, très très fausse, qu'au dernier traitement (contre le cancer) voilà, on tourne la page et c'est fini. Mais ça continue, et là on est moins pris en charge aussi par le système de santé. Alors ces questions-là se posent, absolument.»

Le portail du Programme à Félix, cancer15-39.com, a été créé en 2016. Plus de 20 000 l'ont consulté en 2019, dont une majorité qui avait entre 25 et 34 ans. On estime qu'un Québécois sur deux sera confronté au cancer.

Santé

La saison grippale est inhabituelle au Québec: trois souches circulent

MONTRÉAL — Au moins trois souches différentes de la grippe circulent actuellement au Québec, ce qui fait de cette saison grippale une saison très inhabituelle et signifie que l’efficacité du vaccin disponible sera fort probablement inférieure à celle de l’an dernier.

Deux souches d’influenza A, les souches H1N1 et H3N2, et une souche d’influenza B sont ainsi en circulation.

«À mon souvenir, et ça fait 20 ou 25 ans que je travaille là-dedans, comme infectiologue et virologue, c’est la première fois que je vois ça, a commenté le docteur Guy Boivin, du Centre de recherche du Centre hospitalier universitaire de Québec. Et si on veut aller encore plus dans les détails, il y a plus qu’une souche de H3N2 qui circule, donc ça va plus loin que trois souches qui circulent.»

Cinquante-cinq pour cent des souches actuellement en circulation au Québec sont les souches d’influenza A, contre 45 % d’influenza B. Et au sein de l’influenza A, la souche H3N2 est légèrement plus prévalente que la souche H1N1.

«C’est rare qu’on voie des B en grande quantité si précocement dans la saison grippale, a dit le docteur Boivin. Habituellement, l’épidémie de B [...] on voit ça plus au printemps. Là, l’épidémie de B est arrivée concomitamment avec l’épidémie d’influenza A, et ça, c’est inhabituel, avec un grand nombre de cas également.»

Cette situation a des conséquences bien concrètes, prévient le docteur Boivin : si le vaccin disponible correspond bien à la souche H1N1 qui circule, il n’en est pas de même pour la souche H3N2 (qui est plus répandue) et pour l’influenza B.

«Il y a un mismatch pour deux des trois souches, l’influenza B et l’influenza A H3N2, a-t-il résumé. Le match est bon seulement pour l’influenza A H1N1. On peut penser que l’efficacité vaccinale cette année pour le H3N2 ne sera pas très bonne. Et on sait que la souche H3N2 est celle qui touche particulièrement les personnes âgées, qui sont aux prises avec des pneumonies et parfois malheureusement des décès. Donc ça, c’est un peu problématique.»

Efficacité du vaccin

Les calculs de mi-saison concernant l’efficacité du vaccin seront rendus publics vers la fin du mois de janvier. Le docteur Boivin prédit toutefois qu’on sera loin de l’efficacité de 60 % vue l’an dernier, quand la saison grippale a été dominée par l’influenza A H1N1 contre laquelle le vaccin offrait une protection efficace.

«Je n’ai pas d’explication scientifique, mis à part le fait que l’influenza est un virus qui nous donne toujours des surprises et du fil à retordre, a-t-il admis. Il y a encore beaucoup de choses qu’on ne comprend pas au niveau de l’éclosion de certaines souches de l’influenza, que ce soit du A ou du B.»

Les experts de l’Organisation mondiale de la Santé responsables de la sélection des souches devant être utilisées pour produire le vaccin étaient si divisés en février et en mars derniers que leur choix a été retardé de deux semaines, une situation rarement vue. Force est maintenant de constater que la souche choisie pour l’influenza A H3N2 n’était pas la bonne, a dit le docteur Boivin.

La question qui se pose maintenant est de savoir si ceux qui n’ont pas encore été vaccinés contre la grippe devraient y voir.

«Bonne question, a répondu le spécialiste. Il commence à être tard. Et avec le taux d’efficacité du vaccin prévu, je ne suis pas certain que ce soit encore le temps de vacciner. Même ceux qui sont vaccinés ne devraient pas penser qu’ils sont protégés.»

Santé

Chu Saint-Justine: une chirurgie novatrice permet à un jeune de marcher

MONTRÉAL — Une intervention de pointe, et vraisemblablement sans précédent en chirurgie orthopédique pédiatrique, devrait permettre à un jeune patient du CHU Sainte-Justine de recommencer à marcher.

Lors de la chirurgie réalisée en mai 2019, le Dr Panagiotis Glavas et son équipe, en collaboration avec une entreprise spécialisée en solutions orthopédiques, ont utilisé un guide de coupe imprimé en trois dimensions pour contourner un grave problème de déviation de l’os des tibias.

Les membres inférieurs de leur patient, Charlie, avaient dû être amputés au milieu du tibia en janvier 2005, alors qu’il n’avait que 18 mois, des suites d’une infection à la bactérie mangeuse de chair. L’intervention a sauvé la vie de l’enfant, mais la bactérie avait eu le temps d’infecter d’autres cellules, notamment celles qui sont responsables de la croissance de certains os.

Les os des jambes amputées du petit ont ensuite grandi de travers, avec un angle anormal qui rendait la fixation de prothèse difficile et très douloureuse. Charlie était de plus en plus confiné à son fauteuil roulant et avait pratiquement abandonné tout espoir de pouvoir remarcher un jour.

«Il y avait une déformation tridimensionnelle au niveau de ce qui reste de sa jambe et qu’on n’arrivait pas à reconstruire et à réaligner avec des méthodes traditionnelles, a expliqué en entrevue le Dr Glavas. Donc on a fait appel à toute la technologie qu’on peut avoir maintenant.»

Les chirurgiens ont ainsi eu recours à une imprimante en trois dimensions pour créer un guide de coupe — un implant fixé directement au tibia pendant la chirurgie — pour reproduire avec précision et exactitude la correction déterminée lors d’une simulation préopératoire.

«On remonte la pente»

On avait également imprimé une plaque en titane qui allait relier les deux portions du tibia gauche, puisqu’aucune plaque préfabriquée n’aurait pu s’ajuster à l’anatomie particulière de Charlie.

«Pour espérer lui redonner cette capacité de marcher avec une prothèse, il fallait qu’on fasse quelque chose pour réaligner son membre inférieur, a précisé le Dr Glavas. Compte tenu qu’on n’avait pas réussi avec les méthodes conventionnelles, on s’est tournés vers cette nouvelle technologie.» Dans la foulée du succès de la première intervention, la jambe droite de Charlie sera opérée le 21 janvier. Cette technique offre aussi de toutes nouvelles possibilités aux chirurgiens.

«Je commence à l’utiliser un petit peu plus maintenant, compte tenu qu’on a une précision, pour la correction des déformations angulaires, a dit le Dr Glavas. Je pense que ça va devenir de plus en plus courant pour faire des implants sur mesure, surtout en mode pédiatrique parce que les enfants viennent dans tous les formats. Ça va nous aider à faire du sur-mesure pour les enfants.»

«Je le connais depuis au moins sept ou huit ans, a ajouté le médecin au sujet de Charlie. Et depuis sept ou huit ans, je pense qu’on a vu les hauts et les bas, et là on remonte la pente.»

Santé

Urgences: implantez les ratios infirmière-patients, dit la FIQ

Une partie de la solution au problème d’engorgement des urgences réside dans l’implantation et la généralisation des projets de ratios infirmière-patients, estime la FIQ.

