Les heures d’ouverture qui permettent aux usagers de courser sur la piste sont aussi un sujet de litige.
Les heures d’ouverture qui permettent aux usagers de courser sur la piste sont aussi un sujet de litige.

Saga autour de la piste de course de Sainte-Croix  

Émilie Pelletier
Émilie Pelletier
Le Soleil
Des citoyens de Sainte-Croix, dans Lotbinière, sont exaspérés du bruit causé par les activités de la piste de course voisine. Ils considèrent que le Circuit Riverside Speedway s’est agrandi en catimini, malgré la contre-indication de la Ville. La municipalité a mis en demeure les promoteurs du circuit qui eux, comptent bien se défendre.  

Depuis une dizaine d’années, des résidents de Sainte-Croix se plaignent du bruit qu’engendrent dans le voisinage les courses automobiles sur la piste du Circuit Riverside Speedway, une entreprise qui a pignon sur la route 132 depuis les années 70.   

Un regroupement de citoyens contre le bruit excessif a été créé dans les années 2010 pour tenter de faire limiter la pollution sonore. Son président, Jacques Lacroix estime aujourd'hui que «les limites du raisonnable viennent d’être repoussées».   

«Avoir du bruit à Ste-Croix venant du circuit de course n’est pas une surprise. Régulièrement des activités s’y tiennent avec des niveaux de décibels dépassant les limites permises ou acceptables. Toutefois [le 7 septembre] ce ne sont pas les véhicules sur la piste qui font ce tintamarre, mais de la machinerie lourde. C’est avec stupéfaction et colère que les citoyens découvrent que le circuit s’agrandit!» écrit M. Lacroix, dans une lettre transmise au Soleil.   

Les propriétaires de la piste ont demandé un permis de construction à la Ville le 2 septembre pour permettre le nivellement du stationnement. Les citoyens estiment que le permis a plutôt été utilisé «pour la construction d’une nouvelle piste de course pour des nouveaux types de véhicules off road», explique Jacques Lacroix, président du Regroupement des citoyens de Sainte-Croix contre le bruit excessif (RCSCCBE).  

Le premier événement à se tenir sur cette portion de piste avait lieu au cours de la fin de semaine du 12 septembre. Voulant éviter que des activités ne se déroulent sur une piste «illégalement construite» selon elle, la Ville a rapidement entamé des recours judiciaires envers les promoteurs du Circuit Riverside Speedway.  

«Des actions sont entreprises, dans l’espoir de bloquer les opérations prévues sur cette portion du site», précise Jean-Pierre Ducruc, maire suppléant de la municipalité de Sainte-Croix.   

Lors du passage du Soleil dimanche matin, des crissements de pneus animaient l’ambiance et de la fumée s’élevait en nuages alors que quelques voitures faisaient du dérapage (drift) sur la piste asphaltée. 

Depuis une dizaine d’années, des résidents de Sainte-Croix se plaignent du bruit qu’engendrent dans le voisinage les courses automobiles sur la piste du Circuit Riverside Speedway, une entreprise qui a pignon sur la route 132 depuis les années 70.  

La Ville réagit  

Vendredi, la Ville a fait parvenir une mise en demeure aux exploitants de la piste de course. Dans la lettre dont Le Soleil a obtenu copie, on peut lire qu’il est reproché au gestionnaire du circuit d’avoir réalisé «d’importants travaux […] afin de créer une piste de style moto-cross en terre battue à côté de la piste de course déjà présente.»  

«Un permis a été délivré par la Municipalité au propriétaire du terrain […] relativement à l’enlèvement d’une clôture et de l’égalisation d’une partie de terrain de manière à mieux pouvoir tondre la pelouse avec un tracteur», écrivent les avocats de Sainte-Croix.   

«Le permis de construction octroyé par la municipalité ne prévoyait pas des travaux tels qu’ils ont été réalisés», déplore M. Ducruc, membre du conseil municipal.   

