Santé

Couper les soins palliatifs est hors-la-loi, critique Hivon

La députée Véronique Hivon somme la ministre de la Santé de secourir sans délai les patients orphelins depuis la fermeture des cliniques externes de soins palliatifs de l’Hôtel-Dieu de Québec et de l’Enfant-Jésus. Ce déni de services est hors-la-loi, charge la péquiste.

«Je trouve ça très choquant», lance, en entrevue téléphonique, l’élue qui a porté l’épineux dossier des soins de fin de vie jusqu’à l’adoption d’une législation par l’Assemblée nationale. «Je trouve ça complètement inacceptable que des gens qui sont dans des situations de très grande souffrance, de maladies très graves, […] que du jour au lendemain ces personnes soient carrément laissées à elles-mêmes sans préavis en se faisait dire que les soins qu’ils recevaient, que le suivi qu’ils recevaient, sont arrêtés.»

Mme Hivon réagissait à des articles publiés cette semaine dans Le Soleil. Notamment le témoignage d’un homme, atteint d’un cancer invasif, qui a appris à la dernière minute que son rendez-vous en soins palliatifs était annulé. Et qu’il devait aller voir son médecin de famille pour avoir ses nombreux médicaments… alors qu’il n’a pas de médecin de famille.

«C’est totalement choquant d’un point de vue humain, c’est totalement choquant d’un point de vue médical», déplore Véronique Hivon.

«Ce n’est pas du tout, du tout, respectueux de ce qui est prévu à la Loi sur les soins de fin de vie. La loi […] a vraiment consacré un droit, écrit noir sur blanc, à obtenir des soins palliatifs pour une personne dont l’état de santé le requiert.»

Les patients de Québec sont victimes d’un «abandon de services», déplore-t-elle.

«On voit à quel point ça a un impact direct et dramatique. Quand vous êtes en souffrance, quand vous êtes à un stade très avancé d’une maladie grave comme un cancer stade 4 métastatique, l’impact que ça peut avoir physique, évidemment, sur le contrôle de votre douleur, mais aussi psychologique sur le sentiment de ne plus être accompagné, c’est énorme», observe-t-elle. «Alors je ne comprends pas comment ça a pu se produire sans avertissement, sans plan de transition.»

La députée de l’opposition exige «tout de suite» une intervention de la ministre de la Santé Danielle McCann pour que les patients soient pris en charge. Ensuite pour corriger les maux qu’aurait causés la réforme du réseau de l’ex-ministre Gaétan Barrette afin que les médecins retournent dans les cliniques de soins palliatifs.

«L’inverse des bonnes pratiques»

«Ce qui est très choquant, c’est que ce qu’il se passe en ce moment, c’est l’inverse des bonnes pratiques.» Ces «bonnes pratiques» veulent que les patients dont une maladie souffrante réduit l’espérance de vie obtiennent «le plus tôt possible», avant d’être alités à l’hôpital, les soins médicaux leur permettant de regarder le sablier s’écouler à la maison.

Elle juge la situation actuelle d’autant plus «illogique» qu’elle pourrait engendrer des effets secondaires : «Cette décision-là risque […] de mener à plus d’hospitalisation. Alors que toute la philosophie pour laquelle on se bat pour les soins palliatifs c’est, si possible, d’en donner plus à domicile, d’en donner en clinique externe. Et l’hospitalisation est l’ultime recours.»

«Je m’explique mal comment se fait-il qu’on n’ait pas pu prévenir d’avance les gens.» Il aurait fallu trouver des ressources pour les patients avant de leur annoncer abruptement que les bureaux seraient fermés. «Ça m’apparaît complètement inacceptable et incompréhensible qu’il n’y ait pas eu d’organisation pour une période transitoire tant que la clinique ne pourra pas ouvrir ses portes.»

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Santé

Un cancéreux en soins palliatifs «abandonné» par le système

Danny Tucci est atteint d’un cancer de la prostate de grade 4, avec métastases osseuses. Juste avant son rendez-vous du 6 novembre à la clinique externe de soins palliatifs de l’Hôtel-Dieu de Québec, on l’a appelé pour lui dire de ne pas se présenter, que la clinique était fermée. On l’a référé à son médecin de famille… qu’il n’a pas.

