Malgré les années, les blessures restent vives, soutient Richard Lavoie, d’autant plus que la cause de la tragédie n’a jamais été totalement élucidée.

Richard Lavoie revient sur le naufrage du «Nadine», il y a près de 30 ans

Madelinot par son grand-père maternel, le vétéran cinéaste Richard Lavoie a toujours porté les Îles-de-la-Madeleine dans son cœur. Cinq documentaires de sa vaste filmographie qui s’étend plus de 50 ans ont été tournés là-bas. Le sixième, en cours de montage, est toutefois celui qui risque le plus de faire jaser dans les chaumières de l’archipel.

Dans Veuves du Nadine, le réalisateur du quartier Limoilou revient sur un épisode dramatique de l’histoire des Îles, soit le naufrage du chalutier Le Nadine, survenu dans la nuit du 16 au 17 décembre 1990, au large de la Grande Échouerie. Huit des 10 membres d’équipage avaient perdu la vie.

Seuls le capitaine du navire, Robert Poirier, et son frère Serge avaient été repêchés par la Garde côtière, après avoir flotté en mer pendant neuf heures, dans leur habit de survie. Tous deux ont accepté de se confier à la caméra.

À l’époque, le Bureau de la sécurité des transports avait conclu que plusieurs ouvertures sur le pont arrière du Nadine n’avaient pas été fermées hermétiquement, malgré le mauvais temps, ce qui aurait contribué à déstabiliser le chalutier de 40 mètres et entraîner sa perte.

Malgré le passage des années, les blessures restent vives chez les proches des victimes, d’autant plus que la cause de la tragédie n’a jamais été totalement élucidée.


« Il existe une espèce d’omerta aux Îles autour de ce drame. On a accusé probablement à tort les marins »
Richard Lavoie

«Il existe une espèce d’omerta aux Îles autour de ce drame, explique M. Lavoie. On a accusé probablement à tort les marins. C’est facile, ils sont morts, sauf le capitaine et son frère. Ç’a créé un sacré problème en ce sens que ça accusait des gens de toute la communauté. Toute la communauté s’est sentie visée.»

Éclairage nouveau

Auteur de plusieurs documentaires sur les régions — par exemple Rang 5, portant sur l’agriculture québécoise, ou encore Quai-Blues, sur la disparition des quais du Saint-Laurent —, Richard Lavoie porte ce projet à bout de bras depuis longtemps. Il était aux Îles lorsque le bateau a été sorti de l’eau, en novembre 1991. Il en a gardé des images.

En raison de ses liens avec ce coin de pays — «je suis Richard à Luc à Edmond» —, il se dit «la personne habilitée» à revenir sur cette page noire à laquelle le film apportera un éclairage nouveau, promet-il, tout en gardant le secret sur quelques informations cruciales découvertes pendant le tournage.

«Quand les événements sont arrivés, j’étais proche des familles. J’ai toujours promis que je ferais un film pour permettre à la population de s’exprimer, les veuves, en particulier, qui se sont toujours senties flouées. Je ne dis pas que le film va tout régler, mais il va peut-être apporter un peu de sérénité.»

Le cinéaste de 81 ans devrait entreprendre sous peu le montage de son documentaire, en vue d’une sortie l’an prochain. D’ici là, il espère convaincre un dirigeant de la compagnie Madelipêche, visée par l’enquête du coroner, de donner sa version des faits. À l’époque, le coroner Jacques Bérubé avait qualifié «les conditions de travail fournies par cette compagnie d’inadmissibles, d’injustifiables et de dangereuses».