Roland Martel a la musique dans le sang depuis longtemps.

Roland Martel: toute une vie au service de la musique

Roland Martel a beau dire qu’il range sa baguette de chef d’orchestre, il a toujours la musique dans le sang. La musique, le jazz, la danse, c’est au moins 60 ans de sa vie. Jamais, il ne tournera le dos à la musique. Le feu sacré est toujours vivant.

Il a cédé la baguette de chef à sa fille Katee Julien, mais celle-ci veut qu’il dirige encore son band avec elle pour un temps.

Formé au conservatoire de musique comme trompettiste et en chant classique, le chef d’orchestre est aussi un excellent conteur. Des souvenirs, des histoires sur son amour de la musique, sur ses succès, mais aussi celle d’un incident qui a failli lui couper tous ses espoirs de musicien.

Lorsqu’il était gardien de but pour les Citadelles de Québec, à l’époque de Jean Béliveau, un joueur adverse décoche un puissant lancer frappé au lieu de tenter de le déjouer.

Fracture de la mâchoire supérieure, du sang partout. Il doit se faire opérer. Un prof du conservatoire lui dit qu’il ne jouera plus de trompette : impossible. Dans la tête de Roland Martel, les rêves s’assombrissent.

Pourtant, un rayon de soleil vient raviver les espoirs. Marc Boivin, un musicien de son orchestre et pour le Royal 22e Régiment lui dit : «Tu vas rejouer de la trompette.» Il lui raconte l’histoire d’un trompettiste des États-Unis qui a continué à jouer en déplaçant l’embout sur un côté de sa bouche.

Persévérance

«J’ai vécu trois mois difficiles. Trois mois de persévérance à cause de Marc Boivin. J’ai rejoué de la trompette, relate-t-il. Et j’ai continué de garder les buts. J’ai même joué deux parties hors concours pour les As de Québec.» Rien ne pouvait plus l’arrêter.

Il raconte alors sa passion de la musique. Sa mère jouait du piano. Son père, du violon. Lui, à 16 ans, pendant son travail dans un restaurant au Colisée, écoutait les grands orchestres et les revues musicales qui se produisaient dans l’amphithéâtre.

Pendant Expo-Québec, alors que l’orchestre de Samy Key se produisait, il y avait un concours. Les jeunes étaient invités à diriger l’orchestre pour une pièce musicale. Le gagnant remportait une coutellerie.

«J’avais déjà mon band, se souvient-il. Mon patron me dit d’enlever mon tablier et d’aller sur scène. J’avais le rythme, je connaissais le morceau. Je me lance et les musiciens avaient les yeux grand ouverts d’étonnement. Ils m’ont suivi et ils m’ont fait signe de continuer.»

Qui a gagné la coutellerie? Roland Martel. Plus encore, Samy Key lui a remis sa baguette de chef. «Je l’ai donnée à ma mère en arrivant à la maison», lance-t-il, tout sourire.

Les succès

Et les succès s’enchaînent. Sa notoriété s’établit peu à peu au travers des autres orchestres de Québec. À 21 ans, sa carrière prend une nouvelle tournure. «Les soupers dansants avaient commencé au Château Frontenac dans la grande salle Jacques-Cartier. Moi, je jouais dans une petite salle. Le directeur de l’hôtel, M. Jessop, n’était pas satisfait du genre de musique de l’orchestre. Ce n’était pas le style pour la danse. Il congédie l’orchestre. Il téléphone à la maison vers 22h pour me demander si j’étais libre avec mon orchestre pour le lendemain soir.»

Sa carrière était lancée. Il jouera pendant des années au Château Frontenac, pendant le Carnaval de Québec devant les grands de ce monde. «Lors du Bal de la Régence, Grace de Monaco arrive. Oui, Grace Kelly. Alors j’ai joué sa pièce préférée, True Love, pour qu’elle entame la valse. À la fin, elle a demandé à me voir. Elle m’a donné la main en me disant dans un français impeccable : ‘‘Vous êtes merveilleux. Votre musique me plaît !’’ Le chef du protocole a même permis à mon frère de filmer ce moment.»

Les succès se suivront les uns après les autres. Il se rappelle avoir fait un tabac à Paris, à l’Hôtel Méridien. C’est ce que les journaux ont rapporté.

Plusieurs fois pendant l’entrevue, celui qui a quatre fois 20 ans répète que si l’orchestre Roland Martel a pu exister et durer si longtemps, «c’est à cause des musiciens. Sans eux, il n’y aurait jamais eux d’orchestre» portant son nom.

Maintenant, sa fille reprend la baguette pour que l’histoire se perpétue.