Le cancer ronge le corps de M. Tucci depuis huit ans. Les métastases qui ont atteint ses os le font souffrir, et les soins palliatifs sont indispensables pour contrôler ses douleurs. «J’ai mal partout, je suis toujours sur la morphine», dit celui qui prend «environ 600 médicaments par mois, en plus des injections». Car en plus du cancer, Danny Tucci souffre de diabète, d’hypertension et d’hypercholestérolémie.

Santé

Psychiatrie à Saint-Sacrement: les services en santé mentale bonifiés, assure le CIUSSS

À quelques heures de la fermeture des huit lits de l’urgence psychiatrique de l’Hôpital du Saint-Sacrement, le Centre intégré universitaire de santé et de services sociaux (CIUSSS) de la Capitale-Nationale a tenu à rassurer la population : l’offre de services en santé mentale ne diminuera pas. Au contraire, elle sera bonifiée, mais déployée différemment, davantage dans la communauté, a-t-on réitéré en conférence de presse.

«Tout est mis en œuvre pour s’assurer que la qualité des services offerts et la transition pour les personnes qui utilisent ces services-là se fasse de façon sécuritaire», a assuré le président-directeur adjoint du CIUSSS, Guy Thibodeau.

Santé

Une usine pour desservir tous les hôpitaux de Québec

Tous les repas et les médicaments consommés par les patients des hôpitaux de Québec seront dorénavant préparés dans une seule et même usine, à Beauport.

La ministre de la Santé Danielle McCann a donné le coup d’envoi jeudi aux travaux de construction de la plate-forme clinicologistique du CHU de Québec, qui sera située sur le boulevard Armand-Paris.

Actualités

Négos du secteur public: le front commun amputé de 130 000 syndiqués

MONTRÉAL — Les prochaines négociations du secteur public se dérouleront au moins en partie avec un nouveau front commun santé-services sociaux, puisqu’une alliance historique vient d’être formée entre la FIQ et l’APTS pour représenter 130 000 membres.

Des «discussions» pourraient tout de même avoir lieu avec un éventuel front commun intersyndical, mais, pour le moment, l’alliance se limite à la FIQ et à l’APTS.

La FIQ, ou Fédération interprofessionnelle de la santé, représente la grande majorité des infirmières et infirmières auxiliaires du Québec, avec 76 000 membres. Depuis plusieurs années, elle fait cavalier seul, ne négociant pas avec le front commun intersyndical.

La nouveauté réside dans le fait que l’Alliance du personnel professionnel et technique de la santé et des services sociaux (APTS) a décidé de s’allier avec la FIQ cette fois-ci. Lors des dernières négociations du secteur public, l’APTS faisait partie du front commun intersyndical, avec les grandes organisations syndicales: la FTQ, la CSN, la CSQ et le SFPQ.

L’APTS représente des techniciennes en laboratoire, des physiothérapeutes, des nutritionnistes et autres professionnelles et techniciennes dans la santé et les services sociaux. Elle compte 55 000 membres.

Au cours d’une entrevue avec La Presse canadienne, jeudi, la présidente de l’APTS, Carolle Dubé, a expliqué que ce sont ses membres qui ont fait ce choix de s’allier avec la FIQ, parce que les membres des deux organisations vivent des problèmes qui leur sont propres dans le secteur de la santé et des services sociaux.

«On n’est pas fermé à avoir des contacts» avec le front commun intersyndical, «ça ne veut pas dire qu’on n’aura pas d’alliance» avec d’autres, mais les membres estiment vivre des problèmes «spécifiques» auxquels ils veulent absolument s’attaquer et à fond.

«Ça a été dur dans notre secteur» de la santé et des services sociaux, a insisté Mme Dubé.

Si jamais l’alliance FIQ-APTS décidait de se rapprocher d’un éventuel front commun, «on va le décider ensemble», a précisé Mme Dubé. Mais la FIQ fait bande à part depuis des années et mène ses propres négociations. La FIQ jouit en effet d’un capital de sympathie exceptionnel de la part du public, ce qui l’a bien servie lors de ses négociations avec Québec. C’est ainsi qu’elle a pu négocier des projets pilotes de ratios professionnels en soins-patients.

Santé

Suspension des services externes en soins palliatifs de l’Hôtel-Dieu

Le manque d’effectifs médicaux a entraîné la suspension des services externes en soins palliatifs de l’Hôtel-Dieu de Québec, a appris Le Soleil. Cette fermeture temporaire touche une centaine de patients non hospitalisés qui nécessitent un suivi en soins palliatifs pour contrôler leurs douleurs, souvent complexes.

