Santé

L'influenza, un virus «sournois et imprévisible»

Le décès de la petite Charlotte, trois ans, lève le voile sur le caractère «sournois et imprévisible» de l’influenza.

Médecin-conseil en maladies infectieuses à la Direction de santé publique de l’Outaouais, la Dre Carol McConnery ne peut se prononcer sur le cas particulier de la petite Charlotte, cette fillette de Lochaber décédée la semaine dernière après avoir contracté l’influenza.

Santé

De l'aspirine tous les jours en prévention? Ce n'est pas sans risque

WASHINGTON — Aux États-Unis, des millions de gens en bonne santé prennent une faible dose d'aspirine tous les jours, dans le but de réduire le risque de crise cardiaque ou d'accident vasculaire cérébral (AVC).

Mais de plus en plus d'études remettent en cause cette stratégie, en particulier depuis l'an dernier, en mettant à jour les risques sous-estimés de l'aspirine, un médicament qu'on trouve dans de nombreuses salles de bains, mais qui peut provoquer des hémorragies.

Santé

Manque d'ambulances à Québec: un second décès dénoncé par les ambulanciers

Les ambulanciers de Québec dénoncent un second décès en quelques semaines, faute d’un manque d’ambulances pour répondre à l’appel. Les paramédics et les autorités de santé se renvoient la responsabilité. La ministre de la Santé, Danielle McCann, promet pour sa part de rencontrer bientôt les ambulanciers.

Mardi, vers 8h25, les ambulanciers ont reçu un appel de priorité 1 pour un octogénaire inconscient, diabétique, et en état d’hypoglycémie. 

Lire aussi : Un décès soulève des questions sur le service ambulancier

Selon le président de l’Association des travailleurs du préhospitalier (ATPH), Frédéric Maheux, les ambulanciers auraient dû mettre une dizaine de minutes pour se rendre sur les lieux. Mais il a fallu 16 minutes pour trouver une ambulance. Les ambulanciers ont par la suite mis 13 minutes pour se rendre chez le patient.

«Ils ont trouvé la victime inconsciente et pendant la prise en charge, le patient a fait un arrêt cardiaque. La manœuvre de réanimation n’a pas marché et la victime est décédée», a pesté M. Maheux. 

Le président de l’ATPH ne sait pas si le patient serait encore en vie si l’ambulance était arrivée plus tôt sur les lieux. «Une chose est sûre, on n’a pas assez d’ambulances et le CIUSSS pourrait mettre en place des solutions à court terme, mais ils attendent des nouvelles du ministère de la Santé et le ministère attend les statistiques», a-t-il dénoncé.

Qui est responsable?

Mise au courant de la situation, la ministre de la Santé, Danielle McCann rencontrera les ambulanciers prochainement. «Une rencontre est prévue et nous sommes ouverts à ajouter des ambulances, mais on attend les résultats de l’étude des besoins», a mentionné Monique Guay, directrice des communications du cabinet de la ministre McCann. En attendant, tout le monde se renvoie la responsabilité des évènements.

Du côté du CIUSSS, on renvoie la balle vers le Centre de communication santé des Capitales. «Une analyse a été demandée par le CIUSSS au Centre de communication santé des Capitales. Elle est en cours. Il est prématuré à l’heure actuelle de tirer des conclusions hâtives. Les ajouts de véhicules ambulanciers au quotidien sont sous la responsabilité du Centre de communication santé des Capitales», a dit par courriel, la porte-parole du CIUSSS, Annie Ouellet.  

Selon la directrice générale du Centre de communication santé des Capitales, Joanne King, son organisme n’a rien à se reprocher et la situation était exceptionnelle. «On a dû faire face à un fort achalandage et on s’est retrouvé dans un goulot d’étranglement sans pouvoir voir venir la situation. On a travaillé fort pour trouver un véhicule», a-t-elle expliqué. Mais Mme King assure qu’une évaluation a été faite et que le décès n’est pas relié à l’arrivée tardive de l’ambulance. 

