Plus de la moitié des résidences privées pour aînés ne sont toujours pas protégées par des gicleurs : 1041 établissements sur un total de 1905 (55 %), révélait La Presse en janvier.

Résidences pour aînés: long combat pour les gicleurs

De nombreux appels pour des gicleurs obligatoires dans les résidences pour personnes âgées ont été lancés depuis la tragédie de L'Isle-Verte. Mais la route vers un tel dispositif sécuritaire est longue et laborieuse, comme en témoigne l'Ontario, où même une loi n'a pas entraîné l'installation massive de gicleurs.
L'Ontario est souvent cité depuis quelques jours comme un modèle en matière de prévention des incendies en raison d'une loi obligeant toutes les résidences pour personnes âgées - même les plus anciennes - à avoir des gicleurs.
Au Québec, près de la moitié des résidences pour aînés n'ont pas de gicleurs, en partie ou en totalité. À L'Isle-Verte, la partie de l'immeuble détruite où plusieurs personnes ont péri ne disposait pas de gicleurs.
Le Québec est-il si en retard dans ce dossier? Non, répond Susan Eng, vice-présidente du réseau national des aînés CARP, et militante de longue date pour la mise en place de gicleurs dans toutes les résidences.
Selon elle, même l'Ontario traîne la patte. «Tout est une question d'argent», insiste-t-elle en entrevue au Soleil. «Quand vous construisez en neuf, ça ne coûte pas très cher. Mais quand vous devez installer des gicleurs sur des anciennes constructions, c'est très difficile, et ça coûte cher.»
Une première loi ontarienne a statué dans les années 90 que toute résidence érigée après 1997 doit posséder des gicleurs. Depuis un an, cette loi est rétroactive et s'applique à tout édifice.
«C'est pas encore fait en Ontario! Au moins, il y a une loi qui le demande... Mais les résidences à but lucratif n'ont pas vraiment pris d'engagement», déplore Susan Eng. En dépit de la loi, les gicleurs se font attendre. «Dans les résidences à but lucratif, on n'a pas de réponse. Et c'est très difficile de savoir ce qui se passe dans les maisons plus anciennes.»
Dix ans pour se conformer
En Ontario, la loi donne d'ailleurs plus d'une décennie aux établissements pour se conformer. La date butoir est 2019 ou 2025, selon le type de résidences. À noter que des élus provinciaux ont annoncé - au lendemain du terrible incendie de L'Isle-Verte - que ces délais seraient écourtés.
Le lobby des personnes âgées a donc obtenu des gains modestes jusqu'ici. «Et c'est un combat de près de 30 ans!» rappelle Susan Eng.
Un long combat où - malheureusement - toutes les victoires se sont faites à la suite d'incendies mortels, selon Susan Eng. «Dans les années 90, plusieurs personnes sont mortes en Ontario avant la première loi», dit-elle. Partout au pays, l'action politique se fait sentir seulement après des incendies tragiques. «Avec tous ces décès au fil des ans... Si ce n'est pas assez pour se réveiller. Combien de gens ont besoin de mourir pour que ça change?»
Depuis le violent incendie du Bas-Saint-Laurent, Susan Eng assiste cependant à un débat sans précédent sur la pertinence des gicleurs obligatoires d'un océan à l'autre. «C'est bien, il y a une conversation nationale sur le sujet. Les chances de succès sont meilleures, se réjouit-elle. C'est la réalité de notre processus politique, mais nous allons devoir nous servir de ce drame. Ça prend des gens qui sacrifient leur vie pour faire bouger les politiciens. C'est ça qui est arrivé par le passé. En espérant que les gens de L'Isle-Verte n'ont pas donné leur vie en vain.»