«Je tiens à vous informer de la mise en place d’un plan de contingence en clinique ambulatoire de soins palliatifs à l’HDQ [Hôtel-Dieu de Québec] et à l’HEJ [Hôpital de l’Enfant-Jésus], dû à un manque de médecin», annonce la directrice des services professionnels du CHU de Québec, la Dre Maryse Turcotte, dans un communiqué interne destiné aux médecins et aux cadres des deux hôpitaux et dont Le Soleil a obtenu copie.

La Dre Turcotte explique qu’une réduction progressive des effectifs médicaux est observée en soins palliatifs au CHU de Québec depuis un peu plus d’un an. «Plusieurs mesures de compensation et de réorganisation des tâches ont été mises en place depuis pour maintenir les services offerts. Malgré cela, l’équipe médicale n’est malheureusement plus en mesure de maintenir le rythme», écrit-elle.

La décision de mettre temporairement la clé sous la porte de la clinique externe de soins palliatifs de l’Hôtel-Dieu de Québec, fermée depuis le 4 novembre, a été prise «pour se concentrer sur les soins aux patients hospitalisés». «Ainsi, malheureusement, aucune nouvelle référence ne pourra être prise en charge», précise la Dre Maryse Turcotte, ajoutant que «des mesures temporaires de soutien sont offertes aux patients touchés, dont la grande majorité sont déjà suivis par d’autres médecins et/ou [sic] infirmières pivot en oncologie». 

Vérification faite auprès du service des communications du CHU de Québec, sur les 97 patients suivis à la clinique externe de soins palliatifs de l’Hôtel-Dieu, 15 n’ont pas de médecin. «Ceux-là doivent être référés à l’infirmière [pivot ou spécialisée en soins palliatifs], au pharmacien en soins palliatifs ou encore au Centre intégré universitaire de santé et de services sociaux [CIUSSS] de la Capitale-Nationale», précise la porte-parole Lindsay Jacques. 

Selon Mme Jacques, le CHU de Québec est «actuellement en discussion» avec le CIUSSS de la Capitale-Nationale pour réorienter les nouvelles consultations et la clientèle en soins palliatifs. Depuis la fermeture de la clinique externe, une personne a dû être hospitalisée pour obtenir un suivi en soins palliatifs, précise la porte-parole du CHU de Québec. 

À l’Enfant-Jésus aussi

Le document interne obtenu par Le Soleil nous apprend par ailleurs que les services externes de consultation en soins palliatifs de l’Hôpital de l’Enfant-Jésus sont aussi suspendus depuis le mois d’août. «Quelques suivis sont possibles à la pièce pour les cas les plus complexes. Les autres patients doivent se référer à leur médecin spécialiste ou à leur médecin de famille pour assurer leur suivi», précise la directrice des services professionnels du CHU de Québec. 

Ce n’est pas la première fois que le manque d’effectifs en soins palliatifs fait la manchette. Selon plusieurs médecins, le problème n’est pas étranger à la loi 20 et aux règles de prise en charge en cabinet, qui compliqueraient le recrutement.

Santé

Les Québécois de plus en plus obèses; une facture de plus en plus salée

La popularité de la restauration rapide, le choix plus considérable de loisirs bien assis dans son divan, et l’utilisation accrue de l’automobile ont ces conséquences : l’obésité gagne du terrain au Québec depuis 40 ans et la facture annuelle des soins de santé liés à l’excès de poids a été estimée à près de 3 milliards $, indique l’Institut national de la santé publique du Québec (INSPQ).

Le Comité scientifique sur la prévention de l’obésité de l’INSPQ vient de créer une ligne du temps pour analyser cette situation et comprendre sa progression au fil des années. L’obésité équivaut à un indice de masse corporelle (IMC) de 30 ou plus, est-il utilisé comme définition dans cette étude.

La progression a été constante, mais s’est accélérée dans les années 80 et 90, a fait remarquer en entrevue la chercheuse Chantal Blouin de l’INSPQ. «Il n’y a encore aucun pays dans le monde qui a réussi à cesser la croissance de l’obésité.»

Les pourcentages dévoilés sont marquants : en 1981, 2 % des enfants et des jeunes de 6 à 17 ans étaient obèses. Plus de 30 ans plus tard, cette proportion était de 10 %.

Chez les adultes, l’INSPQ a constaté qu’en 2015, un Québécois sur 4 est obèse alors qu’en 1978, on l’évaluait à 14 %.