La Fédération interprofessionnelle de la santé, qui représente 76 000 infirmières, infirmières auxiliaires et autres professionnelles en soins, croit que la situation chaotique qui prévaut présentement dans les urgences du Québec serait moins difficile si ces fameux ratios avaient déjà été implantés.

Seize projets pilotes avaient été lancés sous l’ancien ministre de la Santé, Gaëtan Barrette, afin de vérifier la pertinence et l’efficacité d’implanter de tels ratios infirmière-patients. Ces ratios variaient selon l’unité de soins : urgence, soins de longue durée, chirurgie, soutien à domicile, médecine.

La FIQ a toujours soutenu que les ratios permettent aux infirmières d’être moins épuisées, de faire moins d’heures supplémentaires obligatoires. En plus, il y a moins d’absentéisme et moins de recours à l’assurance-invalidité. Et, pour les patients, de meilleurs soins sont dispensés et un meilleur suivi peut être assuré.

Le dernier de ces 16 projets pilotes a pris fin en décembre. Interrogée à ce sujet, la ministre de la Santé et des Services sociaux, Danielle McCann, avait déjà indiqué qu’elle voulait attendre la fin de tous les projets pilotes, puis les analyser, avant d’en tirer les conclusions qui s’imposent.

Mais la présidente de la FIQ, Nancy Bédard, estime qu’il ne faut plus attendre, qu’il y a urgence et que l’efficacité de ces ratios a été démontrée.

« L’ensemble des projets a été concluant. Il n’y a plus une minute à perdre. Les bilans sont faits ; les constats sont là ; tout est déposé. Donc, on ne comprend pas pourquoi Mme McCann se sert toujours de ce besoin final d’un autre bilan », a critiqué Mme Bédard.

Si certaines infirmières déploraient le fait que pour mener à bien ces projets ratios, il avait fallu enlever des infirmières sur les autres étages du même hôpital pour les réaffecter à l’unité de soins du projet pilote, Mme Bédard assure que ce problème a été réglé.

Mme Bédard se dit convaincue que l’implantation de ces ratios infirmière-patients bénéficierait aux urgences. « Les ratios font qu’on a du personnel pour vivre ces moments-là et donner des soins de qualité et sécuritaire à la population », soit ces périodes de pointe d’hiver, fait-elle valoir.

« Quand tu rentres travailler, que tu sais que tu as déjà fait deux’16 heures’, que le prochain quart où tu vas rentrer il manque encore huit personnes… Tu es déjà à bout de souffle ; tu vas devoir encore rester pour un autre 16 heures. Bien là, on est dans un cercle de maladie, d’absence. Un moment donné, les professionnelles en soins ne veulent plus travailler dans les urgences et s’en vont », a illustré la dirigeante syndicale.

D’après elle, si on appliquait le résultat des projets de ratios infirmière-patients, c’est 6000 professionnelles en soins de plus qu’il faudrait — qu’il s’agisse d’infirmières ou d’infirmières auxiliaires. À ceux qui lui font valoir que cela serait coûteux, elle réplique que le TSO (temps supplémentaire obligatoire) est aussi coûteux, de même que l’absentéisme et l’épuisement professionnel des infirmières. « Ça coûte des millions », dit-elle, sans compter les soins de moindre qualité.

Santé

En pleine pénurie de main-d’œuvre, le CIUSSS investit dans la réadaptation

En arrêt de travail pendant plusieurs mois après s’être sérieusement blessée à un genou, Micheline Giguère n’avait plus de qualité de vie, tant la douleur la faisait souffrir. La préposée aux bénéficiaires a participé au nouveau programme de son employeur, le CIUSSS de la Capitale-Nationale, qui a mis l’Institut de réadaptation en déficience physique de Québec (IRDPQ) au service de ses employés blessés afin de favoriser des retours au travail rapides et durables. «Un succès», à en croire Micheline Giguère, qui a pu retourner graduellement auprès des bénéficiaires de l’Hôpital général au bout de seulement sept semaines.

En septembre 2018, Micheline Giguère a fait une chute dans sa salle de bains qui lui a valu une déchirure d’une partie du ménisque de son genou droit. Fini le travail de préposée en CHSLD, fini les promenades avec le chien, fini le magasinage… Des gestes simples comme marcher, s’asseoir et se lever étaient devenus un supplice pour l’énergique femme de 52 ans, qui a payé de sa poche 1000 $ de traitements de physiothérapie, en vain. 

Mme Giguère a tenté un retour au travail au début de l’année 2019, mais elle a dû réarrêter, même si elle était affectée à des tâches administratives. En septembre 2019, alors qu’elle venait de reprendre des tâches de bureau, on lui a proposé de participer au projet-pilote mis en place à l’IRDPQ afin qu’elle puisse retrouver son travail auprès des bénéficiaires du CHSLD, un travail qu’elle aimait et qu’elle aime toujours, raconte la volubile quinquagénaire en entrevue au Soleil.

Physiothérapeute, kinésiologue et ergothérapeute ont été mis au service de Mme Giguère, qui a notamment appris à renforcer ses muscles à l’aide de différents exercices. Au bout de sept semaines de réadaptation intensive, la préposée a recommencé graduellement à travailler auprès de ses bénéficiaires en compagnie de l’ergothérapeute, qui lui a montré à mettre en pratique les «bons mouvements». 

«Je travaille de nuit, et l’ergo est venue avec moi de nuit! Elle se déplace dans notre milieu de travail et dans notre quart de travail, c’est merveilleux!» applaudit Mme Giguère, qui a aussi pu compter sur une psychologue de l’IRDPQ qui l’aurait «beaucoup motivée» dans sa réadaptation.

Depuis décembre 2019, la préposée aux bénéficiaires est de retour à temps plein à l’Hôpital général, a recommencé à faire de longues promenades avec son chien et s’est même mise aux cours de mise en forme et de danse. «J’ai zéro douleur. Ce programme-là m’a vraiment ramené une qualité de vie que je n’avais plus», témoigne Micheline Giguère, reconnaissante.

De projet-pilote à programme permanent

Au CIUSSS de la Capitale-Nationale, on explique que le programme a été mis sur pied en mai 2019 sous la forme d’un projet-pilote. Quelque 270 000 $ ont jusqu’ici été investis par le CIUSSS dans ce programme volontaire, qui deviendra permanent à partir du 1er avril, vu son succès et compte tenu de la pénurie main-d’œuvre qui sévit actuellement dans le réseau. Le CIUSSS veut «prendre soin de [son] monde», explique-t-on. 

L’établissement prévoit consacrer un demi-million $ par année à ce programme de réadaptation spécialisé et intensif, qui privilégie une approche «globale» pour améliorer la condition des employés blessés et favoriser des retours au travail rapides et durables. En moyenne, les employés qui participent au programme reprennent le travail à temps complet en trois mois, précise Annie Plamondon, chef en réadaptation au CIUSSS de la Capitale-Nationale. 

«Quand on les évalue la première fois, le pronostic est en moyenne 39 semaines d’absence [additionnelles]. En 12 à 14 semaines, ils sont tous retournés à leur poste», compare Mme Plamondon, précisant que le programme de l’IRDPQ s’adresse seulement aux employés pour qui les traitements de première ligne n’ont pas permis de se réhabiliter, ceux dont la condition «stagne» ou ne s’améliore plus.

Jusqu’ici, 18 employés ont participé au programme; 12 l’ont terminé «avec succès», c’est-à-dire qu’ils ont tous réussi leur retour au travail à temps complet, et six sont toujours en processus de réadaptation. Annie Plamondon prévoit que 25 employés se seront prévalus du programme d’ici le 1er avril. «Notre objectif, c’est une cinquantaine d’employés par année», précise Mme Plamondon, selon qui le programme connaît «un vif succès» grâce au bouche-à-oreille à l’interne. 

