Le superviseur de district de Urban Planet, Jeffrey Auclair (à droite) en compagnie de son «bras droit» Marie-Pierre Goulet, et du gérant Nicolas Carrière
Le superviseur de district de Urban Planet, Jeffrey Auclair (à droite) en compagnie de son «bras droit» Marie-Pierre Goulet, et du gérant Nicolas Carrière

Réouverture des commerces sous le signe de la prudence [PHOTOS + VIDÉO]

Après plus de cinq semaines de confinement, Isabelle avait hâte de revenir magasiner. Elle n’est pas une fervente de l’achat en ligne. Rien ne vaut pour elle le plaisir de venir en boutique et se promener dans les allées de vêtements. Aussi la résidente de Saint-Séverin, en Beauce, était la première à se présenter, lundi matin, devant L’Aubainerie de Place Quatre-Bourgeois.

«Mon linge d’hiver, je suis plus capable de le mettre, je suis plus capable de le voir. J’ai hâte de changer de look», lance la dame qui comptait ensuite aller faire un tour chez Winners, un peu plus loin, qui ouvrait sur le coup de 11h.

Derrière elle, Sophie, une jeune mère de deux enfants de Québec, opine du bonnet. «Mon garçon commence l’école la semaine prochaine. Plus aucun vêtement ne lui fait. Il est serré dedans.»

Tout le monde patiente dans le respect de la proverbiale distanciation.

L’heure était à la réouverture des magasins qui ont pignon sur rue en ce lundi matin gris, du moins ceux situés à l’extérieur de la grande région de Montréal. D’après le Conseil québécois de commerce de détail, c’est de 30 % à 40 % des magasins qui comptaient reprendre du service après cette interruption découlant de la pandémie. Ceux situés dans les centres commerciaux pouvaient suivre la parade, en autant qu’ils disposent d’une porte donnant sur l’extérieur.

Aux différents endroits visités par Le Soleil, personne ne badine avec les mesures d’hygiène et de distanciation. À L’Aubainerie, chaque client est accueilli par une employée qui répète les grands principes du magasinage post-confinement : respect des 2 m, lavage des mains avec gel désinfectant, aucun essayage permis, achat par cartes seulement. Tous les employés portent le masque, certain des gants. Une mesure absente chez la clientèle.

«On essaie de réduire le plus possible la manipulation des vêtements. C’est une conseillère qui va chercher la taille demandée par la cliente», explique une responsable. Le tri de la «montagne» de linge que le personnel doit faire en temps normal n’a plus sa place.

Port du masque

Chez Urban Planet de Place Fleur de Lys, le gérant de district Jeffrey Auclair veille lui aussi au grain. Une panoplie de mesures est en vigueur. À l’entrée, une affiche indique de ne pas toucher aux articles, «sauf si vous prévoyez les acheter.» Ici également, les salles d’essayage sont fermées.

«Si un vêtement est porté par un client, on le retire du magasin pendant 48 heures. Il n’est pas remis sur le plancher. On veut que nos employés restent en santé. C’est notre priorité. On ne sacrifiera pas des employés pour avoir des ventes» précise M. Auclair, ajoutant que «le monde voit d’un œil positif» ce déploiement de mesures prophylactiques.

«On suggère le port de masques à nos employés, mais je n’ai vu aucun client en porter un depuis ce matin», ajoute-t-il.

Sécurité des employés

Devant le magasin Best Buy, aux Galeries de la Capitale, le directeur David Rancourt sort régulièrement observer la file de clients qui se forme sur le trottoir. Tout le monde patiente dans le respect de la proverbiale distanciation. Vers 11h, ils étaient plus d’une trentaine à venir récupérer leur matériel électronique commandé en ligne.

«Une fois qu’ils ont reçu leur confirmation, ils peuvent venir le chercher au magasin. On a installé deux terminaux dans le vestibule pour les paiements. Personne ne se promène sur le plancher. On a décidé de prendre toutes les mesures nécessaires pour assurer la sécurité de nos employés», explique-t-il.

Quelques automobilistes s’arrêtent pour lui demander des informations. Assis à l’arrière de la voiture conduite par sa mère, un gamin d’une dizaine d’années, la langue bien pendue, s’informe sur un jeu vidéo Switch qu’il cherche désespérément.

«Ça se peut qu’on ne l’ait pas, lui répond David Rancourt. Ça fait deux semaines qu’on en envoie par la poste.»


« Si un vêtement est porté par un client, on le retire du magasin pendant 48 heures. Il n’est pas remis sur le plancher. On veut que nos employés restent en santé »
Le superviseur de district de Urban Planet, Jeffrey Auclair

Un autre client désire une caméra web. Ses recherches en ligne n’ont rien donné. Il va devoir s’en passer un moment. «Les caméras web, ça s’est tellement vendu avec le télétravail», lui fait savoir M. Rancourt.

On ne bouquine pas

Sur l’avenue commerciale Maguire, la propriétaire de la librairie Vaugeois, Marie-Hélène Vaugeois, avait la broue dans le toupet en cette journée de réouverture. «C’est débile, ça n’arrête pas. Ça fait deux semaines que c’est fou...», glisse-t-elle.

Depuis le matin, les amateurs de lecture ont sauté sur leur téléphone pour commander le livre désiré. Ils sont maintenant invités à venir le chercher en personne. Un poids de moins pour le personnel qui, les semaines précédentes, devait poster les bouquins ou faire lui-même les livraisons à domicile, si le client demeurait dans un rayon acceptable.

Les employés du Urban Planet de Place Fleur de Lys ont été invités à porter le masque en guise de protection .  

«L’anxiété a grimpé, avoue Marie-Hélène Vaugeois. Tout le monde doit s’adapter avec de nouvelles règles.» La libraire accepte seulement un client à la fois, du moins pendant les premiers jours. Et celui-ci doit savoir ce qu’il veut comme livre, il est défendu de butiner entre le rayon des romans québécois et celui des livres de voyage.

«Oui, on est ouvert, mais vous ne pouvez pas bouquiner...», répond la propriétaire à une cliente qui passe à bicyclette devant la librairie.

Le gérant du magasin d’électronique et d’électroménagers Best Buy, David Rancourt, était sur place, lundi matin, pour répondre aux multiples questions de la clientèle.