Parmi les constats de l’organisme, l’on retrouve les suivants:

- Entre 1978 et 2013, la proportion des ménages québécois qui ont deux voitures est passée de 16 à 36 %.

- Aujourd’hui, 20 % des emplois demandent un niveau d’activité physique modéré, alors qu’en 1961 c’était presque la moitié des emplois.

- On retrouve des portions de plus en plus grandes dans les restaurants.

- L’avènement d’internet et des réseaux sociaux et leur croissante popularité incitent les gens à des loisirs sédentaires. Sans oublier la télévision.

Entre autres problèmes de santé reliés à l’obésité, l’on retrouve l’hypertension et le diabète : plus de 600 000 Québécois vivent actuellement avec cette maladie chronique, indique l’INSPQ.

D’ailleurs, ce qui a le plus marqué la chercheuse en réalisant tout ce travail, c’est qu’il n’y avait pas de cas de diabète de type 2 chez les enfants avant les années 80. «Maintenant, il y en a, et pour moi, ça, c’est comme un signal fort que quelque chose a changé».

C’est l’émergence d’une nouvelle maladie de société, s’est-elle exclamée.

Coûts

Les coûts associés à l’obésité au Québec ont été estimés en 2011 à près de 3 milliards $ par année par l’organisme. Ces coûts sont engendrés par l’hospitalisation (1,3 milliard $), les consultations médicales (110 millions $), les médicaments (860 millions $) et l’invalidité (630 millions $). Ces chiffres n’incluent pas tous les coûts associés à l’embonpoint et à l’obésité. Par exemple, les pertes de productivité liées à l’absentéisme et à la mortalité prématurée sont exclues du calcul.

L’on peut s’attendre à ce que la facture augmente alors que la prévalence de l’obésité est en progression, note Mme Blouin.

Mais il y a de l’espoir, dit-elle du même souffle. «On ne part pas à zéro.» Elle note de nombreuses initiatives mises en place comme le projet «dépanneur fraîcheur», qui vise à accroître l’offre de fruits et de légumes frais dans les dépanneurs, les municipalités qui investissent dans des pistes cyclables et d’autres aires sportives et les banques alimentaires qui ont conclu des ententes avec des producteurs maraîchers.

«Mais il va falloir en faire beaucoup plus pour renverser la tendance», juge-t-elle.

Santé

Pas de soucis si bébé ne fait pas ses nuits à un an, selon une nouvelle étude

MONTRÉAL - Les parents ne devraient pas trop s’inquiéter si leur bébé ne fait pas encore ses nuits à six mois, ni même à un an: une nouvelle étude n’a montré aucun lien entre cette situation et l’apparition de troubles du développement mental et psychomoteur.

Même si les attentes des parents sont grandes - tout comme leur propre désir de dormir - les auteurs de l’étude ont constaté qu’une grande proportion des nourrissons en bonne santé n’avaient pas atteint ce jalon tant recherché de «faire ses nuits» avant l’âge de six mois, voire de douze.

La recherche, à laquelle ont participé près de 400 nourrissons, a été réalisée par une équipe de recherche dirigée par l’Université McGill. Elle vient d’être publiée dans la revue «Pediatrics». Les participants provenaient de cliniques d’obstétrique de Montréal et de Hamilton, en Ontario.

Parmi d’autres constats, les chercheurs n’ont trouvé aucune corrélation entre le fait de «faire ses nuits» (c’est-à-dire une période de sommeil consécutif) chez les nourrissons et l’humeur postnatale des mères.

Par contre, ils ont aussi découvert que les nourrissons qui ne faisaient pas leurs nuits affichaient un taux d’allaitement considérablement plus élevé, ce qui procure de nombreux bienfaits à la mère et l’enfant, expliquent-ils.

La chercheuse principale de l’étude, Dre Marie-Hélène Pennestri, du Département de psychopédagogie et de psychologie du counseling de l’Université McGill et de la Clinique du sommeil à l’Hôpital en santé mentale Rivière-des-Prairies, espère que ces résultats viendront apaiser certaines craintes chez les parents.

Les observations faites lors de l’étude indiquent qu’il pourrait être bénéfique de mieux informer les parents au sujet du développement normal ? et de la grande variabilité ? du cycle veille-sommeil du nourrisson, plutôt que de se concentrer uniquement sur les méthodes et les interventions, telles les méthodes comportementales de type «5-10-15», affirme-t-elle.

