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Détresse suicidaire chez les aidants naturels

TROIS-RIVIÈRES — Les aidants naturels vivent de la détresse, c’est bien connu, en particulier ceux qui aident un proche ayant des troubles cognitifs. Ce qui est moins connu, c’est que certains de ces aidants finissent par songer au suicide.

C’est une doctorante de 4e année en psychologie de l’Université du Québec à Trois-Rivières, Audrey Teasdale-Dubé, qui a eu l’idée de se pencher sur la question. Ce sujet d’étude, une première pour le Canada, lui est venu lorsqu’elle a travaillé pour la ligne d’écoute de Prévention Suicide. «Beaucoup de personnes âgées appelaient», dit-elle.

Santé

Une app pour les personnes atteintes de sclérose en plaques

Les patients atteints de sclérose en plaques pourront s’outiller d’une application mobile créée spécialement pour eux. Aby pourra les aider dans leur quotidien à vivre avec la maladie.

L’application Aby, gratuite et créée en 2019, propose de l’information fiable sur la maladie, des programmes de bien-être conçus par des professionnels de la santé et un moyen de communiquer avec une infirmière spécialisée. Il s’agit d’une application développée entièrement pour les patients atteints de sclérose en plaques (SP) et leurs proches.

«Ça répond à plusieurs besoins. Cette maladie-là a un caractère imprévisible, on ne sait pas quand les symptômes vont se manifester, ni quelle en sera la nature. Les gens ont besoin d’avoir de l’information quand ça survient, et l’application permet d’avoir cette information à portée de main», explique l’infirmière spécialisée Isabelle Jalbert.

Mme Jalbert travaille dans le domaine depuis 18 ans, à la Clinique de sclérose en plaques (CISSS-CA) de Lévis. Elle a été approchée afin de tester l’application à titre d’experte, pour ainsi répondre aux questions.

«Ça ne remplace pas la clinique ni le suivi offert par le neurologue, mais c’est un plus», assure-t-elle. 

Aby peut servir de journal pour les patients. Elle renferme des conseils sur l’alimentation, des recettes, et des programmes d’exercices adaptés. Elle permet aussi de créer des rappels pour la prise de médicaments.

Un des patients de Mme Jalbert, François Grégoire, vit avec la SP depuis 13 ans. Il n’utilise l’application que depuis un mois, mais peut déjà affirmer qu’elle lui facilite la vie.

«On peut y colliger toute l’information, on peut y dresser le portrait de notre journée, notre humeur, nos symptômes, nos tâches et notre qualité de sommeil. On peut comprendre mieux pourquoi on ressent un tel symptôme. Ça nous donne un visuel. Ça ne règle pas tous les problèmes, mais ça améliore la gestion de la maladie au quotidien», exprime l’homme âgé de 52 ans.

Des témoignages

De cette application, M. Grégoire apprécie aussi la possibilité de consulter des témoignages. Il aurait aimé avoir accès à pareils partages lors de l’annonce de son diagnostic. «Les témoignages donnent de l’espoir. De savoir tout de suite que la SP ne signifie pas nécessairement un fauteuil roulant par exemple, j’aurais aimé ça au début.»

«Ça nous aide à faire un meilleur suivi, on a tous les paramètres nécessaires pour voir comment les journées du patient se déroulent», ajoute aussi Mme Jalbert.

Les patients utilisent Aby lors des rendez-vous avec les professionnels de la santé. Ces derniers peuvent voir ce qu’ont fait les patients et à quel moment. L’application peut donc permettre de déterminer ce qui cause certains symptômes ou pas. 

Quand on lui a présenté l’application, l’infirmière avoue avoir eu une certaine réticence.

«Souvent, des choses nous sont présentées, mais ne sont pas adaptées à la réalité des gens ou bien ce n’est pas scientifique, indique-t-elle. Mais ça, ce n’est pas gênant d’en faire la promotion. Les sources sont fiables.»

Pour en savoir plus : aby-app.ca/fr

Santé

Le nombre d’enfants intoxiqués au cannabis a bondi depuis la légalisation

MONTRÉAL — Le nombre d’enfants intoxiqués au cannabis a bondi depuis la légalisation de la substance au Canada en octobre dernier, a prévenu jeudi le Centre de traumatologie de l’Hôpital de Montréal pour enfants (HME).

Depuis l’entrée en vigueur de la loi légalisant la marijuana au Canada, le 17 octobre 2018, le Centre de traumatologie de l’HME a traité 26 cas, a précisé l’établissement par voie de communiqué.

Avant 2016 l’ingestion de marijuana chez les enfants de moins de sept ans était rare; en moyenne, on traitait un enfant tous les trois ans. Depuis 2016, le Centre de traumatologie de l’HME a traité neuf enfants de ce groupe d’âge présentant des symptômes comme de l’anxiété, des vomissements, de la somnolence et une fréquence respiratoire plus élevée.

