La nouvelle centrale à l’intersection de Laurentienne et Louis XIV devrait être construite pour novembre 2023.

Réorganisation policière de 123,9 millions$ à Québec [VIDÉO]

Après des années d’attente et plusieurs rebondissements et retards, le coût de construction d’une nouvelle centrale de police à Charlesbourg et la réfection du poste F.-X. Drolet passe à 123,9 millions $. L’administration Labeaume refuse de parler d’une explosion des coûts, mais plutôt d’une mauvaise évaluation des besoins dans les précédentes moutures du projet.

À lui seul, le quartier général qui sera érigé sur un terrain acquis au printemps à l’intersection de l’autoroute Laurentienne et du boulevard Louis XIV coûtera 98,5 millions $. C’est 101,5 millions $ en incluant l’achat du terrain. Le bâtiment de six étages avec un stationnement intérieur tempéré pour les véhicules identifiés devrait être complété au plus tard en novembre 2023.

Les principaux services qui y seront rendus sont la surveillance du territoire, les enquêtes et les services spécialisés, l’administration, le centre de formation et la centrale 9-1-1.

«Ce n’est pas une explosion des coûts parce qu’aucun denier public n’a encore été dépensé. Le plan est simplement maintenant rendu à sa pleine maturité», a défendu le directeur du Service de police de la Ville de Québec (SPVQ), Robert Pigeon, pour expliquer la hausse du budget initial.

Sans jeter aucun blâme, M. Pigeon souligne qu’il était impossible de poursuivre sur le précédent plan de réorganisation amorcé lorsqu’il est arrivé en poste en 2016. «J’avais un projet immobilier qui ne concordait pas avec les besoins du service. J’ai demandé de revoir le projet dans son ensemble. Je ne voulais pas travailler en fonction d’une enveloppe. C’est un modèle qui n’a pas marché avant.»

Cafouillage et démission

«Je ne reviendrai pas sur le coût des anciens projets. Ce sont des projets qui ne fonctionnaient pas. Il faut arrêter de s’autoflageller, a renchéri le maire de Québec. Quand le projet de Pierre-Bertrand était sur la table, Robert Pigeon n’était pas là. C’était un dossier extrêmement compliqué qui a duré très longtemps, qui a vécu beaucoup trop de soubresauts. Là, il est clair et chiffré», poursuit-il.

En 2017, on apprenait que les coûts de la centrale avaient été mal évalués. Si bien que la facture du projet de redéploiement, d’abord estimée à 50 millions $, allait plutôt s’élever à 72 millions $. La superficie du terrain du boulevard Pierre-Bertrand, qui devait d’abord accueillir la centrale, ne pouvait contenir la flotte de véhicules. Le maire avait expliqué que son bras droit, Jonatan Julien, «l’avait échappé» et il avait mis fin au projet. Un désaveu qui a mené à la démission de celui qui est aujourd’hui ministre de l’Énergie.

«N’attendez pas de moi que je blâme Jonatan Julien. Il voulait que ça coûte moins cher. La responsabilité globale c’est la mienne. C’est moi qui étais maire. On avait pris le projet à l’envers», reconnaît-il.

«Il y avait huit divisions du service qui n’étaient pas inclus dans le projet : le centre de formation, le 9-1-1, la direction générale, les communications en sécurité publique, les unités administratives, le soutien juridique, les affaires internes et la gestion des équipements motorisés. Ce sont 200 personnes qui devaient être là, mais n’étaient pas là», énumère M. Labeaume.

«C’était une mauvaise piste utilisée qui consistait à adapter la structure policière aux bâtiments existants et non de faire un projet adapté aux besoins du service», conclut M. Pigeon.

Par exemple, le précédent projet n’incluait aucun stationnement souterrain parce que c’était jugé trop coûteux. L’actuel comporte 269 cases de stationnement intérieur tempéré. «Tu ne peux pas avoir un appel pis déneiger et déglacer pendant 15 minutes. Ça ne marche pas de même la police. L’investissement supplémentaire pour les véhicules de patrouille et banalisés, il est logique.»

Pas insalubre

Au 101,5 millions $ pour la nouvelle centrale, il faut ajouter 22,4 millions $ pour la reconversion de l’édifice F.-X. Drolet à l’intersection de la rue du Prince-Édouard et de la rue du Pont dans Saint-Roch. Il abritera un poste de quartier, la Cour municipale et une unité de détention temporaire. Les travaux devraient être terminés en avril 2022.

