Sylvie Rondeau a expliqué qu’un ensemble de facteurs a contribué à trancher pour la fermeture définitive du commerce familial.

Renaud & Cie ferme ses portes

Une enseigne vieille de 173 ans dans la capitale baisse pavillon. L’entreprise Renaud & Cie fermera ses portes le 31 mars; nouvelle victime des transformations dans le commerce de détails.

«Ce n’est pas de gaieté de cœur qu’on a pris la décision de se retirer. On a pris une clause de résiliation de notre bail pour le 31 mars. On débute la vente de fermeture [ce samedi]», a confirmé jeudi Sylvie Rondeau, directrice de l’institution appartenant à son père, Richard Rondeau.

Fondée en 1845 (alors JB Renaud), Renaud & Cie a été achetée par la famille Rondeau en 1934. L’entreprise a brassé des affaires dans le Vieux-Port jusqu’en 2014. Elle avait alors vendu son bâtiment de la rue Saint-Paul et centralisé ses activités à sa succursale du boulevard Charest Ouest, établie en 2004. Le commerce spécialisé écoule de la vaisselle, des articles de cuisine, de la porcelaine, de la coutellerie et de la verrerie.

Sylvie Rondeau explique qu’un «ensemble de facteurs» a contribué à trancher pour la fermeture définitive. «Ça fait 30 ans que je suis chez Renaud… Les habitudes de vie ont changé et les habitudes de consommation ont changé énormément», a-t-elle dit d’emblée.

Elle remarque depuis quelques années que les compétiteurs sont de plus en plus nombreux et proviennent de secteurs qui n’étaient pas dans le décor auparavant. 

«Le commerce de détail est malade. […] Tout le monde essaie d’élargir leurs créneaux. Tout le monde essaie d’aller chercher un peu plus une part de marché. Maintenant, les quincailleries, les grandes surfaces; même en faisant notre épicerie depuis quelques années on peut trouver des casseroles, des couteaux, des verres, etc.», a-t-elle expliqué.

Les consommateurs aussi ont adopté de nouveaux comportements, selon Mme Rondeau. «Ce qui n’est pas facile, c’est que les consommateurs veulent avoir toujours des rabais. On a adopté, il y a plusieurs années, les bas prix de tous les jours. […] Mais on ne peut pas toujours offrir des rabais! Parce que les dépenses augmentent.» Les taxes, les salaires et les loyers ont tous gonflé, mais pas les ventes. 

«Honnêtement, je suis ne suis pas sure qu’un jour, on va encore avoir des magasins spécialisés où les gens vont vraiment se déplacer et acheter. Je ne sais pas trop où on s’en va», a-t-elle philosophé, pointant aussi du doigt le commerce en ligne. 

Qualité et durabilité

À l’image de la vision que s’était donnée la compagnie, Mme Rondeau a rendu hommage à la qualité et la durabilité. «On ne paie pas plus cher d’aller chez un spécialiste. Vous savez, il faut être riche pour acheter, pardonnez-moi l’expression, mais du cheap. […] Sans acheter des biens hors de prix, ce n’est pas ça que je veux dire, [c’est de payer] pour un produit qui va être durable.»

Richard Rondeau, à 89 ans, s’occupait toujours d’une partie de la comptabilité de son entreprise. Il a commencé à travailler pour Renaud & Cie dans les années 50. Tout comme sa fille, il a évoqué les hausses de taxes et des loyers pour expliquer les difficultés à maintenir la viabilité de son commerce. 

Mais il a aussi déploré la perte de vitalité dans le Vieux-Port, l’une des raisons pour lesquelles il a choisi de quitter la rue Saint-Paul en 2014. «La basse ville s’est détériorée terriblement. Tous les commerces étaient dans ce coin-là. Il était temps pour nous de partir», a-t-il raconté.