Selon le permis de construction signé par les parties en date du 2 septembre, il est précisé qu’«en aucun temps, il ne peut y avoir de remblais ou de déblais autre que l’égalisation de la partie mentionnée.»  

Or, selon le président du regroupement de citoyens, appuyé par le maire suppléant, il semblerait que les travaux ont été réalisés dans un espace du terrain autre que celui autorisé dans le permis de construction qui a été délivré.  

«Des arbres ont même été arrachés dans le cap pour leur permettre d’agrandir la nouvelle portion de piste, alors que le permis stipulait l’interdiction de couper des arbres ou [de] modifier de quelque façon que ce soit la pente et le relief en place», décrit-il, pointant des photos fournies par des citoyens.   

Du côté des résidents, on craint que la mise sur pied d’un nouveau segment de piste «amènera encore plus de véhicules et encore plus de bruit.»  

«Piste déjà existante»  

Ce n’est pas la première fois que des procédures légales opposent les deux parties, la question du bruit a fait l’objet de litiges entendus jusqu’en Cour supérieure. Jusqu’à ce jour, le circuit a toujours obtenu gain de cause devant les tribunaux, raconte le maire suppléant. 

«Comme citoyens on est exaspérés, elle est où la justice?» se questionne le président du regroupement citoyen, Jacques Lacroix.   

Pour Jean Bergeron, gestionnaire depuis 12 ans du Circuit Riverside Speedway, les actions entreprises par la Ville et appuyées par des citoyens au cours des dernières années sont ni plus ni moins de «l’acharnement».   

«On dit aux citoyens : si vous voulez avoir la paix, achetez-nous […] et on va fermer le dossier», martèle-t-il. Le terrain d’environ quatre millions de pi2 actuellement exploité par le Circuit Riverside Speedway est en effet en vente au coût de près de 3 M$ depuis au moins deux ans.   

Au sujet des plus récents événements allégués par la Ville, il atteste que la piste qu’on l’accuse d’avoir construite de façon «illégale» était déjà «existante».   

«Quand j’ai été voir la ville, j’ai demandé mes permis et on me les a donnés. Donc avec la municipalité, il n’y a pas de problème», justifie M. Bergeron.   

L'entreprise a répondu à la mise en demeure de la Ville. 

«Cette piste de course qui est fréquemment réaménagée depuis plus de quarante ans est opérée suivant les règles de l’art et en fonction de la règlementation en vigueur», répondent les propriétaires, qui soutiennent qu’«aucun arbre n’a été coupé» et qu’il n’y a pas eu d’autres modifications autres que ce qui a été «préalablement dûment autorisé».   

Les propriétaires du circuit de course se disent conscients qu’il peut y avoir, à l’occasion, des inconvénients pour les voisins. «Ils ont toujours tenté de minimiser au maximum lesdits inconvénients afin de respecter la quiétude de ceux-ci, malgré l’exercice en toute légalité des opérations qu’ils y mènent», ajoute-t-on.   

Les heures d’ouverture qui permettent aux usagers de courser sur la piste sont aussi un sujet de litige. Le Regroupement des citoyens de Sainte-Croix contre le bruit excessif et la municipalité de Sainte-Croix accusent les promoteurs d’«outrepasser» les heures permises.   

«Les règlements nous permettent de 10h à 23h, donc on n’est pas en infraction, toutes nos heures sont respectées», conteste le gestionnaire, Jean Bergeron.

Dimanche, les activités ont débuté à 10h08, conformément à la réglementation en place, a pu observer Le Soleil. 

«Ça traîne depuis plusieurs années, c’est l’enfer le bruit tous les jours. On sent qu’ils remettent toujours de l’huile sur le feu», regrette Jean-Pierre Ducruc, le maire suppléant de la municipalité.

Une photo présentant une bonne partie du site lors d'une saison antérieure (date inconnue).
Photo prise par un citoyen. À droite, en terre battue, la piste de motocross qui fait l'objet du plus récent litige.