Selon l’administration Labeaume, il faudra inclure seulement 22 % des 22,4 millions $ pour le calcul du coût total parce que c’est le pourcentage de la superficie que la police occupera, le reste le sera par la cour municipale et d’autres services connexes. Il reste que cette fraction n’a jamais été évoquée dans les précédents projets, Le Soleil n’en tient donc pas compte ici.

Au-delà de l’aspect matériel du projet, le chef Pigeon insiste pour dire qu’il s’agit de mieux redéployer la patrouille et de concentrer les forces vives du service aux bons endroits pour créer une synergie et être présent aux périodes de grandes demandes sur le territoire. 

Dès le printemps 2020, la réorganisation s’amorcera avec le déménagement du personnel des postes de La Haute-Saint-Charles et de Charlesbourg au poste de la Centrale Victoria. Il y aura 147 patrouilleurs de plus pour porter le nombre total à 327. 

Malgré les critiques sur la désuétude des lieux et des cas d’insalubrité rapportés à la Commission sur les normes, l’équité, la santé et la sécurité au travail, le directeur Pigeon jure que le vieil édifice peut encore donner quelques années de vie utile. Des cinq dérogations rapportées, quatre seraient réglées. En guise d’exemple, le directeur annonce qu’il déménagera son bureau à la centrale pour donner la garantie que les lieux de travail sont salubres.

Au terme du redéploiement, les postes de Charlesbourg et de la Haute-Saint-Charles seront fermés. Il restera ceux de Saint-Roch et le QG de Charlesbourg, le poste de Sainte-Foy, route de l’Église, et celui de Beauport.

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«POURRI DU DÉBUT À LA FIN»

Robert Pigeon, directeur du SPVQ, et Régis Labeaume, maire de Québec, n’ont pas convaincu les groupes d’opposition de la Ville de Québec qui dénoncent les coûts et les cafouillages de la nouvelle centrale.

L’opposition a utilisé des mots durs pour qualifier la gestion du dossier de la centrale de police à la suite de l’annonce de mardi. 

«Ç’a été pourri du début à la fin, lance le conseiller de Démocratie Québec, Jean Rousseau. On n’est pas parti du besoin des policiers. On leur a imposé un local et des contraintes qui allaient nuire à leur travail. Ultimement, la réalité a triomphé. Que les policiers doivent déneiger leur autopatrouille, ce n’était pas sérieux. Et là, on arrive à quelque chose d’intéressant», reconnaît-il, rappelant qu’un précédent estimé du début des années 2010 prévoyait un budget de 100 millions $ pour la construction d’une nouvelle centrale. Comme quoi, la volonté de faire des économies était impensable, selon lui.

«Ce qu’on doit retenir aujourd’hui, c’est que les citoyens de Québec ne paieront pas 72 millions $, mais au moins 124 millions $, commente pour sa part le chef de Québec 21, Jean-François Gosselin. J’ai écouté les arguments du chef Pigeon. Je n’en suis pas là. Le maire aura beau vouloir mêler le monde avec les chiffres, c’est 50 millions $ de plus. Il a complètement perdu la valeur de l’argent. Ça me dépasse.»

Répondre aux besoins

Par voie de communiqué, la Fraternité des policiers et policières de la Ville de Québec estime que le projet «cadre bien avec la réalité d’un service de police de notre envergure et avec les besoins d’un service de police du XXIe siècle», bien qu’il le juge ambitieux.

Le président de la Fraternité, Marc Richard, souhaite maintenant que l’administration Labeaume passe de la parole aux actes. «Le calendrier de réalisation nous apparaît un bon indicateur du sérieux que la Ville place dans ce projet. Ce qu’on peut comprendre aujourd’hui, c’est que la Ville nous dit : “Nous en faisons un dossier prioritaire et cette fois, ce sera la bonne”. Il faut maintenant que les bottines suivent les babines», a-t-il déclaré.

Seul bémol, le président considère toujours comme «un choix douteux le transfert de la majorité des patrouilleurs à la centrale du parc Victoria, un immeuble vétuste qui ne répond plus aux normes minimales de commodités. Ce n’est pas parce que le directeur à l’intention d’y aménager que ça en fera soudainement un environnement de travail adéquat».