«Bonne» réponse

«La réponse est très bonne. Tous ceux à qui on propose le programme embarquent. On n’a vraiment pas de problèmes de recrutement», se réjouit Mme Plamondon. «C’est sûr qu’on voit les gains potentiels sur l’assurance-salaire, mais à la base, l’idée était vraiment de mettre l’expertise de l’IRDPQ au service des ressources humaines» et d’aider les employés à retrouver leurs capacités et leur qualité de vie, dit-elle.

Selon le CIUSSS, la population n’est pas pénalisée par cette offre de réadaptation intensive destinée aux employés dans la mesure où l’établissement a prévu la création de sept nouveaux postes à l’IRDPQ à partir du budget dédié au développement des ressources humaines. «Le projet ne touche pas au budget attitré aux soins et aux services offerts à la population», assure-t-on. 

Le CIUSSS s’attend par ailleurs à ce que le programme s’autofinance grâce aux économies réalisées en assurance-salaire. 

Santé

Nouvelle chaire sur les aphasies primaires progressives à l’UL [VIDÉO]

La Faculté de médecine de l’Université Laval a annoncé jeudi la création de la Chaire de recherche sur les aphasies primaires progressives, qui aura pour mission de sensibiliser la population et les professionnels de la santé afin de permettre une identification plus rapide et un meilleur traitement de ces maladies neurodégénératives.

Les aphasies primaires progressives sont des maladies dégénératives du cerveau qui provoquent des troubles du langage et des changements cognitifs s’apparentant ou pouvant mener à l’Alzheimer, explique l’Université Laval dans un communiqué.

Malheureusement, les symptômes de ces maladies incurables, qui affectent environ 150 000 personnes au Québec, sont peu connus de la population et même de plusieurs professionnels de la santé, observe le titulaire de la Chaire, le Dr Robert Jr Laforce. 

«En conséquence, le dépistage est actuellement déficient et, trop souvent, les aphasies primaires progressives sont diagnostiquées tardivement alors que les changements au cerveau sont irréversibles», explique le Dr Laforce.

Selon lui, les activités de la Chaire permettront à la population et aux professionnels de la santé qui travaillent en première ligne de mieux reconnaître les symptômes de ces maladies et d’établir un diagnostic plus rapide. 

L’équipe du Dr Laforce créera notamment une plateforme Internet qui rassemblera tous les renseignements nécessaires à l’identification des symptômes. Le professeur Laforce a également mis au point un test cognitif pour permettre aux médecins de dépister plus rapidement les aphasies primaires progressives, et il est en processus de validation de divers biomarqueurs qui faciliteront le diagnostic précoce de ces maladies neurodégénératives, précise-t-on dans le communiqué. 

La Chaire a pu voir le jour grâce à un don de 1 million $ sur cinq ans de la Fondation de la famille Lemaire, auquel s’ajoute un montant de 500 000 $ provenant de différents partenaires.

Santé

Patients des urgences réorientés: d’autres hôpitaux emboîtent le pas

À l’instar du CHU de Québec, les hôpitaux du Centre intégré universitaire de santé et de services sociaux (CIUSSS) de la Capitale-Nationale ont conclu des ententes avec des cliniques médicales pour réorienter des patients dont la condition ne nécessite pas de voir un médecin à l’urgence.

Le Soleil rapportait la semaine dernière que les patients cotés P4 ou P5 (les moins urgents dans l’échelle canadienne de triage) qui se rendent dans les urgences du CHUL, de l’Hôpital du Saint-Sacrement et de l’Hôpital de l’Enfant-Jésus étaient désormais redirigés après évaluation par l’infirmière de triage vers des cliniques ou des supercliniques.

Plus de 400 patients ont jusqu’ici pu bénéficier de ce nouveau protocole, qui a débuté en juin au CHUL et qui sera déployé à l’Hôpital Saint-François d’Assise et à l’Hôtel-Dieu de Québec au cours de 2020.

Au cours des derniers jours, la ministre de la Santé, Danielle McCann, a dit vouloir voir davantage de ce genre d’ententes entre les urgences et les cliniques du Québec.

Au CIUSSS de la Capitale-Nationale, on a mis sur pied en mai 2018 un projet-pilote visant les patients P5 qui se présentent à l’Hôpital Chauveau et qui sont inscrits au groupe de médecine familiale (GMF) Val-Bélair-Valcartier-Sainte-Catherine-de-la-Jacques-Cartier (Clinique médicale Val-Bélair). En vertu d’une entente entre la clinique et l’Hôpital Chauveau, ces patients se voient proposer par l’infirmière de triage un rendez-vous avec leur médecin de famille le jour même ou le lendemain.

Le projet-pilote est terminé, mais l’entente entre le GMF Val-Bélair-Valcartier-Sainte-Catherine-de-la-Jacques-Cartier et l’Hôpital Chauveau se poursuit. Depuis janvier 2019, 995 patients ont accepté d’être réorientés de l’urgence de l’Hôpital Chauveau vers ce GMF, indique une porte-parole du CIUSSS de la Capitale-Nationale, Annie Ouellet, qui précise qu’un protocole semblable a aussi été établi entre l’Hôpital Chauveau et le GMF Neufchâtel.

D’autres urgences sous la responsabilité du CIUSSS ont également conclu des ententes avec des GMF. C’est le cas de l’Hôpital Jeffery Hale, de l’Hôpital de Saint-Raymond, de l’Hôpital de Sainte-Anne-de-Beaupré et de l’Hôpital de Baie-Saint-Paul, qui réorientent respectivement les cas non urgents vers le GMF de Sillery, le GMF Val-Bélair-Valcartier-Sainte-Catherine-de-la-Jacques-
Cartier, le GMF Côte-de-Beaupré et le GMF Charlevoix-Ouest.

Discussions en cours

Dans la Capitale-Nationale, ce sont cinq GMF (Sillery, Neufchâtel, Maizerets, Côte-de-Beaupré et Charlevoix-Ouest) et quatre supercliniques (Clinique médicale Val-Bélair, Cité médicale, Clinique médicale Saint-Louis et Clinique médicale des Promenades) qui réservent des plages de consultation à des patients réorientés par les urgences du CIUSSS, du CHU de Québec et de l’Institut universitaire de cardiologie et de pneumologie de Québec (IUCPQ).

Des discussions sont en cours avec d’autres cliniques et supercliniques qui pourraient elles aussi accueillir les patients cotés P4 ou P5 des urgences, mentionne la porte-parole du CIUSSS.

Annie Ouellet précise également que seuls les GMF ayant une mission réseau (ou superclinique) acceptent les patients non inscrits ou sans médecin de famille réorientés par les urgences. Les GMF traditionnels (c’est-à-dire sans mission réseau ou superclinique) n’acceptent que les patients des urgences qui sont inscrits chez eux.

Selon Mme Ouellet, avec les trajectoires mises en place dans la région de la Capitale-Nationale, plus de 1800 personnes ont jusqu’ici été réorientées des urgences vers les GMF ou les supercliniques.

En moyenne, ce sont 45 patients par jour qui se présentent dans les urgences de la région qui sont réorientés vers un GMF ou une superclinique, «sans compter ceux qui sont réorientés à domicile, à la pharmacie ou en CLSC», précise la porte-parole du CIUSSS.