Les cas les plus graves ont subi des convulsions et ont dû être hospitalisés à l’unité de soins intensifs pédiatriques.

«L’enfant peut avoir un état stuporeux ou comateux, a dit le docteur Dominic Chalut, qui est urgentologue et toxicologue au HME. Il ne répondra pas vraiment à la douleur ou aux stimuli externes. Il peut avoir des convulsions. La respiration peut être abaissée à des seuils critiques, donc l’enfant ne respire plus assez rapidement pour maintenir ses fonctions vitales stables. Dans ces cas-là, il faut l’intuber [...] et le mettre sur un respirateur pendant qu’il est sous l’effet des drogues. [...] Le contenu gastrique peut remonter dans les poumons et causer des problèmes respiratoires.»

Les jeunes enfants sont plus vulnérables à l’intoxication à cause de leur plus petite taille, surtout parce que pour la plupart des substances, la toxicité est associée à la dose par kilogramme de poids corporel.

Les produits du cannabis, surtout comestibles, sont particulièrement attrayants pour les jeunes enfants, et c’est pourquoi il est très important de les garder hors de leur vue et de leur portée.

«On trouve maintenant la marijuana dans des brownies ou des jujubes [là] où aucun enfant ne soupçonnerait avoir une substance psychoactive, a prévenu le docteur Chalut. [...] Si on présente un jujube ou un brownie à un enfant, son réflexe sera de le manger.

«Les parents ne sont pas conscients du danger potentiel. Habituellement c’est isolé et les parents ont beaucoup de remords par rapport à ça, c’est une expérience pour eux et ils sont beaucoup plus sécuritaires à l’avenir», poursuit le Dr Chalut, qui demande au public de cesser de croire que tout ce qui est naturel est inoffensif.

«Pensez à la cocaïne, a-t-il illustré. Il n’y a rien de plus naturel que la cocaïne, et il n’y a peut-être rien de plus néfaste que la cocaïne. Je dis aux parents que ce n’est pas parce que c’est naturel que c’est inoffensif. Les pires poisons, comme l’huile de ricin, sont tout à fait naturels et ils ont un effet dévastateur chez l’humain, donc il faut faire attention parce que ça peut avoir des effets significatifs chez l’enfant.» 

Santé

Le Dr Yves Robert à la défense de la vaccination

Il y a 40 ans, alors qu’il faisait son internat en médecine, le Dr Yves Robert a eu à traiter un cas qui l’a profondément marqué : celui d’un adolescent d’une quinzaine d’années présentant une panencéphalite sclérosante subaiguë (PSS), apparue quelques années après que le jeune patient eut contracté la rougeole. L’enfant était devenu «légume, littéralement», se souvient le secrétaire général du Collège des médecins du Québec, qui vient de publier un éditorial dans lequel il rappelle l’importance de la vaccination.

Avant d’arriver au Collège des médecins, en 2003, le Dr Yves Robert, médecin de famille de formation, a passé plus de la moitié de sa carrière dans le domaine de la santé publique, se spécialisant plus particulièrement en infectiologie et en immunisation. Pour celui qui a contribué à structurer le programme d’immunisation du Québec, la tentation était grande de commenter le retour de la rougeole en Amérique du Nord et le «débat périodique» autour de la vaccination.

Les cas de PSS comme celui qu’il a vu il y a 40 sont rares, très rares même. «Certains collègues de mon âge en ont déjà vu, mais ça reste très rare», souligne-t-il en entrevue au Soleil. Il n’empêche : si son jeune patient avait eu accès au vaccin, «il n’aurait jamais été dans cette condition-là».

«Aujourd’hui, on peut prévenir ce genre de cas-là simplement par la vaccination. Ce sont des cas très rares, on en parle peu, mais ça existe, et c’est très grave. Et plus le nombre de cas de rougeole augmente, plus la probabilité de trouver des cas de PSS augmente. On a donc intérêt à faire en sorte que le virus sauvage ne soit plus là, qu’il ne se propage plus», plaide le Dr Robert, précisant que «le virus vaccinal n’a pas cette propriété-là».

Cette propriété dont parle le médecin, c’est celle qu’a le virus sauvage de la rougeole de rester muet dans certains tissus humains, notamment le cerveau, après la maladie initiale, et de se réveiller quelques années plus tard «pour agir comme un slow virus», comme on le voit avec le virus de la varicelle, qui peut plus tard se transformer en zona. 

«Il y a une famille de virus qui sont des virus à évolution lente, dont celui qui cause ce qu’on appelle la maladie de la vache folle, qu’on a connue au début des années 90. Ces virus-là évoluent sur plusieurs années et peuvent causer, après plusieurs années, une dégénérescence du tissu dans lequel il est resté muet», explique le Dr Yves Robert. 