La directrice générale affirme également que son organisme met sur la route de manière ponctuelle les ambulances nécessaires, mais qu’il n’y aura «jamais 100 % entre l’offre et la demande» et que parfois, il peut avoir des situations exceptionnelles.

Si Mme King reconnaît sa responsabilité dans l’ajout d’ambulance quand c’est nécessaire, elle renvoie la responsabilité de la flotte régulière dans la cour du CIUSSS. «On a toute la latitude pour ajouter de manière ponctuelle des ambulances, mais on n’a pas le pouvoir de rehausser la flotte régulière. Nous, on fait avec les ressources qu’on peut mettre sur la route.»

En effet, le CIUSSS de la Capitale-Nationale s’est vu octroyer un ajout de 23 000 heures par le ministère de la Santé en 2018, mais ces heures supplémentaires ne suffisent plus pour répondre aux appels, selon M. Maheux. «Ça a légèrement allégé la charge de travail, mais c’est mettre un plasteur. C’est pire maintenant. Il y a de plus en plus d’appels avec la population qui vieillit et les urgences qui débordent. C’est rendu qu’on fait appel aux ambulances de Portneuf et Beaupré et là encore on fait de l’overtime», s’est-t-il offusqué.

«Les ambulances, on les a, le personnel aussi avec la liste de rappel. Nous, ce qu’on demande, c’est une planification d’avance du nombre d’ambulances et non de décider à la dernière minute si on ajoute des ambulances», a-t-il plaidé. «Lundi, avec le carambolage dans la Réserve faunique des Laurentides, le CIUSSS a mis trois heures avant d’autoriser une nouvelle ambulance», a-t-il poursuivi. 

Labeaume veut des réponses

Lundi, lors du conseil municipal, le maire de Québec a été interpellé par Annie Gignac, la fille d’une dame décédée avant les Fêtes dans le stationnement de l’Hôpital Chauveau, faute d’avoir pu obtenir un transport ambulancier dans un temps jugé raisonnable.

Le maire Labeaume a promis de questionner le CIUSSS. «Si on peut faire quelque chose, vous pouvez compter complètement sur nous. Comptez, madame, sur notre appui», a-t-il répondu alors qu’il doit rencontrer prochainement la direction du CIUSSS.

Santé

Les services de santé mentale au cœur d'un remue-ménage au ministère de la Santé

Le gouvernement Legault a procédé au regroupement de certaines directions générales du ministère de la Santé. Celle des services de santé mentale et de psychiatrie légale a été «descendue» dans l’organigramme et relèvera désormais de la sous-ministre adjointe aux services sociaux, a appris Le Soleil. Une décision qui rend «perplexe» la libérale Hélène David, pour qui ce changement de statut envoie un «drôle de message».

En entrevue au Soleil, la députée de Marguerite-Bourgeois a rappelé que la direction des services de santé mentale et de psychiatrie légale avait été «remontée» dans l’organigramme du ministère sous le règne de Gaétan Barrette «afin de donner à la santé mentale toute son importance». 

«C’était extrêmement important comme message. En remontant cette direction au niveau des sous-ministres adjoints, la personne [le directeur des services de santé mentale] parle directement au sous-ministre, a accès à la priorisation de ses dossiers par le ministre. En la mettant en dessous d’un sous-ministre adjoint, la personne n’a pas accès directement au cabinet, elle doit passer par le sous-ministre adjoint», explique celle qui a déjà été sous-ministre adjointe à l’enseignement supérieur avant d’être ministre et qui «connaît bien» les rouages de ces relations hiérarchiques.

«C’est décevant. Je pense que tout le monde est d’accord pour donner un rôle important à la santé mentale. Je ne comprends pas qu’on remette cette direction en dessous d’un sous-ministre adjoint. […] C’est un message qui m‘inquiète, surtout avec la demande qu’on a fait de tenir une sorte de commission ou d’états généraux sur la santé mentale. D’un côté, la ministre [de la Santé, Danielle McCann] dit qu’elle est très préoccupée, très ouverte à discuter de tout ça et, de l’autre, elle aura moins accès à la personne qui s’occupe de santé mentale», souligne Hélène David, pour qui il est clair que cette décision «diminue la visibilité» de la direction des services de santé mentale. 