Santé

Maladies cardiovasculaires: les femmes semblent perdre leur protection plus rapidement qu’on le pensait

MONTRÉAL - Les femmes semblent perdre plus rapidement qu’on ne le croyait leur protection face aux maladies cardiovasculaires, au point où leur risque finit même par être plus élevé que celui des hommes, prévient une nouvelle étude publiée mercredi par le journal médical JAMA Cardiology.

Plus précisément, ajoutent les chercheurs américains et finlandais, la pression artérielle semble augmenter plus rapidement chez les femmes que chez les hommes, cette détérioration débutant tôt pendant la vie.

On estime généralement que les femmes disposent d’un avantage de dix ou vingt ans face aux hommes au chapitre des maladies cardiovasculaires, une notion sur laquelle cette étude semble maintenant jeter un doute.

«En général, jusqu’à 30 ans, les femmes ça va assez bien, a commenté Guy Rousseau, qui est professeur titulaire au département de pharmacologie et physiologie de la faculté de médecine de l’Université de Montréal. Mais là, à partir de 30 ans, on voit que les changements sont plus rapides, il y a des effets plus rapides chez la femme à partir de 30 ans que chez l’homme.»

À cause de ces changements plus rapides, a ajouté M. Rousseau, la femme finira par rattraper l’homme, au moment de la ménopause, et même le dépasser.

«Ce n’est pas que la femme n’est pas protégée, elle est encore protégée, mais si les changements étaient à la même vitesse que l’homme, elle ne le rattraperait jamais, a-t-il dit. Mais là, elle le rattrape et même elle le dépasse.»

On savait déjà que l’écart entre les hommes et les femmes rétrécissaient au fil des ans, au point où ils finissaient essentiellement par se retrouver sur un pied d’égalité. Cette étude, qui a porté sur quelque 33 000 sujets, semble toutefois démontrer que la protection dont jouissent les femmes disparaît plus rapidement qu’on ne le pensait.

Les changements apparaissent même si tôt chez la femme qu’on devra peut-être regarder ailleurs que du côté des hormones pour les expliquer.

«On a toujours pensé que c’était à cause des hormones, mais avec cette étude-là, j’en suis de moins en moins convaincu, parce que si c’était seulement des hormones, ça ne commencerait pas à 30 ans, ce serait plus tard, probablement, alors qu’on commence à voir qu’il y a des changements dès la troisième décennie. Il y a probablement autre chose que les hormones», a expliqué M. Rousseau.

Cette étude pourrait inciter les médecins à surveiller plus étroitement les jeunes trentenaires qui passent dans leur bureau, surtout si la pression artérielle des patientes donne des signes de détérioration au fil des visites.

Actualités

Pour contrer les fausses nouvelles, le Journal de l’Association médicale canadienne abolit son verrou d’accès payant

MONTRÉAL - Le Journal de l’Association médicale canadienne (JAMC) a décidé d’abolir son verrou d’accès payant, afin de rejoindre un public plus large et de combattre les fausses nouvelles.

L’éditeur en chef du journal, le docteur Andreas Laupacis, a expliqué que tout le contenu mis en ligne quotidiennement est dorénavant accessible gratuitement au public. Les éditions antérieures seront disponibles à compter du 1er mars.

Le docteur Laupacis a dit espérer que cette décision élargira les discussions au-delà de la seule communauté médicale et attirera de nouveaux interlocuteurs, notamment des patients.

Les études, éditoriaux et nouvelles étaient disponibles depuis un moment, mais une autre partie du contenu était cachée derrière un verrou d’accès payant mis en place en janvier 2010, notamment des commentaires plus courts et des analyses plus longues qui pourront aider les décideurs ou les patients à comprendre des questions complexes.

Ce contenu était jusqu’à présent rendu disponible après un an.

À une époque où les informations de santé trompeuses prolifèrent en ligne, a dit le docteur Laupacis, il est plus important que jamais de fournir des informations crédibles et basées sur la science au public.

Le site internet du JAMC reçoit environ 700 000 visites par mois, essentiellement de la part de scientifiques.

Le journal a été fondé en 1911.

Site Internet: cmaj.ca

Santé

Les rapports sexuels fréquents retarderaient la ménopause, selon une étude

PARIS - Les femmes qui ont des rapports sexuels fréquents à l’approche de la ménopause l’atteignent moins vite que celles qui ne sont pas aussi actives sexuellement au même âge, selon des chercheurs.

En moyenne, les relations intimes au moins une fois par semaine ont réduit les chances d’entrer en ménopause de 28% par rapport aux femmes qui ont des rapports sexuels moins d’une fois par mois, ont-ils rapporté mercredi dans la revue Royal Society Open Science.

Selon l’étude, cela pourrait s’expliquer par une réponse du corps aux pressions de l’évolution.

«Si une femme a peu de rapports sexuels ou des rapports peu fréquents à l’approche de la quarantaine, son corps ne recevra pas les signaux physiques d’une éventuelle grossesse», écrivent Megan Arnot et Ruth Mace, scientifiques à l’University College London. «Dans une perspective de maximisation de la forme physique», le corps de la femme pourrait alors davantage investir son énergie dans la prise en charge de sa famille plutôt que dans l’ovulation.

Des recherches antérieures, cherchant à expliquer pourquoi les femmes mariées atteignent la ménopause plus tard que celles jamais mariées ou divorcées, évoquaient l’influence des phéromones mâles, des substances chimiques naturelles du règne animal qui attirent le sexe opposé.

Pour savoir si l’une ou l’autre de ces théories tient la route, Arnot et Mace ont examiné des données sur près de 3000 femmes aux États-Unis, recrutées en 1996 et 1997 pour participer à une étude sur la santé sur plusieurs décennies.

Ce projet (SWAN) a permis de suivre les changements - tant biologiques que psychologiques - se produisant en même temps que la ménopause.

L’âge moyen des participantes était de 46 ans. Aucune n’était entrée en ménopause, mais un peu moins de la moitié étaient «péri-ménopausées», avec des symptômes mineurs qui commençaient à apparaître.

Au cours de la décennie suivante, 45 % des femmes ont connu une ménopause naturelle, à 52 ans en moyenne.

La corrélation entre la fréquence des rapports sexuels et le début de la ménopause était indéniable, selon les chercheurs.

Comme toutes les relations déclarées étaient hétérosexuelles, on ignore si l’activité homosexuelle aurait un effet similaire.

Aucun lien n’a toutefois été observé entre la présence d’hommes à demeure et les signaux chimiques subliminaux que les hommes pourraient émettre: «Nous n’avons trouvé aucune preuve de l’hypothèse des phéromones».

L’âge de la ménopause naturelle varie considérablement dans les différentes cultures. Les facteurs génétiques ne comptent que pour environ la moitié de ces différences, comme l’ont montré des recherches antérieures.

Santé

Primes impayées dans la santé: bonne chance l’été prochain, disent des syndicats

Des syndicats qui représentent des préposés aux bénéficiaires et des infirmières se demandent comment les employeurs vont réussir à trouver du personnel pour faire des heures supplémentaires, l’été prochain, alors que certains de leurs membres attendent depuis des mois une prime promise l’été dernier.

Le quotidien La Presse révélait, dans son édition de mardi, que des préposés aux bénéficiaires, des infirmières et des infirmières auxiliaires attendent depuis l’été dernier une prime qui devait leur être versée s’ils acceptaient de faire des heures supplémentaires, à cause de la pénurie de main-d’œuvre encore plus marquée durant l’été.

Ces travailleurs dans la santé devaient recevoir 75 $ de plus pour chaque quart de travail supplémentaire complété à une certaine période. Or, certains l’attendent toujours en janvier.

