Le président directeur général de Club Med Amérique du Nord, Xavier Mufraggi (à droite), et l’homme d’affaires et ancien copropriétaire du Cirque du Soleil, Daniel Gauthier, en conférence de presse jeudi

«Saison touristique de 12 mois» grâce au Club Med

Avec un Club Med, le nom de Charlevoix résonnera aux quatre coins de la planète, promet l’entreprise française. Une analyse qui plaît au maire sortant de Québec, qui se réjouit à l’idée d’avoir «une saison touristique de 12 mois».

Jeudi, les responsables du dossier ont convoqué les médias pour annoncer le projet de 120 millions $ au Massif de Charlevoix, dont «70 %» des sommes proviennent d’investisseurs privés. Il s’agira du premier village de ski tout-inclus au pays de la chaîne française. Le chantier prévoit la construction d’un complexe hôtelier de 300 unités au pied de la montagne. L’ouverture de l’établissement quatre saisons est prévue pour 2020.

Fait intéressant et plutôt rare, Club Med a décidé d’investir des billets verts dans ce développement, soit 14 millions $, selon un montant dévoilé par La Presse. Une somme que la direction a refusé de confirmer. Initialement, l’entreprise ne prévoyait pas agir à titre d’investisseur, mais seulement comme opérateur des installations.

Pour le reste du montage financier, 36 millions $ sous forme de prêts remboursables seront injectés par les gouvernements, soit 9,8 millions $ d’Ottawa et 26,3 millions $ des coffres du gouvernement de Philippe Couillard. Investissement Québec, qui détient déjà des parts dans l’entreprise Groupe Le Massif, propriétaire de la montagne, déboursera 2 millions $ dans l’aventure.

Du côté des investisseurs privés, on retrouve les hommes d’affaires et anciens copropriétaires du Cirque du Soleil, Daniel Gauthier et Guy Laliberté, le Groupe Germain et Pierre Thabet. Le Mouvement Desjardins et la Banque Nationale participent également à l’aventure, dont l’entente entre le Club Med et le Groupe Le Massif est valide pour une durée «de minimum 15 ans».

«De l’investissement, 110 millions $ seront consacrés au développement immobilier et 10 millions $ au développement de la montagne», note M. Gauthier, qui rêve de ce projet depuis 2002. «Le Club Med positionnera le Massif de Charlevoix parmi les grandes destinations. Ils ont vite vu le potentiel de l’endroit et de la région, notamment pour nos produits et notre culture», poursuit-il, optimiste de voir la montagne se développer à vitesse grand V au cours des prochaines années en raison des nombreux développements immobiliers. Le groupe prévoyait initialement la construction, par différents promoteurs, de 1250 unités d’habitation.

Club Med, qui exploite près de 70 sites à travers le monde, est présent dans 26 pays et compte plus de 23 000 travailleurs. L’entreprise détient 24 villages de neige, notamment en France, en Italie, en Suisse, au Japon et en Chine.

«Actuellement, on vient de partout pour skier dans nos villages. Bientôt, on viendra de partout dans le monde pour skier au Massif de Charlevoix», affirme Xavier Mufraggi, président-directeur général de Club Med pour l’Amérique du Nord. «Le Club Med du Massif ne sera pas que pour le ski. Il changera au cours des saisons [...] On veut être ouvert 300 jours à l’année», poursuit celui qui vise un taux d’occupation de 70 % l’été et de 85 % l’hiver.

Grâce à son réseau à l’international, l’entreprise française estime être en mesure d’attirer dans Charlevoix «différentes nationalités à différentes périodes de l’année», dit M. Mufraggi, questionné sur sa stratégie de marketing pour le site. «Il n’y a aucun endroit au monde où nous avons une montagne de cette qualité avec une vue sur mer», ajoute-t-il, estimant que l’endroit pourrait devenir très priser entre autres par la clientèle... brésilienne.

Quant à la possibilité de voir des dépassements de coûts sur ce projet, le gouvernement du Québec a assuré qu’aucun autre montant ne sera injecté dans l’aventure. Les frais iront aux promoteurs.

Selon la direction du Massif, ce développement entraînera la création de 325 emplois permanents et amènera dans Charlevoix 50 000 clients supplémentaires par an. Pour le maire sortant de Québec, il s’agit d’une belle vitrine pour la région.

«Avoir un Club Med, pour nos mois d’hiver, c’était essentiel. Nous n’avons pas de souci pour l’été et tout va bien pour l’automne. L’hiver, c’était moins évident. Là, nous ne parlerons pas de saisons touristiques, mais d’années touristiques. C’est un gain net», affirme Régis Labeaume. «Les gens vont pouvoir venir visiter deux ou trois montagnes. Tout le monde y gagne», poursuit-il. 