«Complémentarité accrue» visée

Au ministère de la Santé, on assure que «le fait qu’une direction générale soit regroupée avec une autre ne signifie en rien qu’elle perd de son importance». Selon la porte-parole Noémie Vanheuverzwijn, «l’objectif poursuivi est que ces dossiers névralgiques soient dirigés avec une complémentarité accrue». 

Ces changements sont apportés «afin d’être en phase avec l’évolution du réseau au cours des dernières années ainsi qu’avec les nouvelles orientations gouvernementales et ministérielles», mentionne encore la porte-parole, ajoutant que «les différentes responsabilités sont conservées, mais seront regroupées sous une structure de gouvernance différente qui favorisera une meilleure agilité au sein des directions générales».

Mme Vanheuverzwijn souligne du reste que «des changements organisationnels ne sont pas exceptionnels dans un ministère de l’ampleur de celui de la Santé et des Services sociaux». 

Outre la direction des services de santé mentale, celle de cancérologie est aussi descendue dans l’organigramme. Elle relèvera désormais de la sous-ministre adjointe aux services hospitaliers, de la médecine spécialisée et universitaire.

Santé

Manque d’ambulances à Québec: Labeaume questionnera le CIUSSS

Régis Labeaume questionnera le CIUSSS de la Capitale-Nationale sur le manque allégué d’ambulances sur le territoire. Il a fait cette promesse à la demande de la fille d’une dame décédée avant les Fêtes dans le stationnement de l’Hôpital Chauveau, faute d’avoir pu obtenir un transport ambulancier dans un temps jugé raisonnable.

Annie Gignac s’est présentée lundi au conseil municipal de la ville de Québec. Pendant la période de questions des citoyens, elle a demandé au maire d’utiliser son poids politique afin d’obtenir une meilleure couverture ambulancière à Québec.

«Si on peut faire quelque chose, vous pouvez compter complètement sur nous. Comptez, madame, sur notre appui», a répondu M. Labeaume, qui doit rencontrer prochainement la direction du CIUSSS.

Avant Noël, Le Soleil révélait la fin tragique de Lisette Deslauriers, 70 ans, décédée le 20 décembre dans le stationnement de l’Hôpital Chauveau, possiblement des suites d’une crise cardiaque. Elle a été forcée de se rendre à l’hôpital par ses propres moyens à cause d’un manque allégué d’ambulances.

Plusieurs soutiennent qu’un transport ambulancier aurait multiplié ses chances de survie.

«Citoyens en danger»

Choquée par le fil des événements, sa fille livre bataille pour éviter qu’une telle situation ne se reproduise. «Quand il y a un problème, il est là [le maire] pour se lever. Lui a une grande voix et il peut se faire entendre. C’est quand même ses citoyens qui sont en danger. Je pense qu’il peut faire un gros pas pour nous aider à avancer», se réjouit celle qui a aussi reçu l’assurance de la ministre de la Santé d’un suivi auprès du CIUSSS.

Elle compte prochainement rencontrer le député caquiste de Chauveau, Sylvain Lévesque, pour lui exposer la situation.

Santé

Première Maison des aînés : un vieux couvent menacé de démolition

Après les CHSLD, voici les MSLD, pour «milieux de soins de longue durée». Le premier projet de maison des aînés du gouvernement caquiste devrait voir le jour au printemps 2021 à Sainte-Élisabeth, dans la région de Lanaudière, pour un montant de près de 15 millions $, a appris Le Soleil. L’ancien couvent construit en 1877 et servant actuellement de centre hospitalier de soins de longue durée (CHSLD) sera détruit dans le cadre du projet.

La Société québécoise des infrastructures (SQI) vient de publier trois appels d’offres pour la construction de ce premier type d’établissement à l’ambiance «chaleureuse».