Interrogée à ce sujet mardi, la présidente de la CSQ, Sonia Éthier, qui représente aussi des infirmières, a noté que dès cette annonce, ses syndicats s’étaient insurgés du sens donné à ces primes. «Le message qu’on envoie, c’est “prenez pas de vacances, ne vous reposez pas, continuez, travaillez sans arrêt, puis, comme récompense, on va vous donner une prime, mais on n’améliorera pas les conditions de travail”», a-t-elle illustré.

Le problème de fond, qui est celui des conditions d’exercice des emplois, n’est donc pas résolu, déplore Mme Éthier.

«J’ai hâte de voir combien il va y en avoir des préposés et des infirmières qui vont se porter volontaires, l’été prochain, si jamais ces primes-là reviennent. Il va y en avoir beaucoup moins, parce que c’est moins attrayant; ils ne réussissent même pas à se faire payer», s’est exclamé de son côté le président de la FTQ, Daniel Boyer, qui représente des milliers de préposés aux bénéficiaires.

Monde

Nouveau virus chinois: un premier cas importé en Thaïlande

GENÈVE — Un premier cas de la pneumonie chinoise appartenant à la même famille que le Sras a été identifié en Thaïlande, ont annoncé lundi l’OMS et les autorités thaïlandaises, précisant qu’il s’agissait d’une voyageuse chinoise de 61 ans.

«La Thaïlande a identifié un premier patient atteint du coronavirus», a annoncé le ministre de la Santé thaïlandais, Anutin Charnvirakul, lors d’une conférence de presse.

Jusqu’à présent, une seule personne est décédée en Chine sur les 41 patients diagnostiqués avec ce nouveau type de coronavirus à Wuhan (11 millions d’habitants), où l’épidémie est apparue fin décembre, faisant craindre initialement une résurgence du Sras.

L’épidémie survient juste avant la période annuelle de voyages la plus importante du pays, les vacances du Nouvel An lunaire fin janvier, où des dizaines de millions de personnes prennent le bus, le train et l’avion.

Aucune transmission entre humains n’a été établie, mais à Genève, l’OMS a annoncé que «compte tenu de l’évolution de la situation, le directeur général de l’OMS, le Dr Tedros Adhanom Ghebreyesus, va consulter les membres du Comité d’urgence et pourrait convoquer une réunion de ce comité dans un bref délai».

Lors de ces réunions, les experts peuvent décider si une épidémie constitue une urgence sanitaire internationale.

Un responsable du Centre d’opérations d’urgence de santé publique thaïlandais a expliqué à l’AFP que la patiente était une Chinoise de 61 ans, provenant du Wuhan, et dont la fièvre suspecte avait été détectée le 8 janvier à l’aéroport.

Un diagnostic clinique de pneumonie légère a d’abord été posé, puis «des tests de laboratoire ont confirmé que le nouveau coronavirus en était la cause», a détaillé un porte-parole de l’OMS, Tarik Jasarevic, à l’AFP.

Surveillance active

Immédiatement hospitalisée, la femme se remet de la maladie.

Selon les premiers éléments, l’épidémie en Chine est en lien avec un marché aux poissons à Wuhan, qui a été fermé le 1er janvier en raison de l’épidémie.

L’OMS ne se montre pas surprise par le cas importé en Thaïlande.

«La possibilité que des cas soient identifiés dans d’autres pays n’était pas inattendue et renforce la raison pour laquelle l’OMS demande une surveillance active et une préparation continue dans d’autres pays», a souligné l’organisation.

«Le séquençage génétique» du virus que la Chine a mis en partage le 12 janvier «permet à un plus grand nombre de pays de diagnostiquer rapidement les patients», s’est-elle également félicité.

L’OMS juge par ailleurs essentiel que les enquêtes se poursuivent en Chine pour identifier la source de cette flambée et tout réservoir animal ou hôte intermédiaire.

La famille des coronavirus compte un grand nombre de virus qui peuvent provoquer des maladies le plus souvent bénignes chez l’homme, mais certains d’entre eux comme le Sras (Syndrome respiratoire aigu sévère) ou le Mers (Syndrome respiratoire du Moyen-Orient) ont entraîné de graves épidémies.

Le département Santé de Hong Kong a déclaré samedi que le séquençage génétique du virus trouvé chez l’un des patients de Wuhan indiquait qu’il était similaire à 80% au Sras trouvé chez les chauves-souris.

Il a cependant précisé qu’il était trop tôt pour conclure qu’il s’agissait d’une souche du Sras. Ce dernier a tué 349 personnes en Chine continentale et 299 à Hong Kong en 2002-2003. La souche, jusqu’ici inconnue, appartient à la famille des coronavirus.

Santé

Comment la malbouffe façonne le cerveau en développement des ados

Le cerveau de l’adolescent a de fortes pulsions vers la récompense, un faible contrôle comportemental et une grande possibilité d’être modelé par l’expérience. Cela se manifeste souvent par une difficulté à résister à la malbouffe hypercalorique.

L’obésité est en augmentation partout sur la planète, plus particulièrement chez les enfants et les adolescents. En 2019, il y a plus de 150 millions d’enfants obèses dans le monde. Ils ont un risque accru de maladie cardiaque, de cancer et de diabète de type 2.

Les adolescents qui sont obèses ont de fortes chances de le rester à l’âge adulte. Si la tendance actuelle se maintient, 70 pour cent des adultes de 40 ans pourraient avoir un excès de poids ou être obèses d’ici 2040.

Je suis neuroscientifique, et mes recherches portent sur la façon dont l’alimentation modifie le cerveau. Je veux comprendre comment les mauvaises habitudes alimentaires influent sur le développement du cerveau, et aussi pourquoi les jeunes d’aujourd’hui sont si enclins à l’obésité.

Les adolescents sont les plus grands consommateurs de malbouffe riche en calories. Pendant la puberté, de nombreux enfants ont un appétit insatiable, car une croissance rapide demande beaucoup d’énergie. Un métabolisme rapide et les poussées de croissance offrent, dans une certaine mesure, une protection contre l’obésité. Mais une consommation excessive de malbouffe hypercalorique et un mode de vie sédentaire peuvent contrebalancer toute protection métabolique.

Le cerveau adolescent est vulnérable

L’adolescence est une période charnière pour le développement du cerveau. L’adolescence coïncide avec une nouvelle autonomie sociale et une indépendance qui permet de faire des choix alimentaires personnels.

Pendant l’adolescence, les connexions entre les différentes régions du cerveau et les neurones individuels sont en processus de raffinement et de renforcement. Le cerveau de l’adolescent est malléable en raison d’une « neuroplasticité » accrue.

Cela signifie que le cerveau est très réceptif au remodelage par l’environnement, ce qui inclut l’alimentation. Ces changements peuvent rester programmés une fois le développement terminé. Le cerveau de l’adolescent est donc vulnérable aux changements induits par l’alimentation, et ces changements peuvent durer toute sa vie.

Résister à la malbouffe n’est pas facile

Les neuroscientifiques utilisent l’imagerie cérébrale fonctionnelle pour examiner comment le cerveau réagit à des événements. La scintigraphie cérébrale montre que le cortex préfrontal – une zone clé du cerveau pour la maîtrise comportementale et la prise de décision – n’atteint sa pleine maturité qu’au début de la vingtaine.

Le cortex préfrontal contrôle les pulsions déclenchées par ce qui nous entoure et permet d’y résister. Pour les adolescents, il peut être particulièrement difficile de se retenir d’avaler un sac entier de bonbons ou d’acheter de la malbouffe.