Au cours des dernières années, à plusieurs reprises le projet de Club Med s’est retrouvé au bord du précipice. Il avait été abandonné en décembre 2015 et relancé en avril 2016. Rappelons que la première annonce médiatique en lien avec un Club Med au Massif remonte en 2012. En mars dernier, les responsables du dossier avaient organisé une conférence de presse afin de faire pression sur les gouvernements. 

Il n’a pas été possible de savoir si le prix des billets de ski allait grimper en raison du développement.  Avec Annie Morin

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Le Cirque du Soleil pourrait-il s’installer dans Charlevoix? 

Pourquoi pas, répond avec le sourire l’ancien copropriétaire du groupe, Daniel Gauthier, aujourd’hui responsable du développement du Club Med au Massif de Charlevoix. Il ne s’agirait pas d’une première, car le Cirque du Soleil a déjà un partenariat avec un établissement géré par Club Med à Punta Cana (Creactive). 

«Oui, c’est possible. Puisque le Cirque a vu le jour dans Charlevoix, cela serait très intéressant qu’il revienne éventuellement dans la région. [...] Dans une étape subséquente, nous avons l’intention de nous asseoir avec les gens du Cirque du Soleil», dit M. Gauthier. 

Ce dernier est d’avis que le défi sera toutefois de taille en raison du climat pour offrir un spectacle été comme hiver.

En chiffres...

120 millions $ d’investissement, soit 70 % du secteur privé et 30 % du public (financement remboursable)

15 ans: durée de l’entente entre le Club Med et le Massif de Charlevoix

2020: année d’ouverture

300 chambres dans l’hôtel

325 emplois directs

210 000 journées hôtelières vendues par an (prévision)

15 ouvertures de Club Med d’ici 2019 dans le monde, dont 1 ou 2 villages par an à la montagne

50 000 clients supplémentaires dans la région par an (prévision)

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Coup de pouce à l’aéroport international Jean-Lesage

Aéroport Jean-Lesage

La venue du Club Med dans Charlevoix devrait augmenter de 6 % l’achalandage à l’aéroport de Québec et accroître le nombre de liaisons aériennes avec New York et Paris, entre autres.

«Il est certain que les liaisons aériennes vont se modifier par rapport à la demande que nous allons générer», a commenté jeudi le président-directeur général du Club Med en Amérique du Nord, Xavier Mufraggi.

Il évalue qu’environ 70 % de la clientèle arrivera par la voie des airs, ce qui représente près de 40 000 personnes par année. Les pôles à renforcer sont prioritairement ceux de New York et Paris, selon M. Mufraggi. Pour les skieurs d’Amérique du Sud ou d’Asie, un transfert est à prévoir à Montréal ou Toronto. 

Le Club Med n’a pas l’habitude de «packager» avec les compagnies aériennes, mais plutôt de donner des indications sur le nombre de clients attendus et les endroits d’où ils viennent. Déjà, au cours des cinq dernières années, plusieurs transporteurs intéressés au partenariat se sont manifestés, souligne le pdg Amérique du Nord. 

Le président et chef de la direction d’Aéroport de Québec inc., Gaëtan Gagné, confirme qu’il revient aux transporteurs de «gagner le cœur du Club Med». Il considère que sa mission à lui d’offrir des infrastructures aéroportuaires de qualité sera remplie avec l’agrandissement en cours du terminal. 

M. Gagné donne l’exemple du nouveau système de traitement des bagages qui accommodera les bagages hors normes des skieurs. Québec a aussi adopté la plateforme de gestion aéroportuaire Amadeus, reconnue comme l’une des plus simples d’utilisation, afin de faciliter le branchement de nouvelles compagnies aériennes. 

Si le Club Med envisage déjà des transferts pour ses clients, le grand patron de l’aéroport international Jean-Lesage souhaite cependant maximiser le nombre de liaisons directes. «Le plan de match de l’aéroport de Québec, c’est d’être autonome le plus possible par rapport à Montréal et Toronto», rappelle-t-il. Toute la population de Québec devrait sortir gagnante, croit M. Gagné, car davantage de sièges devraient être disponibles vers l’étranger.  

Quant au transport de Québec vers Charlevoix, il reste à planifier. M. Mufraggi pense spontanément à des navettes par bus et à l’automobile, mais il aimerait aussi développer une offre par train. 

Cette proposition ne tombe pas dans l’oreille d’un sourd. «Moi j’aurai toujours dans la tête que le train de Charlevoix pourrait servir à rentrer la clientèle du Club Med. On n’en a pas parlé, mais on a encore le temps dans les prochains mois. Ce qui reste comme inconvénient, c’est de partir de l’aéroport de Québec pour se rendre à la gare des Chutes Montmorency», a fait valoir le maire sortant de Petite-Rivière-Saint-François, Gérald Maltais, présent à l’annonce.  Annie Morin