La dernière grande épidémie de rougeole au Québec remonte à 1989, alors que plus de 10 000 cas avaient été enregistrés. Depuis que les enfants reçoivent deux doses du vaccin contre la maladie, la première vers un an et la deuxième à l’âge de 18 mois, on n’a plus d’épidémie de rougeole, note le Dr Robert. 

«Ce n’est pas vrai qu’on peut choisir le moment de la vaccination, avoir un calendrier à options, comme l’a dit la femme de Carey Price [Angela Price a affirmé sur Instagram en mars qu’elle faisait vacciner ses deux filles en suivant le calendrier alternatif suggéré par le pédiatre controversé Bob Sears, qui propose un programme de vaccins plus étendu dans le temps afin de diminuer le nombre de doses par visite. Sa publication a depuis été retirée.] Il faut vacciner avant le moment où la maladie est le plus susceptible de se manifester, et le plut tôt possible pour que le vaccin ait l’effet de protection désirée. Quand il naît, l’enfant a acquis passivement une protection contre certaines maladies, dont la rougeole. Donc si on voulait le vacciner avant l’âge de six mois, ce ne serait pas une bonne idée puisque le vaccin ne prendrait pas à cause des anticorps passifs transmis par la mère. Voilà pourquoi on retarde un peu le moment», explique le Dr Robert.

Éradiquer la polio

Le médecin rappelle que tant pour la rougeole que pour la poliomyélite, on est «proche d’une éradication», mais on ne l’est toujours pas, d’où l’importance de ne pas «baisser la garde» en termes de vaccination. 

«On est actuellement dans un processus international pour éradiquer la polio, comme on l’a fait avec la variole, qui a été déclarée éradiquée dans les années 1980. On n’a plus de cas au Québec et au Canada, mais il y a encore des régions à risque, notamment en Asie et en Afrique. C’est une maladie qui pourrait revenir parce qu’elle est transmise par un entérovirus présent dans l’environnement qu’on ingère à partir d’un cas de polio qui l’excrète dans ses selles», explique le Dr Yves Robert.

Le Dr Robert insiste : ce n’est pas parce qu’on ne voit plus la maladie qu’il n’y a plus d’indication de vacciner. «Si on ne la voit plus, c’est parce qu’on vaccine. Il ne faut pas baisser la garde tant qu’on n’aura pas le OK des autorités sanitaires internationales qui dit : le risque que ça réapparaisse est maintenant nul. On n’est pas rendu là, ni pour la rougeole ni pour la polio.»

Né en 1954, le Dr Robert se souvient de la dernière grande épidémie de polio, à la fin des années 1950. «Mes parents craignaient beaucoup ça. À l’époque, il n’y avait pas d’intubation pour faire de l’assistance respiratoire. On avait ce qu’on appelait des poumons d’acier, soit de grands tubes métalliques dans lesquels on entrait le patient pour l’aider à respirer, en créant une pression négative. [...] C’était majeur comme épidémie, et ça a frappé l’imagination de nos parents. Quand le vaccin est arrivé, au début des années 1960, ça faisait la file!» raconte le médecin, rappelant que la polio cause une paralysie irréversible. 

Autre maladie grave qu’on peut éviter grâce à la vaccination : la méningite à méningocoque de type C, qui avait causé «une grosse panique» au début des années 1990. «Il y avait des enfants qui mourraient, d’autres qui devaient être amputés à cause de la maladie», se souvient le Dr Robert, qui avait participé à l’époque à la décision de vacciner l’ensemble des jeunes de moins de 16 ans contre le méningocoque C. «J’ai encore en tête le cas d’une enfant qui avait subi une amputation des deux jambes, de trois doigts et une plastie du visage. Elle avait trois ans...» Tant le méningocoque C que le méningocoque B ont depuis été introduits dans le calendrier de vaccination, précise le Dr Robert. 

Méconnaissance scientifique

Le secrétaire général du Collège des médecins se désole de la «méconnaissance» autour de la vaccination et de l’ampleur que prend le mouvement anti-vaccin. Il salue au passage la décision de la ministre de la Santé, Danielle McCann, de ne pas emboîter le pas de la France en rendant la vaccination obligatoire. 

«Si le mouvement antivaccin est très fort en France, c’est parce qu’il y a des lois qui obligent la vaccination. C’est la dernière chose qu’il faut faire parce que ça cristallise l’opposition, ce qui a pour effet de réduire la vaccination. C’est l’erreur majeure que les Français ont faite, et les Américains s’apprêtent à faire la même erreur», déplore le Dr Robert, qui se dit «de ceux qui croient qu’un humain intelligent normal va comprendre l’importance de la vaccination si on lui explique bien les choses». 

