En 2016, Ottawa fermait le port de Chandler après l’avoir déjà inscrit sur une liste de ports excédentaires afin de s’en départir, même si le CTMA Vacancier y faisait escale régulièrement.

Relance potentielle du port de Chandler

CHANDLER — Le plan d’affaires du quai de Chandler, préparé au cours des derniers mois pour l’administration municipale, identifie un réel potentiel pour le transbordement de vracs solides, potentiel qui s’établirait à un intervalle de 140 000 à 275 000 tonnes métriques par année.

Préparé par la firme-conseil CPCS, ce plan d’affaires identifie du transbordement pour plusieurs types de vrac, dont la bauxite, l’oxyde de fer et le coke de pétrole. Un utilisateur potentiel est identifié, mais une entente de confidentialité lie CPCS, la Ville de Chandler et cet utilisateur.

Il est toutefois de notoriété publique que Ciment McInnis, propriétaire de la cimenterie de Port-Daniel, constitue un utilisateur de bauxite, d’oxyde de fer et de coke de pétrole. Trente kilomètres séparent Port-Daniel et Chandler.

«Les chiffres de 140 000 à 275 000 tonnes sont réalistes. Nous ne voulions pas créer de faux espoirs. C’est plus que les 100 000 tonnes qui étaient transbordées dans le temps de l’usine [papetière] Gaspésia, alors qu’il sortait environ 50 000 tonnes par année et qu’il en rentrait 50 000. C’est aussi plus que le tonnage des ports de Gaspé, Matane et Gros-Cacouna», spécifie Nicolas Parent, consultant senior à CPCS.

Fermé en 2016

Le quai commercial de Chandler a été fermé en septembre 2016 par le ministère fédéral des Transports, qui ne l’avait pas entretenu pour en assurer la pérennité même si un navire de croisières, le CTMA Vacancier, y faisait escale 30 fois par été.

Transports Canada avait déjà inscrit Chandler sur une liste de quais excédentaires pour s’en départir en le cédant à une autre entité ou en l’abandonnant. La Ville de Chandler a exprimé un intérêt pour sauver son quai commercial. L’étude de CPCS est financée par Transports Canada.

Même si le nom de Ciment McInnis n’est jamais mentionné par CPCS, les porte-parole de la cimenterie ont déjà fait savoir publiquement que la capacité d’entreposage de l’usine de Port-Daniel était insuffisante.

La firme doit recourir aux installations portuaires de Belledune, au Nouveau-Brunswick, pour pallier cette capacité d’entreposage. Par la route, Belledune est toutefois à 270 kilomètres de Port-Daniel, et c’est aussi passablement plus long si des barges sont utilisées pour y acheminer les intrants.

Travaux nécessaires

Nicolas Parent précise que la réfection du quai de Chandler requiert des travaux majeurs.

«Le quai est en fin de vie utile […] Le béton est délaminé et l’armature d’acier est finie. Selon une étude qui reste à compléter, remettre le quai en bon état coûterait 37,6 millions $. L’entièreté du montant est admissible au programme de cession des quais de Transports Canada. […] Les gens du ministère ne veulent toutefois pas faire les travaux et céder le quai par la suite. Ils veulent signer un chèque au repreneur», dit-il. 

La longueur actuelle serait maintenue dans le scénario de CPCS, mais l’espace utilisable serait légèrement déplacé vers sa face intérieure, de façon à se servir du quai actuel comme brise-lame, une précaution utile depuis que les tempêtes s’intensifient.

«La profondeur d’eau est de 11 mètres présentement. Si on la portait à 13 mètres, des navires de 200 à 250 mètres pourraient accoster. Ce serait obtenu en installant des ducs-d’Albe, des structures détachées du quai sur lesquelles on peut amarrer la partie du navire qui dépasse» explique Nicolas Parent.

L’espace dédié au chargement et au déchargement serait sis sur des pieux. Les aires d’entreposage seraient situées sur le rivage, sur des terrains de la Ville de Chandler situés le long du chemin de fer. Ce facteur faciliterait l’acheminent des vracs vers Port-Daniel ou ailleurs. La cimenterie est aussi localisée le long du rail, qui devrait être fonctionnel à cet endroit en 2021.

«L’étude de faisabilité de CPCS, qui inclura les plans d’ingénierie, devrait être prête à la fin de juillet ou au début d’août», note Nicolas Parent.

Phase finale

Bruno Gagnon, consultant accompagnant la Ville de Chandler dans ses démarches, précise que la municipalité devra obtenir l’autorisation du ministère des Affaires municipales du Québec avant d’entamer des négociations avec Transports Canada au sujet du montant susceptible d’être versé pour la refonte du quai.

«On est quasiment en finale. Ils [les fonctionnaires fédéraux] vont le finaliser. […] Ils seront devant l’obligation de demander une enveloppe supplémentaire, ce qui pourrait retarder légèrement le règlement. On [les gens de Transports Canada] ne vous fait pas travailler pour dire ensuite qu’il n’y aura plus de budget, analyse M. Gagnon.

La Ville de Chandler, ou la corporation portuaire à créer, pourrait déclarer un bénéfice d’exploitation de 100 000 $ à 500 000 $ par an, mais cette somme serait ramenée à un surplus moindre en incluant dans l’équation les frais d’entretien.

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VINGT ANS APRÈS LE DERNIER ROULEAU DE PAPIER

Le plan d’affaires du quai de Chandler par CPCS a été déposé le 20 juin à l’administration municipale. C’était 20 ans jour pour jour après la production du dernier rouleau de papier journal de l’usine Gaspésia, en 1999. La mairesse de Chandler, Louisette Langlois, y voit «un moment symbolique pour relancer nos installations portuaires. Chandler est devenue une ville de services, mais elle peut encore attirer des industries. Pour ça, il faut un quai fonctionnel». Depuis 1999, le port de Chandler a surtout servi comme lieu d’expédition des composantes de la papeterie, après l’échec de la relance de 2004, de lieu de déchargement de sel de déglaçage d’hiver et de port d’escale pour le CTMA Vacancier.