Le 29 juillet 1962, une violente explosion secoue une station-service au cœur du village de Saint-Fabien et provoque un terrible incendie. En plus du garage, six maisons sont soufflées par la déflagration
Le 29 juillet 1962, une violente explosion secoue une station-service au cœur du village de Saint-Fabien et provoque un terrible incendie. En plus du garage, six maisons sont soufflées par la déflagration

Saint-Fabien: une histoire marquée par le feu

Johanne Fournier
Johanne Fournier
Collaboration spéciale
Le récent incendie de ­Saint-Fabien a ravivé de douloureux souvenirs pour plusieurs citoyens et a ajouté une page à l’histoire de cette municipalité marquée par le feu. Au lendemain du sinistre du 24 septembre dernier, le maire de cette municipalité située près de Rimouski n’a pu d’ailleurs s’empêcher d’évoquer que, «par le passé, de grands malheurs se sont acharnés sur Saint-Fabien».

Jacques Carrier peinait à trouver les mots pour décrire «les traces de l’horreur» résultant de la destruction complète de sept maisons et des dommages causés à 15 autres. Il faut dire que l’élu, qui s’est dit «sonné», a été lourdement éprouvé pour un premier mandat à la tête de la municipalité. Peu de temps après son élection, un sinistre est survenu en décembre 2017, détruisant deux commerces et deux logements. Visiblement triste et bouleversé, M. Carrier a au moins une consolation: ces deux dernières tragédies n’ont fait aucune victime.

Grand feu de 1940

Le 6 avril 1940, 18 résidences disparaissent en fumée au centre du village. Un homme de 29 ans, père d’un enfant, succombe à ses blessures. «Adrien Dastous, qui travaillait sur le toit d’une des maisons à éteindre les flammes, fit une chute d’une quinzaine de pieds [4,6 m] sur le sol et se blessa gravement», peut-on lire dans le Progrès du golfe. Cette conflagration réduit aussi en cendre autant de hangars et de garages ainsi que quatre voitures. Un bébé de seulement quelques mois échappe de peu à la mort. Attirés par ses pleurs, des passants aperçoivent le jeune enfant qui «se trouvait mêlé à des ballots de lingerie et abandonné dans un champ.» Le drame chasse 28 familles de leur logis, ce qui totalise 130 personnes.

Les pompiers disposent, à l’époque, de peu de moyens. Des barricades sont construites, des catalognes sont étendues sur les toits et les murs. L’eau est transportée par tonneaux et avec des seaux. Certains utilisent de la neige.

Le 20 mai 1942, Saint-Fabien est encore une fois frappée par un incendie qui éclate dans un moulin à scie, détruisant le bâtiment et cinq maisons. Plusieurs autres domiciles sont endommagés par l’eau et la fumée. Le propriétaire du moulin, Élisée Michaud, subit des brûlures en tentant d’éteindre le feu.

La Une du Soleil du 8 avril 1940

Violente explosion de 1962

Le 29 juillet 1962, une violente explosion secoue une ­station-service au cœur du village et provoque un terrible incendie. En plus du garage, six maisons sont soufflées par la déflagration et une quarantaine de personnes sont jetées à la rue. Deux adolescents sont blessés, dont l’un qui souffre de brûlures. «Il semble que la flamme d’un briquet aurait enflammé des vapeurs d’essence s’échappant d’un bidon, raconte l’historien et journaliste Richard Saindon dans son ouvrage intitulé Chronique du Bas-Saint-Laurent. À l’époque, la municipalité de Saint-Fabien ne possède pas d’équipements pour lutter contre les incendies ni de système d’aqueduc. Un réservoir de 120 000 litres d’eau et quelques pompes installées au lac de la Station constituent les seuls moyens de défense.»

Le 2 mars 1981 vers 4h30 du matin, un feu se déclare au rez-de-chaussée d’une résidence de Saint-Fabien. La mère de famille réveille ses quatre fils. Trois s’empressent de sortir, mais le quatrième, en voulant s’habiller, est traqué par la fumée. Les pompiers découvriront plus tard le corps de Gervais Malenfant, âgé de 19 ans.

Incendies plus récents

En avril 2002, la Scierie Saint-Fabien, qui engage une vingtaine de personnes, est la proie des flammes. Le 16 mars 2007, une femme de 80 ans périt dans l’incendie de sa demeure.

À quelques jours d’intervalle, en mars 2015, la communauté fabiennoise est encore une fois éprouvée. Tôt dans la matinée du 18 mars, la ferme Rocaline est ravagée par les flammes. Au total, 125 bêtes périssent dans le brasier. Le 23 mars 2015, la fumée emporte avec elle une maison centenaire. Personne ne se trouvait à l’intérieur.

Le 15 décembre 2017, un camion-citerne chargé de propane se renverse sur la route 132, à l’entrée du village. Une vingtaine de résidences sont évacuées.

Le lendemain vers minuit, un incendie majeur éclate au coeur du village. Une douzaine de familles, totalisant une trentaine de personnes, sont évacuées. La destruction du salon funéraire, d’une bijouterie et de deux logements jette six personnes sur le pavé. Heureusement, personne n’est blessé.