Selon le Dr Robert, les réseaux sociaux amplifient le mouvement antivaccin, qu’il attribue en partie à l’absence de culture scientifique. «La science actuellement n’est pas valorisée. Ce qui est valorisé, c’est les croyances. Et les médias ont une part de responsabilité. Dans les années 1990, ils publicisaient des croyances, ils cherchaient la controverse, à débattre de la vaccination sur la place publique. Personnellement, je me suis toujours refusé à débattre sur le sujet. Parce que pour moi, ce n’est pas une question de débat, mais de science. Si je débattais avec un antivaccinaliste, j’avais quelque chose à perdre. L’antivaccinaliste n’a rien à perdre.[…] C’est comme le débat sur la terre est ronde ou la terre est plate. On peut débattre si vous voulez, mais il n’y a aucune pertinence à débattre de ça. Parce que c’est un fait scientifique», tranche le Dr Robert.

Pour illustrer la responsabilité des médias dans la propagation du discours antivaccinal et autres théories «complotistes», le médecin cite l’exemple de la parution du livre La mafia médicale, qui avait valu à son auteure, la Dre Guylaine Lanctôt, sa radiation de son ordre professionnel en 1997. Le Dr Robert avait agi comme témoin devant le comité de discipline. Parmi les déclarations les plus controversées de Guylaine Lanctôt : celle voulant qu’en raison de la vaccination, des enfants naîtront avec des queues de souris et du poil de lapin.

«Il y avait des journalistes qui faisaient la promotion de son livre. Je leur demandais : l’avez-vous lu? Aucun ne l’avez lu! Quand je leur disais ce qu’il y avait dedans, ils n’en revenaient pas. Les médias ont publicisé le livre sans l’avoir lu! C’est frustrant!» laisse tomber le Dr Robert, qui se réjouit de voir maintenant des journalistes et des chroniqueurs prendre davantage le parti de la science que de celui de la controverse.

Santé

La dépression post-partum se manifeste aussi chez le père

MONTRÉAL — La dépression post-partum se manifeste aussi chez le père, mais le problème demeure mal connu et risque de passer sous le radar, prévient une nouvelle étude britannique.

Des chercheurs de l’Université Anglia Ruskin rapportent dans le Journal of Mental Health que seulement 76 % des quelque 400 participants à leur recherche ont réalisé que quelque chose clochait avec le papa après avoir pris connaissance de ses symptômes, contre 97 % pour la maman.

De manière encore plus pointue, 90 % des sujets ont reconnu que la maman souffrait d’une dépression post-partum, mais seulement 46 % d’entre eux en sont venus à cette conclusion dans le cas du papa.

Vingt et un pour cent des participants ont estimé que l’homme était simplement fatigué, contre un minime 0,5 % pour la femme.

Le problème est pourtant plus répandu qu’on ne le croit.

«Environ 10 % des papas auront une dépression avant que le bébé ait un an, a rappelé la docteure Anabel Carmel, qui rejoindra prochainement l’équipe du CHU Sainte-Justine. Mais quand la maman a une dépression post-­partum, le risque du papa augmente à 50 %, selon certaines études.»

Il se pourrait toutefois très bien que ce 10 % ne soit que la pointe de l’iceberg.

«En médecine [...] c’est clair qu’on trouve ce qu’on cherche, a souligné la docteure Carmel. La dépression post-partum chez le papa, c’est quelque chose qu’on commence à reconnaître, qui devient de plus en plus d’actualité, mais qui n’est pas nécessairement un phénomène reconnu pour lequel on fait un dépistage de manière commune.»

Plus connu chez la femme

La mère recevra des soins pendant toute sa grossesse et profitera donc un peu d’un suivi par défaut à ce sujet. Plusieurs questions seront posées au sujet de sa santé mentale, puisque les équipes d’obstétriques sont très sensibilisées au problème de la dépression post-partum chez la femme.

Il n’en va pas de même pour le père.

«Dans les études, plusieurs pères mentionnent que leur présence est parfois ignorée quand ils sont aux rendez-vous, ou alors on ne posera pas de questions par rapport au papa en tant que tel, donc c’est facile de passer à côté», a dit la docteure Carmel.

Le père et la mère vivront la transition vers la parentalité de manière bien différente. La mère a grandi avec le bébé et a vu son corps se transformer. Pour le père, la transition est beaucoup moins concrète. Il devra se forger une nouvelle identité et assumer un nouveau rôle masculin, avec plus ou moins de temps pour se préparer et plus ou moins d’expérience pour le faire.