Le projet est «l’occasion unique de pouvoir tracer les lignes et de participer à la définition d’un nouveau concept de milieu de soins de longue durée», peut-on lire dans l’appel d’offres pour des services professionnels en architecture.

Plus particulièrement, le nouveau MSLD aspire à fournir «un environnement au caractère plus humain» aux bénéficiaires de services. «Cela implique donc de repenser le modèle actuel de CHSLD, plus institutionnel, afin de le transformer en un environnement plus chaleureux et accueillant qui s’apparente à un milieu plus résidentiel», résume la SQI.

À titre d’exemple de type de transformation recherché, la Société cite «une utilisation judicieuse et harmonieuse de différents matériaux» comme le bois. «L’atteinte de la certification LEED argent est également poursuivie afin de bénéficier des nombreux avantages d’un bâtiment construit de façon durable», mentionne-t-on encore.

Santé

La maladie pulmonaire obstructive chronique a des conséquences meurtrières

La maladie pulmonaire obstructive chronique (MPOC), dont la cause numéro un est le tabagisme, est deux fois plus meurtrière que le cancer du poumon, révèle le Conseil québécois sur le tabac et la santé (CQTS).

À l’occasion du début de la 42e Semaine pour un Québec sans tabac, dimanche, l’organisme veut mettre l’accent sur la MPOC, qui est la troisième cause de mortalité au Québec.

«C’est une maladie qui est méconnue», a constaté en entrevue le Dr Jean Bourbeau, directeur de la Clinique de la maladie pulmonaire obstructive chronique.

«On veut que les gens connaissent qu’il y a d’autres maladies que le cancer et les maladies cardiovasculaires et que cette maladie peut être prévenue par l’arrêt tabagique.»

Selon les données de l’Institut national de santé publique du Québec, plus de 30 000 Québécois âgés de 35 ans et plus reçoivent un diagnostic de MPOC. Dans 85 % des cas, la maladie est causée par le tabagisme.

Le docteur Bourbeau, qui est pneumologue, souligne que la maladie est encore sous-diagnostiquée.

«C’est l’Alzheimer du poumon», a-t-il expliqué. «Quand on perd la mémoire, on essaie de cacher des choses pendant longtemps jusqu’à un point où ça devient très évident. Quand on perd le souffle, on arrête de faire des activités, jusqu’à un point où ça devient évident et dramatique.»

Des conséquences graves

Le docteur Bourbeau affirme que la santé des patients atteints de cette maladie «ne sera jamais aussi bonne qu’avant», après un tel diagnostic.

Les gens atteints toussent beaucoup, et s’essoufflent facilement. «L’essoufflement au départ apparaît à l’activité physique plus importante, et au fur et à mesure, les gens vont être de plus en plus essoufflés, pour ne plus être capables de faire même leurs activités quotidiennes», a soutenu le Dr Bourbeau.

De plus, les patients peuvent subir une à quatre crises pulmonaires par année, qui augmentent de gravité lorsque la maladie progresse.

Les crises de MPOC équivalent à une crise cardiaque, avec un taux de mortalité semblable pendant et après l’hospitalisation, selon le médecin.

Et les femmes sont aussi affectées : depuis 2009, elles meurent plus des suites de la MPOC que du cancer du sein, indique le Dr Bourbeau.

Toujours un problème

Le taux de tabagisme des Québécois âgés de 12 ans et plus se situe à 18,3 %, ce qui représente une stagnation, selon le CQTS.

Cela démontre, selon l’organisme, que le problème du tabagisme «n’est pas réglé au Québec».

Santé

Deux «cliniques d’hiver» à Québec dès lundi

Le Centre intégré universitaire de santé et de services sociaux (CIUSSS) de la Capitale-Nationale a annoncé vendredi que deux «cliniques d’hiver» ouvriraient leurs portes dès lundi sur son territoire.