Santé

QS réclame une loi contre les surcharges de travail dans le réseau de la santé

Québec solidaire réclame une loi «mur à mur» sur les ratios pour limiter la charge de travail de l’ensemble des travailleurs et des travailleuses du réseau de la santé, syndiqué(e)s ou non, et ainsi en finir avec le temps supplémentaire obligatoire.

En entrevue au Soleil, mardi, le député de Jean-Lesage et porte-parole de Québec solidaire en matière de santé, Sol Zanetti, a d’abord salué la volonté de la ministre de la Santé, Danielle McCann, d’abolir le temps supplémentaire obligatoire (TSO) des infirmières. Sauf que, selon lui, il ne suffit pas de régler cette question «à la pièce, une convention collective à la fois». 

«On ne règle rien si on n’a pas une loi nationale sur les ratios qui chapeaute l’ensemble des conventions collectives qui s’appliquent non seulement aux infirmières, mais à tous les professionnels de la santé, qu’ils soient syndiqués ou pas. Il faut baliser les conditions de travail de tout le monde», croit M. Zanetti, rappelant que «ce sont les patients qui souffrent lorsque le personnel soignant souffre».

«Et les employés qui souffrent le plus, ce sont ceux qui sont le plus près des patients comme les infirmières, les infirmières auxiliaires, les préposés aux bénéficiaires, les ergothérapeutes, qui voient leur cahier de charges augmenter» souligne le député solidaire.

Cercle vicieux

Selon lui, une loi sur les ratios «adaptée aux différentes professions, aux contextes régionaux et aux différentes charges de travail» est indispensable si on veut s’attaquer à la pénurie de personnel dans le réseau de la santé et abolir le TSO. «On est dans une spirale négative. Le travail dans le réseau est moins attractif parce qu’il y a des surcharges, et il y a des surcharges parce que le travail est moins attractif. Ce qui permet de sortir de ce cercle vicieux, c’est d’instaurer des ratios» pour attirer et retenir la main-d’œuvre, analyse Sol Zanetti.

Le député de Jean-Lesage demande au gouvernement caquiste et à sa ministre de la Santé d’envoyer «un message clair, très médiatisé, disant que le travail dans le réseau de la santé, ce ne sera plus un travail où les gens tombent en burn-out, mais un travail où les gens peuvent avoir une qualité de vie». 

Évidemment, il faut mettre «les grands moyens» et ne pas avoir peur d’injecter de l’argent neuf pour améliorer les conditions de travail des employés du réseau, ajoute M. Zanetti, pour qui «il n’y a pas de raccourci pour soulager les gens qui portent le réseau à bout de bras». 

Santé

Fronde contre le Collège des médecins

Albert Benhaim est «inondé» d’appels et de messages depuis la sortie de son livre, «L’exécution», dans lequel il dénonce l’«abus de pouvoir» du Collège des médecins du Québec, qui l’a radié à vie de ses rangs en 2017, et réclame un véritable mécanisme de surveillance des ordres professionnels. Sur sa page Facebook, il a diffusé un premier témoignage, celui du gynécologue-­obstétricien Gilles Mercier, qui a lui aussi eu plusieurs démêlés avec son ordre professionnel. Et il y en aura d’autres, promet-il.

Paru en octobre, le livre d’Albert Benhaim raconte la «longue descente aux enfers» de son auteur, qui a été radié à vie après qu’il eut refusé de remettre à la Régie de l’assurance maladie du Québec et à son ordre professionnel un document de nature «strictement commerciale» ne concernant ni les services assurés par le régime public ni sa pratique de la médecine, a-t-il toujours plaidé. 

Selon Albert Benhaim, le Collège des médecins n’a reculé devant «aucune manœuvre déloyale» ou «aucun abus de pouvoir» pour l’«exécuter professionnellement et moralement», et le «briser financièrement».

En entrevue au Soleil, lundi, M. Benhaim, qui a cofondé en 1988 la clinique médicale Physimed dont il assume à ce jour la présidence, a indiqué avoir reçu depuis la sortie de son livre «plusieurs dizaines» d’appels, de courriels et de messages sur les réseaux sociaux de la part de médecins désirant partager leur mauvaise expérience avec le Collège des médecins. 

«Certains d’entre eux veulent venir parler de leur histoire à visage découvert, devant la caméra [sur le Facebook de «Doc Albert»]. D’autres veulent le faire anonymement parce qu’ils craignent les représailles», a confié M. Benhaim, qui a publié dimanche soir la première de sept capsules vidéo mettant en vedette le Dr Gilles Mercier, qui y raconte ses démêlés avec le Collège des médecins pendant 23 ans. 

