La fatigue, l'alcool et de nombreux déplacements longs et inhabituels expliquent en grande partie pourquoi l'été est plus meurtrier que l'hiver sur les routes du Québec.

Routes du Québec: l'été meurtrier

Ah, les vacances! La belle saison promet d'être... meurtrière sur les routes. Énervé, fatigué, pressé et souvent un peu pompette, l'automobiliste estivant du Québec a un bilan routier peu reluisant. L'été est la période de l'année où l'on recense le plus d'accidents avec décès et blessés.
Plus que durant l'hiver? Plus que durant les fêtes de fin d'année arrosées de rouge? Plus qu'en janvier la glissante? Oui. «C'est vraiment une période qu'on dit plus propice aux accidents avec dommages corporels», relève Lyne Vézina, directrice des études et stratégies en sécurité routière à la Société de l'assurance automobile du Québec (SAAQ). «Quand on regarde les tendances sur plusieurs années, ce sont vraiment les mois d'été qui ressortent.»
Étonnant, puisque le Bureau d'assurance du Canada note plutôt une hausse des demandes durant les mois froids. «Il y a à peu près 100 000 réclamations pour collision d'octobre à mars, au Québec.» C'est 25 000 de plus que le reste de l'année. «On attribue ça aux conditions climatiques», indique la conseillère en affaires publiques, Caroline Phémius.
Mais il y a une nuance importante. Les assureurs reçoivent les factures pour la carrosserie et la mécanique amochées, pas pour les blessés, les morts. L'hiver, il y a beaucoup d'accrochages mineurs.
«Souvent, les gens ont tendance à penser qu'il y a plus d'accidents corporels quand il y a des tempêtes de neige, mais la plupart des accidents, ça va être dans le dommage matériel seulement», précise Lyne Vézina de la SAAQ. «Mais nous, quand on regarde les accidents qui engendrent des victimes, donc des blessés ou des morts, c'est vraiment plus l'été que l'hiver.»
Quoique les statistiques varient d'un mois à l'autre, d'une année à l'autre, l'analyse des données à long terme confirme cette tendance, explique-t-elle. «Les mois de juin, juillet et août, on voit que c'est une période de pointe pour les accidents avec blessés ou les accidents mortels.» Un peu moins du tiers surviennent durant ces quelques semaines ensoleillées.
Pourquoi? «D'une part, il y a plus de déplacements qui se font. Les gens sont en vacances. Les types de déplacements que les gens font sont différents par rapport à durant l'année au moment où ils travaillent.»
Le trajet quotidien habituel, le «déplacement fonctionnel», on le maîtrise. «C'est un trajet qu'on connaît relativement bien, donc moins propice à faire de la vitesse et surtout moins propice à être en état d'ébriété.»
Par contre, durant les «déplacements pour les loisirs», le danger est plus présent. Le périple est susceptible de comporter de longs parcours, le chauffeur rassuré par le beau temps risque fort d'appuyer sur le champignon pour arriver plus vite au camping. Et il pourrait bien avoir bu quelques bières pour se désaltérer. 
«Il y a le problème de l'alcool au volant qui est, de façon générale, plus marqué durant cette période-là», fait remarquer Lyne Vézina. «L'été, il y a une recrudescence de consommation d'alcool.» Comment le sait-on? Parce que c'est durant les beaux mois qu'on dénombre le plus d'automobilistes saouls morts; les analyses effectuées par les coroners le confirment. «On a vraiment une surreprésentation des conducteurs décédés et testés qui ont une alcoolémie qui dépasse .08 entre le mois de juin et le mois d'août, donc pour les trois mois d'été.»
Ajoutez une bonne dose de fatigue au cocktail. «Bientôt on va sortir notre campagne sur la fatigue au volant. On sort cette campagne à cette période-ci parce que c'est une période où on est plus susceptible de trouver des conducteurs fatigués sur la route. Des conducteurs qui partent en vacances alors qu'ils étaient au bout du rouleau. Ils tombent en vacances, ils font de longs déplacements sur les routes. Même chose quand ils reviennent de vacances. Ils ont profité au maximum de leurs vacances et ils font encore de longues heures de déplacement et il arrive, malheureusement, des accidents graves durant cette période-là que l'on peut associer à la fatigue.»
Puis il y a la fin des classes en juin, les bals de finissants, les 5 à 7 sur les terrasses, la longue fin de semaine de la fête nationale, les vacances de la construction...