Ces cliniques seront la clinique de la Cité médicale de Sainte-Foy, située au deuxième étage de Place de la Cité, et MaClinique Lebourgneuf, située au 725, boulevard Lebourgneuf. À partir de lundi, les patients aux prises avec les symptômes de la grippe, de la gastro-entérite ou d’autres infections hivernales et n’ayant pas accès à un médecin de famille pourront s’y présenter plutôt que de se rendre à l’urgence d’un hôpital. L’objectif du CIUSSS est d’offrir aux usagers un meilleur accès en cas d’aggravation des symptômes ou si leur état de santé le requiert, et ce, dans les meilleurs délais possibles.

Une telle initiative est mise en place quand les services de proximité n’arrivent plus à répondre à la hausse des besoins engendrée par l’augmentation des consultations pour des symptômes infectieux. Il devient alors nécessaire d’ouvrir des cliniques d’hiver afin de canaliser le flot des consultations relatives aux infections hivernales. Ces cliniques, qui existent déjà, offrent alors davantage de disponibilités pour des consultations médicales en cas de problème mineur.

Pour connaître les heures d’ouverture des cliniques hivernales, la population est invitée à consulter les sites Internet des cliniques ou le www.ciussscn.ca/cliniquedhiver. Il est également possible de prendre rendez-vous en ligne à la clinique de la Cité médicale à www.rvsq.gouv.qc.ca. Pour la clinique de Lebourgneuf, il faut cependant se présenter sur place pour obtenir un rendez-vous.

Santé

David Lametti ouvert à modifier la loi fédérale sur l'aide à mourir

SHERBROOKE — Le nouveau ministre fédéral de la Justice, David Lametti, se dit ouvert à entendre les propositions visant à garantir aux Canadiens gravement malades qu’ils ne seront pas obligés de mettre fin à leurs jours prématurément par crainte de perdre les fonctions cognitives requises pour obtenir l’aide médicale à mourir.

David Lametti, qui a été nommé à la Justice lundi, ne promet pas de changer la loi adoptée il y a deux ans et demi sur l’aide à mourir.

Actualités

Reconnaitre les symptômes de la fatigue au volant pourrait vous sauver la vie

MONTRÉAL — Vous êtes sur la route et vous commencez à bâiller, les yeux vous picotent, vous changez de position et, tout à coup, vous vous rendez compte que vous ne vous souvenez pas de ce qui s’est passé au cours des dernières secondes; vous devez vous arrêter le plus rapidement possible, car vous êtes en danger de mort imminente.

Cette «absence» de quelques secondes n’est pas anodine : c’est ce qu’on appelle un épisode de micro-sommeil et la prochaine étape sera de s’assoupir pour vrai.

«Lorsqu’on commence à bâiller, lorsque les yeux nous chauffent ou piquent, lorsqu’on change fréquemment de position, lorsqu’on oublie de prendre une sortie, lorsqu’on oublie de vérifier dans nos rétroviseurs comme on doit le faire assez fréquemment, tout ça, ce sont des signes avant-coureurs et le plus dangereux c’est lorsqu’on oublie ce qui s’est passé les secondes précédentes», explique le docteur Charles Morin, directeur du Centre d’étude des troubles du sommeil de l’Université Laval.

«Le micro-sommeil, c’est essentiellement être dans un état de sommeil avec les yeux ouverts. On regarde en avant de nous, mais on n’est pas là», a expliqué le chercheur lors d’une simulation de sommeil au volant, jeudi, à l’ouverture du Salon de l’auto de Montréal.

Il raconte que des études réalisées auprès d’ingénieurs de train et de chauffeurs de camion avec des électrodes pour enregistrer les ondes du cerveau et des caméras pour surveiller les mouvements des yeux ont permis de démontrer que ceux-ci «peuvent entrer dans un épisode de micro-sommeil qui va durer deux, trois, quatre secondes; ils ne sont plus là, mais ils ont les yeux ouverts et ils ont le volant entre les mains».

«C’est dangereux et, dans les signes avant-coureurs, on est rendu loin dans la séquence des événements. Il faut espérer qu’avant d’en arriver là, la personne va prendre la décision de s’arrêter», laisse-t-il tomber.