«Parfois les papas peuvent vivre beaucoup d’impuissance dans cette transition-là, qui peut même être traumatique quand on pense à des grossesses qui sont compliquées, des accouchements qui sont compliqués, a expliqué la docteure Carmel. Ils peuvent être confrontés à leur impuissance, à leur ignorance, ils ont de la misère à communiquer leur vécu à l’équipe [...] ou même à leur partenaire. Ça transforme vraiment leur vie au niveau du couple, au niveau personnel, au niveau professionnel, et les attentes et la réalité ne se rejoignent pas toujours.»

Les symptômes de base de la dépression post-partum chez le père — comme un manque de motivation ou de plaisir — pourront être similaires à ceux de la mère.

Mais chez le père, prévient la docteure Carmel, il pourra aussi y avoir des expressions particulières qui ne seront pas nécessairement reconnues comme étant des manifestations de la dépression.

«Dans les études, on voit que plusieurs pères expriment de la fatigue, beaucoup d’irritabilité, de colère... Il y a un risque plus élevé de consommation d’alcool, de drogue. Il peut aussi y avoir un certain évitement sur le plan affectif par le père», a-t-elle dit.

Santé

Le CHU Sainte-Justine perce le mystère d’une maladie rare

MONTRÉAL — Une équipe du CHU Sainte-Justine a réussi à percer le mystère d’une maladie rare qui ne toucherait qu’une poignée d’enfants à travers le monde, a appris en primeur La Presse canadienne.

Cette maladie concerne le gène PAX7, qui est important pour la fonction des cellules souches musculaires. Ces cellules sont responsables de la régénération du muscle et lui permettent de grandir et de se réparer.

C’est le cas de Jonathan (nom fictif) qui a mis le docteur Nicolas Dumont et ses collègues sur la piste du PAX7.

«Il n’avait pas de maladie particulière à la naissance, mais avec le développement on [a réalisé] rapidement qu’il avait une maladie musculaire, a expliqué le docteur Dumont. Quand on a regardé les gènes classiques pour les maladies musculaires, on s’est rendu compte qu’il n’y avait pas de gènes qui ressortaient particulièrement. Donc ce n’était pas une maladie commune qu’on était habitués de voir, rien qui était déjà connu.»

Les maladies musculaires habituelles, comme les dystrophies, affectent normalement les fibres musculaires, celles qui sont responsables des contractions qui nous permettent de bouger. Mais dans le cas de Jonathan, le problème se trouvait ailleurs, et ce sont les nouvelles technologies de séquençage génomique qui ont éventuellement mené à l’identification du PAX7.

Réserves épuisées

Jonathan a maintenant épuisé la réserve de cellules souches musculaires avec lesquelles il était né.

«Ses cellules-souches se sont éteintes parce que la mutation empêchait leur fonction, a expliqué le docteur Dumont. Très certainement, il est à la limite. [...] Il ne peut pas se développer normalement.»

Ses muscles ont réussi à grandir avec ce qu’ils avaient à leur disposition et ils réussiront peut-être à grandir encore un peu grâce à ce que le docteur Dumont appelle des «mécanismes de compensation», mais le jeune homme ne dispose pas des cellules souches musculaires dont il aurait besoin pour assurer sa croissance à long terme.

Celle-ci est donc essentiellement terminée et l’adolescent de 14 ans, qui fréquente l’école en secondaire 3, est de petite taille.

«Tous ses muscles sont atteints, certains plus sévèrement que d’autres, a dit le chercheur. Il est encore capable d’utiliser ses mains, d’écrire, de prendre des choses, de manipuler [...] donc les plus petits muscles sont préservés un peu plus longtemps.»

Jonathan a perdu la capacité de marcher à l’âge de six ans et il est sous respiration assistée depuis l’âge de sept ans.

Boîte de Pandore

L’identification du PAX7 a permis au docteur Dumont de trouver cinq autres enfants à travers le monde qui semblent souffrir du même problème que Jonathan.

Le petit Québécois — un grand amateur de musique, de jeux vidéo et de lutte professionnelle qui souhaiterait devenir inhalothérapeute — est toutefois le plus âgé d’entre eux, ce qui signifie que ses médecins et lui font figure de pionniers.

«C’est lui un peu le précurseur qui nous montre l’évolution de la maladie, a dit le docteur Dumont. On peut essayer de s’adapter pour les autres, d’avoir un meilleur pronostic, de meilleures ressources pour l’évolution de la maladie.»

Dans le cas de Jonathan, les chercheurs ont été en mesure de recréer des cellules souches pluripotentes induites, qui ont la capacité de devenir n’importe quelle cellule du corps. Ils mettent donc à l’essai différentes approches génétiques et pharmacologiques pour essayer de «repermettre l’expression du gène PAX7» dans ces cellules, dans l’espoir que quelque chose fonctionnera et leur donnera une piste de thérapie pour Jonathan.

