Saison des sucres: des soubresauts normaux

Depuis jeudi, les érables coulent à flots dans la grande région de Québec. La saison des sucres avait connu un début moins productif à la fin février, avant de faire une pause, puis de redémarrer, ces jours-ci. Loin d’être propre à cette saison, ces variations dans la production constituent un phénomène récurrent, explique le directeur adjoint de la Fédération des producteurs acéricoles du Québec, Paul Rouillard.

Même si elle est toujours sujette aux caprices de mère Nature, la saison des sucres se déroule généralement en deux temps, au Québec. Peut-on aller jusqu’à parler de deux saisons des sucres à l’intérieur un même printemps?

«C’est une façon de parler! Chaque année, on observe un boum de deux semaines à la fin février ou au début mars, où il y a une vague de chaleur et que ça bouge, puis ça arrête. Ce n’est pas spécifique à cette année. C’est surtout dans l’ouest et dans le sud de la province. Quand la température monte assez, ça coule. Dans la région de Québec, on voit moins ça», explique M. Rouillard, ajoutant que les érablières de la région de Québec n’avaient jusqu’à maintenant récolté que 7% de leur production anticipée.

Pour que les érables commencent à produire, la température doit osciller entre -5 °C la nuit et 5 °C le jour, ce qui est le cas depuis jeudi.

«Quand il fait -7 °C la nuit et 0 °C le jour, ça ne coule pas. Ça prend quelques jours à 3 °C ou 4 °C pour que ça commence. On a eu ça, nous, à Longueuil, en février. Mais après, on est retombés aux températures de saison avec des -15 °C la nuit», a-t-il noté.

Étant donné la courte durée de la première coulée, les producteurs équipés de pompes à air sont ceux qui arrivent à tirer le meilleur du début de la saison.

«Les pompes à airs permettent d’aller chercher l’eau d’érable plus rapidement et en plus grande quantité. Mais même si on a le meilleur système au monde pour ramasser l’eau d’érable, il faut quand même que l’eau monte du sol. À -15 °C, ce n’est pas le cas.»

Spécificités régionales

La longueur de la saison varie donc considérablement d’une région à l’autre du Québec, tout dépendant de la température. Quant au début de la coulée, il peut retarder de trois semaines selon l’endroit où l’on se trouve.

«On couvre un territoire d’environ 750 km, soit de la frontière ontarienne jusqu’à Percé. Si, à Valleyfield, la coulée peut commencer le 10 mars pour se terminer le 10 avril, dans le Bas-du-Fleuve, elle peut commencer le 10 avril pour se terminer le 10 mai», illustre Paul Rouillard.

Ce dernier n’ose par ailleurs pas se prononcer sur le genre de saison que les producteurs du Québec sont en voie de connaître. Il suffit d’un redoux de plus de trois jours pour y mettre un terme prématurément!

«On ne le sait pas tant que ce n’est pas fini! Plus de trois jours consécutifs de température de 10 °C à 12 °C ou plus, et c’est terminé! Après ça, la composition de l’eau d’érable change et ça ne donne pas du bon sirop. […] D’autres fois, on va chercher de 30 à 40 millions de livres dans la dernière semaine. Il n’y a pas de modèle statistique. On travaille avec la nature», rappelle-t-il.

Consommateur à l'abri

Au cours des cinq dernières années, les producteurs acéricoles du Québec ont produit en moyenne 135 000 000 livres de sirop d’érable. Après une saison difficile en 2015 (110 000 000 livres), les deux dernières ont été particulièrement prolifiques, avec des récoltes de 148 000 000 livres en 2016 et 152 000 000 livres en 2017.

Peu importe la quantité de sirop produit bon an mal an, le consommateur se trouve toujours à l’abri d’une fluctuation des prix, puisque ces derniers sont négociés avec les acheteurs deux ans à l’avance. Quant à une éventuelle pénurie, la réserve stratégique de Laurier Station, où sont stockés quelque 98 000 000 livres de sirop d’érable, sert de police d’assurance.

Il y a près de 4000 entreprises acéricoles dans la grande région de Québec, soit 3500 sur la rive sud et 222 sur la rive nord.