Mythes et solutions

Charles Morin déplore que l’on ne porte pas attention à la fatigue autant qu’on le fait pour l’alcool ou les textos au volant, alors que «la fatigue et la somnolence au volant, c’est la troisième cause d’accidents sur les routes après la vitesse et l’alcool», fait-il valoir.

Les trucs souvent utilisés pour combattre la fatigue ne fonctionnent tout simplement pas, martèle-t-il : «Baisser la vitre pour avoir un peu plus de vent, monter le volume de la radio, ça ne fonctionne pas et ç’a été testé dans des études de laboratoire.»

En fait, à défaut d’avoir un passager à qui passer le volant, il n’y a qu’une solution : s’arrêter et faire une courte sieste.

«Une petite sieste de 15-20 minutes va vraiment nous redonner la vigilance, une capacité d’attention soutenue, pour les prochaines heures. Il ne faut pas dormir plus d’une demi-heure.»

Dette de sommeil

Le docteur Morin n’a aucune gêne à signaler l’évidence en matière de prévention : «Le meilleur remède pour contrer la privation de sommeil, c’est le sommeil!», lance-t-il avec le sourire, même si son propos est tout à fait sérieux.

«On ne peut pas mettre du sommeil en banque» rappelle-t-il, tout en évoquant une réalité qui est le lot de nombreux citoyens.

«Il y a beaucoup de gens qui fonctionnent avec moins de sommeil que ce dont ils ont besoin et ils accumulent alors une dette de sommeil.»

Selon les recherches dans le domaine, une personne qui a dormi moins de six heures la nuit précédant une longue conduite «est à plus grand risque d’être impliquée dans un accident, de s’assoupir au volant».

L’impossible mesure

Le docteur Morin se fait l’apôtre de la sensibilisation parce qu’il n’y a pas de solution répressive.

La lutte contre l’alcool au volant, la distraction par texto, le dépassement illégal d’autobus d’écoliers ou le refus de porter la ceinture, pour ne nommer que ceux-là, a fait des pas de géant surtout grâce à de lourdes sanctions qui visaient le portefeuille et le permis de conduire de l’automobiliste.

La fatigue ne peut être contrée de cette façon parce qu’on ne peut la mesurer : «La fatigue est une notion subjective. [...] Il n’y a aucune mesure physiologique pour la mesurer.»

Par contre, l’étape suivante de la somnolence elle, est un état physiologique qui peut effectivement être mesuré, mais seulement en laboratoire, «pas dans l’auto ou sur le site d’un accident», fait valoir le chercheur.

D’ailleurs, il est convaincu que l’impact de la fatigue au volant est beaucoup plus important que ne le montrent les chiffres : «Les statistiques sont probablement une sous-estimation de la réalité justement parce qu’on n’a pas de mesure pour évaluer le niveau de fatigue.»

Les données sur la fatigue comme cause d’accident sont en fait des déductions reposant sur un scénario-type. «Souvent c’est un accident qui va se produire au cours de la nuit aux petites heures du matin ou en milieu d’après-midi qui implique un seul véhicule et où il n’y a aucune indication de trace de freinage ou de contournement d’un obstacle», explique le docteur Morin.

Et contrairement aux automobilistes qui seront retirés de la circulation par les forces de l’ordre sur-le-champ pour cause de facultés affaiblies par l’alcool ou la drogue, les fatigués, eux, passeront comme lettre à la poste «parce qu’on n’a pas un test sanguin pour dire que cette personne est en privation de sommeil».

Pourtant, leurs facultés sont bel et bien affaiblies, explique le professeur Morin.

«Absolument! La fatigue prolonge notre temps de réaction. S’il y a un obstacle, ça prend plus de temps à le contourner par une manœuvre. Ça réduit notre capacité d’attention soutenue et ça rend le traitement de l’information sur le plan cognitif plus complexe et ça affecte notre jugement.»