Mais le docteur Dumont ne s’en cache pas: la tâche à laquelle ils s’attaquent est colossale.

«On est littéralement dans l’inconnu avec une maladie comme celle-là, a-t-il admis. Ce n’est pas seulement le gène qui est méconnu, mais une maladie comme ça qui atteint les cellules souches musculaires, ça n’a jamais été démontré non plus, donc même le principe même de la maladie, on ne sait pas à quoi s’attendre.»

«On ouvre une boîte de Pandore. On découvre un nouveau champ de maladies qui n’ont jamais été observées.»

Santé

La longue saison de la grippe tire à sa fin

Particulièrement longue cette année, la saison de la grippe tire enfin à sa fin, selon le dernier bulletin Flash Grippe du ministère de la Santé.

La saison grippale, qui a commencé au début du mois de novembre, affichait toujours un niveau modéré à la fin d’avril. Ce n’est que pendant la présente semaine que cet indice est enfin passé au niveau faible, avec une tendance à la baisse, mentionne le ministère dans son bulletin.

Entre le 26 août 2018 et le 4 mai 2019, les laboratoires ont détecté quelque 17 222 cas d’influenza, dont 97 % étaient de type A et seulement 3 %, de type B. Le sous-type A(H1N1) a largement dominé la saison, qui a été suivie d’une vague plus faible du sous-type A(H3N2), précise-t-on. 

Pendant la saison 2017-2018, qui avait été moins longue, mais marquée par une activité grippale d’intensité élevée, les laboratoires avaient enregistré 27 914 cas de grippe, soit 15 559 cas d’influenza A (56 %) et 12 355 cas d’influenza B (44 %). 

Cette année, la diminution de l’activité grippale s’est amorcée au début de janvier, mais cette baisse s’est effectuée lentement. «En effet, l’activité grippale est demeurée au niveau modéré pendant 16 semaines, ce qui a eu pour effet de prolonger la saison grippale» souligne le ministère de la Santé, qui explique la durée particulièrement longue de la saison par le fait qu’il y a eu deux vagues d’influenza A(H1N1 et H3N2). 

«Le nombre d’éclosions dans les centres d’hébergement et de soins de longue durée demeure faible, à moins de cinq pour la semaine. Si cette tendance se maintient, la saison grippale se terminera bientôt», conclut le ministère. 

Vaccin plus efficace

Selon les chercheurs canadiens du centre de contrôle des maladies de Colombie-Britannique, le vaccin utilisé cette année contre la grippe saisonnière affichait un taux d’efficacité d’environ 70 % contre la souche prédominante (A(H1N1)), ce qui est largement supérieur au taux d’efficacité du vaccin utilisé lors de la saison 2017-2018, qui ne dépassait pas 40 %.

Santé

Avis de grève dans deux résidences privées pour personnes âgées de Québec

Un avis de grève dans 11 résidences privées pour personnes âgées touchant quelque 1000 travailleurs sera transmis jeudi, a appris La Presse canadienne.

Les 11 résidences privées pour aînés touchées sont situées à Montréal, Québec, Laval, Trois-Rivières, Saguenay et Saint-Jean-sur-Richelieu.

C’est le Syndicat québécois des employés de service, affilié à la FTQ, qui déposera ces avis au Tribunal administratif du travail. Le SQEES demande d’obtenir un salaire de 15 $ l’heure à l’embauche pour ses membres, ainsi que des augmentations de 1 $ par année pour un contrat de trois ans.

Les employés touchés sont des préposés aux bénéficiaires, des employés aux cuisines, au service aux tables, à l’entretien ménager, à la réception, ainsi que des infirmières auxiliaires.

«On a des offres dérisoires, vraiment des offres indécentes. Des employeurs nous présentent des 15 cents d’augmentation. Ça fait que quand tu gagnes 12 $ ou 13 $ l’heure et que tu donnes 15 ou 20 cents d’augmentation à tes gens, là, il y a un problème. Il y en a que leur salaire a augmenté à cause de l’augmentation du salaire minimum», a dénoncé la présidente du SQEES, Sylvie Nelson, en entrevue.

Le salaire minimum a augmenté à 12,50 $ le 1er mai dernier.

Le mandat accordé en est un d’abord de trois journées de grève, les 30 et 31 mai et 1er juin, suivies d’une grève illimitée.

Mme Nelson rapporte un sentiment d’exaspération de la part de ses membres, qui prennent soin de personnes âgées. «On a eu un mandat de grève à 94 % en moyenne. Les gens nous ont dit : “On en a assez; on va faire un coup de semonce”. Le but pour nos travailleurs et nos travailleuses, ce n’est pas d’aller en grève, mais d’être capable d’avoir un salaire décent et d’arriver à joindre les deux bouts.»

