Les grandes marées ont emporté la chaussée et des murs de soutènement ont cédé sur une distance d'environ 60 km de longueur en Haute-Gaspésie.

Route 132 détruite: réouverture et... frustrations

Le ministère des Transports a rouvert la route 132 en soirée samedi, sur la portion s'étendant sur plus de 80 km entre Tourelle et Manche-d'Épée, après que la mer déchaînée eut emporté avec elle des morceaux de la chaussée et des murs de soutènement. Même s'ils se réjouissent de pouvoir retrouver leur principal axe routier, certains citoyens n'oublieront pas de sitôt le stress, l'inquiétude et les désagréments des deux derniers jours qui leur ont semblé une éternité.
Avec le froid polaire qui sévissait dans la région, Maxime Esther Bouchard craignait que l'eau gèle dans les tuyaux de ses habitations.
Une résidente de La Martre, Maxime Esther Bouchard, a très mal dormi pendant les deux nuits où elle n'a pu rentrer chez elle. Elle était à Sainte-Anne-des-Monts lorsque les vagues déferlantes ont endommagé quatre portions de la route 132 menant à sa résidence. Elle s'inquiétait beaucoup pour ses quatre chats et ses sept poules qui étaient laissés à eux-mêmes.
Elle avait tenté de se rendre à son domicile, mais elle avait été interceptée par des employés du ministère des Transports (MTQ) et des policiers de la Sûreté du Québec (SQ). «Je leur ai dit que je voulais nourrir mes animaux et protéger mes biens», dit la propriétaire de trois maisons pour touristes. 
Avec le froid polaire qui sévissait dans la région, elle craignait que l'eau gèle dans les tuyaux de ses habitations. Tard en soirée samedi, on ignorait toujours si la dame avait finalement pu rejoindre son domicile.
Avant la réouverture, Mme Bouchard déplorait de ne pas avoir d'aide et de ne pas être informée. Elle raconte avoir appelé la Sûreté du Québec à Sainte-Anne-des-Monts, où un poste de commandement avait été installé. «Un policier m'a dit qu'il ne pouvait rien faire pour moi», allègue-t-elle.
Ancien chef d'équipe du ministère des Transports du Québec, Alain Boucher s'est dit outré de la lenteur des travaux de réparation de la route 132.
Alain Boucher habite Saint-Maxime-du-Mont-Louis, un autre village qui était touché par la situation. L'homme a été chef d'équipe pendant 25 ans au MTQ. «Je trouve ça aberrant, a-t-il lancé. La lenteur des travaux, ça n'a aucun bon sens!» Selon lui, la route aurait pu être rouverte dans les heures qui ont suivi le moment où les grandes marées ont occasionné les dommages. «Ils sont incompétents.»
M. Boucher est aujourd'hui propriétaire d'un dépanneur avec station-service. Advenant le cas où la route n'aurait pas été rouverte d'ici lundi, il craignait de manquer d'essence et de vivres dans son commerce.
Résilience
Le maire de Marsoui, dont le village avait été le plus affecté par la tempête Arthur de juillet 2014, prenait la situation avec philosophie. Alors qu'on a mis trois ans à réparer le secteur de la côte à Ti-Bock, situé entre sa municipalité et La Martre, voilà que tout est à recommencer. «La mer a tout défait ce qui avait été réparé cet été», indique Dario Jean. Selon lui, c'était désagréable pour «les gens qui devaient se rendre à Sainte-Anne-des-Monts pour leurs rendez-vous médicaux et leur magasinage d'avant les Fêtes». Il spécifie aussi que certains travailleurs de l'Usine GDS de Marsoui, qui résident à La Martre, à Sainte-Anne-des-Monts et à Cap-Chat, ont manqué leur journée de travail vendredi.
Selon le maire, la fermeture survenue vendredi «nous oblige à une pause qui n'est pas normale à ce temps-ci de l'année». «On est devenus pas mal résilients devant de telles situations qui surviennent de plus en plus souvent à cause des changements climatiques», croit M. Jean d'un ton serein.
Le MTQ a annoncé la réouverture de la route 132 vers 21h samedi. La circulation s'effectue normalement, à l'exception de quatre secteurs qui ont été plus durement touchés entre La Martre et Marsoui ainsi que dans le secteur de L'Anse-Pleureuse à Saint-Maxime-du-Mont-Louis, où la circulation s'effectue en alternance. 
La limite de vitesse a été réduite dans ces zones. La police y exerce d'ailleurs une surveillance accrue. Des travailleurs poursuivront les réparations des infrastructures routières pendant les prochains jours.