Un insatiable besoin de récompenses

Contrairement au cortex préfrontal resté immature, le système de récompense du cerveau – système dopaminergique mésolimbique – est pleinement développé à un âge beaucoup plus précoce.

Les adolescents sont particulièrement attirés par les récompenses, comme des aliments sucrés et riches en calories. Cela est causé par un nombre accru de récepteurs de la dopamine dans le cerveau adolescent, de sorte que le sentiment de récompense peut être exacerbé. La stimulation fréquente du circuit de récompense entraîne des adaptations cérébrales durables.

Au cours de l’adolescence, ces changements peuvent déclencher des transformations à long terme dans l’équilibre des substances chimiques du cerveau.

Dans l’ensemble, le cerveau de l’adolescent a un immense désir de récompense, un faible contrôle comportemental et une propension à être influencé par l’expérience.

Cela se manifeste par une difficulté à résister aux comportements gratifiants. Il n’est donc pas surprenant que les adolescents préfèrent manger des aliments faciles à obtenir et qui apportent rapidement un sentiment de récompense, et ce, même s’ils savent que c’est néfaste pour la santé. Mais quelles en sont les conséquences à long terme pour le cerveau ?

Stimulation magnétique transcrânienne

Les études d’imagerie fonctionnelle montrent l’activité cérébrale pendant des tâches ou la visualisation d’images d’aliments. Les circuits cérébraux de la récompense alimentaire sont plus actifs chez les adolescents obèses que chez ceux qui ont un poids normal.

Il est intéressant de noter qu’on observe également une activité plus faible dans le cortex préfrontal. Ainsi, l’obésité peut à la fois accroître l’activation du système de récompense et réduire l’activité cérébrale dans les centres qui permettent de maîtriser le désir de manger.

Toutefois, une perte de poids chez les adolescents rétablit les niveaux d’activité dans le cortex préfrontal. Le cortex préfrontal est donc une zone clé du cerveau pour contrôler l’apport alimentaire, et le changement de régime alimentaire augmente l’activité dans les régions du cerveau responsables de la maîtrise de soi.

La stimulation magnétique transcrânienne (SMT), qui permet aux scientifiques de modifier l’activité cérébrale dans le cortex préfrontal, peut changer la régulation inhibitrice du comportement alimentaire. Le traitement par SMT répétée pourrait constituer une nouvelle thérapie pour rétablir le contrôle cognitif de l’alimentation, ce qui mènerait à une perte de poids durable.

L’exercice physique augmente la plasticité du cerveau

La consommation excessive de malbouffe pendant l’adolescence peut modifier le développement du cerveau et entraîner de mauvaises habitudes alimentaires durables. Mais, tel un muscle, le cerveau peut être exercé pour améliorer la volonté.

La grande plasticité du cerveau pendant l’adolescence le rend plus réceptif aux changements de style de vie. L’exercice physique stimule la plasticité du cerveau, aidant à mettre en place de nouvelles habitudes saines. En comprenant la façon dont l’obésité modifie le cerveau, on peut avoir des pistes d’intervention.

L’imagerie fonctionnelle du cerveau ajoute une nouvelle couche d’information qui permet aux cliniciens d’identifier les personnes à risque et de suivre les changements cérébraux pendant les modifications de l’alimentation et du mode de vie.

Qui plus est, la SMT pourrait constituer une nouvelle approche thérapeutique pour améliorer le recalibrage du jeune cerveau afin de prévenir des transformations qui resteront à l’âge adulte.

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Ce texte est d'abord paru sur le site franco-canadien de The Conversation. Reproduit avec permission.

Le Mag

Eva-Rose renaît grâce à ses parents

La petite Eva-Rose n’a que 9 mois et déjà, elle a passé le tiers de sa vie à l’hôpital. Grâce à une greffe du foie de son papa Dominic Levesque, Eva-Rose devrait pouvoir fêter son premier anniversaire en pleine santé, à la maison et bien entourée de ses parents.

Née le 1er avril 2019, les premiers problèmes de santé de la petite ont été observés alors qu’elle n’avait que quatre mois.

Santé

Étude de l’Université Laval: bien manger, une affaire de famille

MONTRÉAL — Bien manger est une affaire de famille, prévient une nouvelle étude réalisée à l’Université Laval, et ceux qui désirent y parvenir auraient tout intérêt à s’assurer de la collaboration de leurs proches.

Les chercheurs de l’École de nutrition et de l’Institut sur la nutrition et les aliments fonctionnels de l’université québécoise ont demandé, entre 2015 et 2017, à un millier de sujets provenant de cinq grandes régions de la province de remplir de multiples questionnaires portant sur leurs habitudes alimentaires, notamment en ce qui concerne leur adhésion aux recommandations du Guide alimentaire canadien.

«Par exemple, est-ce que vos proches vous ont encouragé à manger plus sainement? Est-ce que vos proches ont fait des commentaires positifs par rapport à votre consommation d’aliments sains? , a illustré la première auteure de l’étude, la doctorante Élise Carbonneau. Ou au contraire, est-ce vos proches vous ont encouragé à consommer des aliments de type malbouffe, même quand vous ne vouliez pas en manger? Est-ce que vos proches ont fait des commentaires positifs ou négatifs par rapport à l’alimentation?»

De tous les facteurs identifiés comme ayant une influence sur la qualité de l’alimentation, ce sont les commentaires — positifs ou négatifs, encourageants ou décourageants — de ceux avec qui on vit, et avec qui on partage donc la majorité de nos repas, qui semblent avoir le plus de poids.

Les commentaires d’autres gens avec qui on casse occasionnellement la croûte, comme des amis et des collègues, n’auraient en revanche pratiquement aucun effet.

«C’est probablement parce qu’à la maison il y a plus d’interactions concernant les repas, a expliqué Mme Carbonneau. On consomme souvent plus de repas avec les gens avec qui on habite. On planifie aussi l’alimentation avec les gens avec qui on habite. Il y a plus d’interactions concernant les choix alimentaires à la maison qu’au travail ou avec les amis.»

Il est aussi probable que l’importance relative dans nos vies des auteurs des commentaires y soit pour quelque chose. On accordera ainsi plus d’importance aux commentaires de nos enfants qu’à ceux d’une collègue qu’on salue à peine.

Tous pour un

«Si un enfant fait un commentaire, c’est aussi parce qu’il veut que son alimentation soit d’un tel type, a dit Mme Carbonneau. On va être influencé et on va finir par faire un repas pour combler tous les membres de la famille. Alors que les gens au travail, on mange en leur compagnie, mais on partage moins souvent un repas avec eux. Il y a moins de décisions à prendre avec les gens au travail.»

Les chercheurs ont par ailleurs constaté que les gens ayant un plus faible niveau d’éducation risquent d’être plus négativement influencés par les gens avec qui ils habitent; en d’autres mots, si leurs proches mangent davantage de malbouffe, ils risquent de suivre leur exemple et de faire de même.

Lors d’autres études réalisées auprès de couples hétérosexuels, les hommes rapportaient souvent plus de support de leur conjointe face à leurs bonnes habitudes de vie que les femmes en rapporteraient de la part de leur conjoint. Le même phénomène a été constaté cette fois-ci.

«Les femmes avaient rapporté un peu moins d’actions de soutien de la part de leurs proches à domicile, et un peu plus d’actions de non-soutien, a révélé Mme Carbonneau. Il y avait quand même une différence qui était significative.»