Services essentiels

Même s’il s’agit de résidences privées pour aînés, le Tribunal doit veiller à ce que les services essentiels soient dispensés en cas de grève. Les parties devront donc tenter de s’entendre sur les services essentiels à maintenir, sinon le Tribunal devra trancher.

«On va donner les services essentiels. Les personnes âgées et les familles n’ont pas à s’inquiéter : on ne touchera pas à la santé et à la sécurité des résidants», a assuré Mme Nelson.

Les résidences visées par l’avis de grève sont Aviva à Québec, Chartwell Château de Bordeaux à Québec, Chartwell L’Oasis Saint-Jean à Saint-Jean-sur-Richelieu, Château Beaurivage à Montréal, CHSLD Herron à Montréal, Domaine des Forges à Laval, Résidence urbaine pour aînés Le Boulevard à Montréal, le Manoir Champlain à Saguenay, le Manoir Outremont COGIR à Montréal, la Résidence Élogia (Maurice) à Montréal et la Résidence Valeo Jean XXIII à Trois-Rivières.

Le SQEES, affilié à la FTQ, aussi connu sous le nom de section locale 298, compte 25 000 membres dans l’ensemble du Québec, notamment en santé et services sociaux et dans les centres d’hébergement privés.

Santé

Les hôpitaux gaspésiens «fragiles» en obstétrique

MARIA – Les deux ruptures de service en obstétrique des 11 et 12 mai au Centre hospitalier Baie-des-Chaleurs de Maria rappellent que les quatre hôpitaux de la Gaspésie demeurent « fragiles » dans cette spécialité à cause du manque de personnel.

Ce rappel vient de Johanne Méthot, directrice des soins infirmiers du Centre intégré de santé et de services sociaux (CISSS) de la Gaspésie. Depuis le début de 2019, les hôpitaux de Sainte-Anne-des-Monts et de Gaspé ont vécu de courtes ruptures en obstétrique, le premier à cause de l’absence d’anesthésiste et le second par manque d’infirmières.

Seul l’hôpital de Chandler s’en tire sans rupture en obstétrique depuis le début de 2019. «C’est fragile là aussi, mais c’est le moins fragile » note Johanne Méthot, précisant que Chandler est devenu l’hôpital de dépannage en obstétrique pour Maria et Gaspé.

À Maria, chaque rupture n’a duré que huit heures, lors des quarts de soir. Samedi, il y avait une infirmière d’obstétrique au lieu de deux et il n’y en avait pas dimanche. « On voulait quand même que les femmes enceintes se présentent d’abord à Maria, à l’urgence, afin qu’un médecin évalue leur état, et voir si un transfert vers Chandler était nécessaire », précise Mme Méthot.

Ces découvertures n’ont pas nécessité de transfert à Chandler, distante de 140 kilomètres de Maria, où 22 femmes sont en suivi de grossesse.

Sur les raisons profondes des problèmes d’obstétrique, Johanne Méthot ne fait pas de cachette.

«Il y a une pénurie de ressources humaines. Ce n’est pas la semaine passée qu’on a appris ça. On a essayé de combler l’écart. Force était de constater que c’était impossible. On a mis en place un plan de contingence », dit-elle, se référant notamment à l’examen des cas d’accouchement à l’urgence. 

«La pénurie d’infirmières vient des sorties massives de retraitées. De plus, chez les jeunes, nous avons beaucoup de congés de maternité et c’est très bien, mais ça rend précaires certaines situations», précise Mme Méthot.

Le remplacement d’infirmières dans des spécialités comme l’obstétrique, la chirurgie et l’urgence pose des problèmes particuliers parce que ce ne sont pas toutes les infirmières qui peuvent ou qui veulent agir en relève, dit-elle.

«Nos hôpitaux ont de petits volumes en obstétrique et l’expertise se développe après 15 ou 20 accouchements », ajoute Mme Méthot.

Environ 180 accouchements par an sont pratiqués à Maria, comparativement à près de 130 pour Gaspé, 130 à Chandler, et 40 à Sainte-Anne-des-Monts. Une entente lie Sainte-Anne-des-Monts au Centre hospitalier de l’Université de Montréal afin que des infirmières gaspésiennes assistent en vidéo à des accouchements dans la métropole pour gagner en expérience.

Pour venir en aide à Maria. le recours à l’hôpital de Campbellton, au Nouveau-Brunswick, a été envisagé « mais c’était en débordement », dit Johanne Méthot. Les deux hôpitaux sont distants de 75 kilomètres. Campbellton est l’hôpital de référence de l’ouest de la MRC d’Avignon.

La prochaine rupture en obstétrique à Maria pourrait survenir le 24 mai. Johanne Méthot assure qu’une démarche est entamée pour combler les découvertures, notamment avec le Syndicat des infirmières, des infirmières auxiliaires et des inhalothérapeutes de l’est du Québec (SIIIEQ).