Le DMercier est ce gynécologue-obstétricien de l’Hôpital du Lakeshore qui a notamment été radié à deux reprises en 2012 pour avoir omis de rédiger ou de discuter ses protocoles d’intervention dans un délai raisonnable. Le Collège avait alors expliqué avoir servi des avertissements pendant plus de 10 ans au DMercier sans que la situation s’améliore. 

Âgé à l’époque de 71 ans, le Dr Mercier travaillait 90 heures par semaine et pratiquait 440 accouchements par année. Ce surplus de travail, qui s’était aggravé en 2006 après le départ de nombreux collègues, aurait expliqué en partie les faits reprochés, s’était défendu le gynécologue lors de sa comparution. La radiation du Dr Mercier avait soulevé l’indignation de nombreuses patientes enceintes, qui avaient pris la rue pour protester contre le sort réservé à leur médecin.

«La fin du silence»

Dans sa première capsule vidéo intitulée La fin du silence, le Dr Mercier souligne que ses nombreux démêlés avec le Collège ont toujours été «pour des choses administratives, jamais à propos d’une patiente», et que «c’était toujours le même personnage» qui le poursuivait. «J’ai été amené à devoir répondre à toutes sortes de choses concernant des dossiers, mon travail de chef de département […]. On m’a souvent dit que c’était une vendetta personnelle [de la part du chef du syndic], mais je n’ai jamais compris pourquoi», dit-il. 

«On devrait normalement être innocent jusqu’à preuve du contraire, mais avec eux [au Collège], on est coupable en partant», témoigne le médecin, qui a fait appel devant le Tribunal des professions à deux reprises. «Chaque fois, j’ai eu l’impression que les dés étaient pipés», confie le DMercier, selon qui le Collège a «gâché» sa vie pendant 23 ans. 

Le médecin souhaite qu’un contrôle s’exerce sur les syndics des ordres professionnels, que soit créé un genre de «syndic des syndics». «Il serait temps que le gouvernement ait l’audace de dire : c’est assez», et de mettre fin à l’immunité des syndics. Selon lui, ce qui arrive à «beaucoup de médecins» est «impensable». 

«Je pourrais citer un tas d’exemples de gens injustement punis dans mon milieu», affirme le Dr Mercier, dont le témoignage sur Facebook a récolté plusieurs messages d’appui.

Un effet «boule de neige»

Albert Benhaim croit que son livre a un effet «boule de neige». «Je l’ai écrit pour des raisons personnelles, parce qu’il y a eu atteinte à mon intégrité, d’une part, mais aussi et surtout parce que je percevais que les médecins étaient démunis, qu’ils n’avaient pas les moyens ou le courage de se dresser devant le syndic, qu’ils souffraient en silence, marqués au fer rouge», dit-il. 

«La problématique n’est pas seulement quand il y a une plainte portée au conseil de discipline, elle se situe aussi au niveau des enquêtes [il y en aurait environ 350 par année, dont 30 ou 35 déboucheraient devant devant le conseil de discipline]. Dans ces enquêtes, il y a beaucoup d’abus, de harcèlement, d’intimidation», affirme M. Benhaim. Selon lui, même si la personne est innocente, elle n’a souvent d’autre choix que de plaider coupable et d’accepter l’offre de sanction du syndic. Si elle se lève devant le Collège, sa sanction sera plus sévère, dit-il. «Quand une plainte arrive en discipline, le médecin est presque systématiquement reconnu coupable», selon lui. Et si le médecin fait appel, «ça va prendre facilement deux ans avant d’être entendu, et ça va lui coûter entre 100 000 $ et 125 000 $».

D’autres professionnels comme des notaires, des psychologues, des avocats, des vétérinaires et des optométristes auraient contacté Albert Benhaim pour lui confier avoir eux aussi vécu du harcèlement de la part du syndic de leur ordre professionnel. 

M. Benhaim réclame que les lois disciplinaires soient modifiées «de façon à ce que les syndics aient quelqu’un à qui se rapporter» et qu’ils aient eux aussi un code de déontologie «sur lequel on pourrait les juger». Il souhaite également qu’il y ait dans tous les ordres professionnels un ombudsman dédié à leurs membres.

Le Collège des médecins n’a pas souhaité commenter le sujet de ce reportage.