En conclusion, ceux qui souhaitent profiter du Nouvel An pour prendre la résolution de mieux s’alimenter maximiseront leurs chances de succès s’ils en font un projet familial auquel tous adhèrent.

«C’est facilitant d’embarquer dans une démarche d’amélioration des habitudes alimentaires si les gens autour de nous, et particulièrement les gens avec qui on habite, s’engagent dans une démarche semblable, ou du moins sont aidants dans cette démarche-là, a dit Mme Carbonneau. Mais si les gens à la maison ne sont vraiment pas prêts à s’engager là-dedans, que leurs habitudes sont loin de ce qu’on vise, peut-être que ça va nous mettre plus de bâtons dans les roues.

«Je ne voudrais quand même pas dire à quelqu’un de ne pas essayer parce que ses proches ne sont pas soutenants, mais il faut être conscient que le défi sera peut-être un peu plus difficile et qu’il faudra peut-être aller chercher des ressources ailleurs.»

Les conclusions de cette étude sont publiées par la revue scientifique Nutrients.

Santé

Urgences sous pression: le ministère de la Santé s’explique

Débordements dans les urgences. Saturation des cliniques et des supercliniques. Cet hiver encore, le réseau de la santé peine à répondre à la demande. Le Soleil s’est entretenu jeudi avec la directrice nationale des urgences, la Dre Élyse Berger-Pelletier, afin de mieux comprendre la situation et de connaître les solutions du ministère de la Santé pour diminuer la pression sur les établissements. Compte rendu.

C’est connu, trop de patients se présentent dans les urgences alors que leur condition médicale ne le nécessite pas. Il y a plusieurs mois, le ministère de la Santé a donné la directive aux hôpitaux de se doter d’un protocole de réorientation des cas mineurs vers des cliniques ou des supercliniques. Cette directive a été «renforcée» avant la saison hivernale, précise la Dre Élyse Berger-Pelletier. 

«On a des champions de la réorientation. Je pense notamment à l’Hôpital de la Cité-de-la-santé [à Laval] ou à l’Hôpital Maisonneuve-Rosemont, qui réoriente plus de 30 patients par jour en moyenne. Mais il y a d’autres établissements qui sont plus difficiles à structurer présentement», explique-t-elle. 

Ces établissements peuvent notamment faire face à des enjeux géographiques, indique la médecin. «Il se peut qu’un patient qui se présente à une urgence x ne soit pas intéressé à se déplacer à la clinique la plus proche si cette clinique est à 15 kilomètres. Il y a un enjeu de refus de la part des patients, donc, mais il y a aussi l’enjeu de certaines cliniques qui ne voient pas nécessairement la plus-value d’avoir de la clientèle réorientée», expose la Dre Berger-Pelletier. 

Si la quasi-totalité des supercliniques adhère aux mesures de réorientation des patients ambulatoires des urgences, il n’en va pas de même pour les groupes de médecine familiale (GMF) traditionnels (qui n’ont pas de mission réseau ou superclinique). «Il faut savoir que les GMF et les GMF-R n’ont pas d’obligation de prendre des patients réorientés de l’urgence, mais ils ont tout intérêt à le faire, surtout si le patient qui se présente à l’urgence a un médecin de famille dans un GMF», souligne l’urgentologue. 

Est-ce que le ministère pourrait obliger les cliniques et les supercliniques à prendre de la clientèle réorientée par les urgences? «Je pense que les médecins de famille et les patients auraient tout intérêt à ce que ça arrive. On est en train de regarder ça. C’est sur la planche à dessin depuis quelques mois déjà. Mais il y a certains enjeux. Vous seriez surprise du nombre de patients qui se présentent à l’urgence qui n’ont aucune idée de qui est leur médecin de famille et où il travaille», illustre l’urgentologue.

Si du travail reste à faire auprès de la population et des cliniques, de plus en plus de patients ambulatoires des urgences sont réorientés, note la Dre Berger-Pelletier. «On est actuellement à 8 % de la clientèle ambulatoire des urgences qui est réorientée. Notre objectif est 10 %», précise-t-elle. 

Des cliniques saturées

Questionnée à propos des nombreux témoignages, notamment sur les réseaux sociaux, de patients qui disent avoir tenté en vain de consulter dans une clinique ou dans une superclinique avant de se rabattre sur l’urgence, la Dre Berger-Pelletier s’est montrée bien au fait de cette problématique. 

«On n’est pas sourd ni aveugle, on entend et voit les mêmes commentaires que vous. J’ai fait six quarts de travail à l’urgence dans le temps du Jour de l’An, et j’ai été frappée de plein fouet par cet achalandage augmenté et par la présence de patients qui nous disaient avoir essayé de consulter dans des cliniques, mais qui, malheureusement, n’avaient pas réussi.»

Avant Noël, la plupart des cliniques d’hiver — il y a en a près d’une soixantaine au Québec, la liste est sur le site du ministère de la Santé — avaient des plages de consultations disponibles, observe la Dre Berger-Pelletier. 

«Mais il y a eu une tempête parfaite. Autour du 26 décembre, il y a eu une augmentation de l’influenza A et B en même temps. [...] Puis il y a eu la gastro, qui est particulièrement intense cette année. J’ai d’ailleurs vu plus de cas de gastro que de cas d’influenza. Avec ça, il y a eu de la glace [et des chutes], ce qui fait que la demande a augmenté d’à peu près 300 % en 48 heures. C’est sûr qu’avec un réseau qui est déjà à pleine capacité, on n’a pas réussi à répondre à cette demande-là en 48 heures», dit l’urgentologue.

Il n’empêche, les 20 000 heures de clinique d’hiver supplémentaires offertes cette année ne «répondent vraisemblablement pas à 100 % de la demande», convient la Dre Berger-Pelletier. 

«Probablement que l’hiver prochain, on va être encore meilleur sur d’autres initiatives, d’autres façons de travailler pour améliorer l’offre de services. On a des ententes avec les médecins de famille qui sont renégociées année après année. L’objectif, c’est de répondre aux besoins de la population. Si les heures de cliniques d’hiver n’étaient pas suffisantes cette année, il y en aura plus l’an prochain», assure la médecin.

Pour l’instant, ajoute-t-elle, «on demande à tous nos médecins de famille, aux GMF et aux GMF-R s’ils peuvent offrir des heures de plus».

Une population à éduquer

Par contre, note la Dre Berger-Pelletier, on retrouve dans les cliniques, les supercliniques et les urgences un «fort taux de clientèle» qui n’a pas besoin de voir un médecin. Selon elle, environ 40 % des patients qui consultent n’en auraient pas besoin. 

«Il y a vraiment beaucoup, beaucoup de patients à qui j’ai répondu [à l’urgence pendant les Fêtes] : écoutez, c’est un virus, malheureusement, la médecine moderne ne peut pas faire grand-chose pour vous, il faut attendre que ça passe. Donc il y a de l’éducation populationnelle à faire aussi», croit la Dre Berger-Pelletier, rappelant que ministère de la Santé fait la promotion d’outils d’aide à la décision, notamment sur les réseaux sociaux et sur son site Internet. 

On peut aussi consulter le pharmacien ou appeler au 811 pour savoir comment se réhydrater pendant une gastro, par exemple, ajoute-t-elle. «J’ai vu beaucoup de parents dépourvus pendant le temps des Fêtes, et je n’ai pas installé beaucoup de solutés. Dans la plupart des cas, ce n’était pas de la déshydratation sévère», souligne l’urgentologue. 