Michel Bond, directeur des ressources humaines au CISSS de la Gaspésie, précise que 10 postes d’infirmières sont libres présentement dans la région, en plus de neuf postes de remplacement pour des infirmières en congé pour diverses raisons. Le nombre total de postes à combler, toutes professions confondues, s’établit à une centaine dans la région.

«Heureusement, nous avons recruté 200 étudiants pour l’été. Ça va nous aider beaucoup. Le problème est vécu dans tout le Québec », dit-il.

Les besoins en santé l’été en Gaspésie sont souvent multipliés en raison du nombre élevé de visiteurs fréquentant la région.

Santé

Le diabète de type 1 souvent diagnostiqué tardivement chez les enfants

Le diabète de type 1 est souvent diagnostiqué tardivement chez les enfants au Québec, alors qu’ils sont déjà aux prises avec une complication grave de cette maladie, constatent des chercheurs de Montréal.

Une nouvelle étude menée par une équipe de l’Institut de recherche du Centre universitaire de santé McGill révèle que les enfants sont de plus en plus nombreux à être déjà atteints d’acidocétose diabétique au moment où un médecin pose un diagnostic de diabète.

C’était le cas de plus de 25 % des jeunes de 1 à 17 ans en moyenne pour la période sous étude, soit de 2001 à 2014. Et cette proportion a augmenté de 2 % par année, ont constaté les chercheurs, pour atteindre 30 % en 2014.

Ce fut le cas de Sophie Roy, une adolescente active de 16 ans qui a abouti aux soins intensifs de l’hôpital. Sa mère, Josée Dufresne, croyait que sa fille souffrait des conséquences d’une malheureuse commotion cérébrale : maux de tête, nausées, perte d’appétit et une envie fréquente de boire de l’eau. Mais son état s’est détérioré à un point tel en 48 heures que l’hôpital n’était plus évitable. Résultat : acidocétose diabétique. La jeune fille était près du coma.

«On est arrivés tellement tard, déplore Mme Dufresne. Il y a eu beaucoup de signaux, mais nous, ne sachant pas que ça pouvait être associé à ça, on les associait à autre chose, à sa commotion.»

Ce problème existe bel et bien : les parents et le personnel médical ne reconnaissent pas suffisamment tôt les symptômes du diabète de type 1, a expliqué en entrevue la première auteure de l’étude, Dre Marie-Ève Robinson, une pédiatre endocrinologue ayant effectué sa formation à l’Hôpital de Montréal pour enfants au moment des travaux de recherche.

Et pourtant, il est possible de prévenir l’acidocétose diabétique, qui se développe lorsque le corps produit des niveaux élevés d’acide dans le sang, ce qui devient ensuite toxique pour le corps. Heureusement, «la plupart des enfants s’en remettent complètement», souligne Dre Robinson.

Un simple test sanguin permet pourtant de détecter le diabète. Il est alors possible d’injecter de l’insuline aux enfants et d’empêcher cette complication de se développer.

Dre Robinson voit la nécessité d’agir et de mener, au Québec, des campagnes de sensibilisation expliquant les symptômes du diabète de type 1 : une envie fréquente d’uriner, une grande soif, une perte de poids, le fait d’avoir toujours faim et une grande fatigue.

«J’aurais aimé ça le savoir, a laissé tomber en entrevue Mme Dufresne. Ça nous aurait peut-être fait allumer», a dit la femme qui a consulté pharmacien et médecin avant de se rendre d’urgence à l’hôpital. «On aurait évité la phase acidocétose qui est toxique et vraiment dangereuse.»

Sophie est depuis revenue à la normale, dit sa mère, soulagée.

Le diabète de type 1 est l’une des maladies chroniques les plus fréquentes chez l’enfant et elle touche environ 4000 jeunes au Québec.

En fait, la très grande majorité des enfants diabétiques souffrent du type 1, qui est une maladie auto-immune, partiellement d’origine génétique. Il est moins connu que le diabète de type 2, associé aux habitudes de vie comme une mauvaise alimentation et la sédentarité.

Pour en arriver à ces conclusions, les chercheurs ont analysé les données fournies par l’Institut national de santé publique du Québec (INSPQ), qui portaient essentiellement sur le diagnostic du diabète de type 1 au cours de la période comprise entre 2001 et 2014. Ils ont identifié un total de 5741 nouveaux cas de diabète chez des enfants et chez des adolescents. Dans l’ensemble, 1471 enfants étaient déjà atteints d’acidocétose diabétique au moment de leur diagnostic de diabète de type 1, avec une plus grande prévalence chez les 5 à 11 ans.

Cette étude a été publiée dans CMAJ Open.