«Nous, ce qu’on craint comme clinicien, c’est que dans une salle d’attente bondée se cache un patient gravement malade qui va attendre longtemps inutilement», expose la Dre Berger-Pelletier, qui rappelle que l’échelle canadienne de triage n’est «pas parfaite» et qu’un patient coté P4, par exemple, peut finalement devoir être vu rapidement. 

Taux d’occupation des civières

À propos des taux d’occupation des civières, jugés «très élevés» encore jeudi dans 11 régions du Québec, la Dre Élyse Berger-Pelletier souligne que la ministre de la Santé, Danielle McCann, a annoncé en novembre le financement de 800 places supplémentaires d’hébergement. Elle rappelle que plusieurs lits dans les hôpitaux sont occupés par des patients qui ne sont pas en mesure de retourner dans leur milieu de vie après un épisode de soins et qui attendent une place en CHSLD.

«Ces 800 places-là ne sont pas toutes ouvertes [un peu moins de la moitié le sont]. On fait un suivi avec les établissements, qui essaient de les ouvrir le plus rapidement possible. Tout ça va aider à libérer les lits», dit la Dre Berger-Pelletier. 

Du financement a aussi été accordé à plusieurs hôpitaux cet automne pour qu’ils ouvrent des lits dans des unités de débordement, mentionne par ailleurs la directrice nationale des urgences. «Il y a eu des choses de faites. On comprend que ça ne répond pas à 100 % des besoins, mais quand on compare à l’an dernier ou à il y a deux ans, il y a eu beaucoup de chemin de fait», assure-t-elle. 

Des solutions à plus long terme

Selon la Dre Élyse Berger-Pelletier, une autre partie de la solution se trouve à plus long terme dans les projets de nouveaux hôpitaux, notamment à Vaudreuil-Soulanges. «Il y a aussi l’Hôpital Pierre-Boucher [à Longueuil], où on va augmenter le nombre de lits d’hospitalisation. Ce sont des régions qui sont très critiques présentement.»

Le ministère de la Santé dit aussi se tourner vers des méthodes «alternatives». «Plutôt que ce soient les personnes âgées qui vivent en résidence privée qui viennent à l’hôpital, pourquoi ce ne serait pas l’hôpital qui irait dans la résidence privée pour mettre des solutés quand il y a une explosion de gastro, par exemple? On a beaucoup de projets comme ça pour éviter que les gens aillent à l’urgence», dit la Dre Berger-Pelletier.

Oui, le ministère a encore des devoirs à faire pour diminuer la pression sur les urgences, mais ce n’est pas seulement à lui à travailler, croit l’urgentologue. La population aussi doit faire son bout de chemin en s’informant avant de consulter, insiste-t-elle.

Santé

Hospitalisation en psychiatrie: des patients «de second ordre», dénoncent des psychiatres

Des psychiatres dénoncent que les patients hospitalisés à l’Institut universitaire de santé mentale de Québec (IUSMQ) soient considérés comme des patients «de second ordre», alors qu’ils n’ont pas accès aux mêmes soins physiques que dans les hôpitaux généraux.

En plus d’avoir fermé les 44 lits d’hospitalisation en psychiatrie de l’Hôpital du Saint-Sacrement, le Centre intégré universitaire de santé et de services sociaux (CIUSSS) de la Capitale-Nationale a transféré une trentaine de lits de l’Hôpital de l’Enfant-Jésus vers l’IUSMQ. Désormais, la majorité des lits d’hospitalisation en psychiatrie de la région se trouvent à l’ancien hôpital Robert-Giffard, qui héberge actuellement une centaine de patients. 

Dans une lettre ouverte qu’ils ont fait parvenir au Soleil, une quarantaine de psychiatres soulignent que les soins physiques sont moindres à l’IUSMQ. «L’exemple le plus criant est que la couverture du code bleu [code lancé lorsqu’il y a un arrêt cardiorespiratoire] est maintenant de niveau intermédiaire. Les chariots de code, chariots contenant le matériel nécessaire pour réanimer quelqu’un, ont donc été retirés de tout l’IUSMQ. Il n’y a plus de moniteurs cardiaques», dénoncent-ils.

Ainsi, si un patient fait un arrêt cardiorespiratoire, les médecins sur place devront appeler une ambulance puisqu’ils ne sont plus équipés pour y répondre. «Accepteriez-vous d’être hospitalisé en neurologie sachant qu’il n’y aurait plus de possibilité de vous réanimer adéquatement rapidement? Pourquoi est-ce acceptable en psychiatrie?» demandent les médecins.

En entrevue au Soleil, une des signataires de la lettre qui a préféré ne pas être identifiée souligne que les patients hospitalisés à l’IUSMQ ont autant besoin de soins physiques que psychiatriques. «Ce sont les cas les plus lourds, les plus malades qui y sont hospitalisés. Ils ont souvent moins accès à un médecin de famille quand ils sont à l’extérieur, prennent moins soin de leur santé, consomment du tabac, de la drogue...» expose la psychiatre.

Selon elle, ce sont deux défibrillateurs cardiaques «de type aréna» qui remplaceront les chariots de code. Et ce n’est que «la pointe de l’iceberg», dit-elle.

Dans un courriel envoyé le 23 décembre aux médecins exerçant à l’IUSMQ, le directeur des services professionnels du CIUSSS de la Capitale-Nationale, Martin Lafleur, annonce la cessation des examens d’échographie et des examens sous fluoroscopie à l’installation du chemin de la Canardière, précisant qu’un corridor de services a été défini avec le service d’imagerie médicale de l’Enfant-Jésus. 

Dans leur lettre, les psychiatres déplorent que pour les demandes de laboratoire, d’imagerie et de consultation, les patients sont considérés comme des patients de clinique externe. «Ils ne sont pas priorisés, car ils sont physiquement à l’extérieur des hôpitaux et les délais sont longs», dénoncent-ils.

«Les patients hospitalisés en psychiatrie ont dont été sortis des hôpitaux généraux et ont maintenant moins de soins et de services que ceux hospitalisés dans toutes les autres disciplines», s’indignent les médecins. 

Les meilleures pratiques, selon le CIUSSS

Au CIUSSS de la Capitale-Nationale, on précise avoir révisé les codes et procédures d’urgence dans tous les milieux. «Ce qui a été convenu pour l’IUSMQ, c’est de mettre en place un code bleu de niveau intermédiaire» parce que les conditions le justifiaient, explique Sylvie Bonneau, directrice des soins infirmiers et de la santé physique au CIUSSS. 

«C’est un milieu où il n’y pas d’urgence, où il y a des équipes d’infirmières 24 heures sur 24, et où on peut faire des interventions très sécuritaires : massage cardiaque, défibrillation et transfert rapide vers un établissement approprié. […] On est vraiment dans les meilleures pratiques, qui commandent de faire, dans tous les milieux où il n’y a pas d’urgence ou de médecin 24 heures sur 24, un massage cardiaque le plus tôt possible, de défibriller et de transporter le patient vers l’hôpital le plus approprié pour le prendre en charge», insiste Mme Bonneau. 

Avant de réviser les procédures d’urgence à l’IUSMQ, des spécialistes, notamment un urgentologue et un cardiologue, ont été consultés, mentionne Sylvie Bonneau. «On a tout intérêt à établir les mesures les plus sécuritaires possible.»

Selon elle, la fréquence des arrêts cardiorespiratoires serait «très faible» à l’IUSMQ. «Une équipe qui n’est pas exposée ne peut pas agir avec compétence», fait valoir Mme Bonneau, tout en soulignant que de toute façon, l’IUSMQ est un institut de santé mentale, «pas une urgence».