La pire chose qu’aurait pu faire Desjardins, c’est de financer une nouvelle coopérative qui piquerait du nez dans deux ans», croit l’ancien président du Mouvement Desjardins, Alban d’Amours.

Relance de Groupe Capitales Médias: Alban D’Amours dit «comprendre» Desjardins

Alban D’Amours refuse de blâmer Desjardins pour sa position dans le dossier des coopératives de Groupe Capitales Médias (GCM). Celui qui a présidé le mouvement coopératif de 2000 à 2008 blâme plutôt «l’inaction» des politiciens, qui auraient dû selon lui penser «bien avant» au modèle coopératif pour sauver le groupe médiatique.

«Autant les politiciens sont surpris [du refus de Desjardins de participer au plan de sauvetage de GCM], autant je suis surpris de leur inaction. On n’aurait pas cette crise aujourd’hui si on avait décidé d’agir il y a six mois ou un an. On la voyait venir, la crise. Personne n’a eu le réflexe chez nos leaders politiques de penser qu’il y avait un modèle qui pouvait venir à la rescousse des médias et assurer leur pérennité», a déclaré jeudi Alban D’Amours, en marge d’une conférence sur le mouvement coopératif qu’il donnait au Cercle de la garnison de Québec.

Résultat : on se retrouve aujourd’hui à devoir «gérer une crise» et à monter un plan d’affaires dans la précipitation, déplore l’ancien président du Mouvement Desjardins. Agir plus tôt aurait permis selon lui de faire un plan d’affaires «très bien structuré» et dont les risques auraient été «acceptables».

S’assurer de la pérennité

«Là on demande à Desjardins de venir [à la rescousse] du groupe. Or Desjardins doit être aussi rigoureux que n’importe quelle institution […] Dans ce contexte-là, il m’apparaît que ce que Desjardins a fait ne fait que permettre aux gens de se rasseoir et de se demander si leur plan d’affaires est assez rigoureux», dit Alban D’Amours.

M. D’Amours est de ceux qui croient qu’il faut soutenir les coopératives de GCM, «mais dans des bonnes conditions, avec un plan d’affaires rigoureux qui donne l’assurance que ça va être pérenne».

«La pire chose qu’aurait pu faire Desjardins, c’est de financer une nouvelle coopérative qui piquerait du nez dans deux ans. On aurait alors tout simplement conclu que c’est la faute au modèle coopératif», analyse-t-il. Selon lui, «ce serait nuire à la cause tellement importante de l’information que de s’engager dans un projet mal ficelé».

«Je suis sûr que Desjardins est attaché à la cause. Pour moi, si j’étais [encore] le président, et je pense que le président actuel pense de la même façon, l’important, ce serait d’assurer la pérennité des coops», insiste Alban D’Amours.

Décision dénoncée

Plusieurs élus et observateurs ont dénoncé ces derniers jours la décision du Mouvement Desjardins de ne pas participer à la relance de GCM. Parmi eux, Claude Blanchet, qui a dirigé le Fonds de solidarité FTQ de 1983 à 1997 avant d’être pdg de la Société générale de financement. M. Blanchet a dit à La Presse cette semaine juger «étonnante» la frilosité du Mouvement Desjardins dans ce dossier. 

«[Guy] Cormier [le pdg du Mouvement Desjardins] pense comme un banquier, pas comme un gars de capital-risque. Il fait une grosse erreur de ne pas s’impliquer avec tous les partenaires qui sont là», a-t-il déclaré au chroniqueur Francis Vailles. 

Desjardins, a rappelé Claude Blanchet, «est présent partout». «Il est une part entière de la collectivité. Je ne comprends pas que l’organisation ne voie pas l’importance de ce dossier. On a besoin de ces médias pour avoir des informations locales et de qualité. On ne peut pas laisser passer une affaire de même.»

Le ministre de l’Économie, Pierre Fitzgibbon, a demandé cette semaine au Mouvement Desjardins de reconsidérer son refus de participer au plan de sauvetage de GCM. Le ministre a dit trouver «un peu paradoxal» qu’un mouvement coopératif comme Desjardins refuse d’appuyer le projet. Aussi se serait-il attendu, a-t-il dit, à ce que Desjardins «s’assoie avec la direction de GCM et la coopérative pour voir quels aménagements peuvent être faits pour réduire les risques». 

Pierre Fitzgibbon s’est également demandé mardi «s’il y avait des forces en présence qui auraient pu faire dérailler la décision». Car selon lui, «il y a possiblement apparence de conflit d’intérêts» avec la présence de Sylvie Lalande à la tête du conseil d’administration de Capital régional et coopératif Desjardins. Mme Lalande est aussi présidente du conseil d’administration de Groupe TVA et vice-présidente du conseil de Québecor.

Le premier ministre François Legault a joint sa voix à celle de son ministre mercredi en déclarant trouver «surprenant et inquiétant de voir qu’un projet de coopératives pour sauver des journaux importants au Québec ne soit pas appuyé par Desjardins». 

Dans un communiqué diffusé plus tard mercredi, le Mouvement Desjardins a annoncé qu’il allait réévaluer son refus de financer le projet de coopératives de GCM.

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GROUPE CAPITALES MÉDIAS: MOTION UNANIME DE L'ASSEMBLÉE NATIONALE POUR LES COOPÉRATIVES 

L’Assemblée nationale du Québec a adopté à l’unanimité, jeudi, une motion demandant «au gouvernement de tout mettre en œuvre afin d’assurer la viabilité du projet de coopératives des employés du Groupe Capitales Médias».

Le sauvetage des six quotidiens de GCM, dont fait partie Le Soleil, a mobilisé beaucoup d’effort depuis la faillite du 19 août. Après que le gouvernement se soit rangé derrière les coops et ait convaincu Desjardins de réévaluer son refus de financer le projet, la résolution parlementaire rappelle que «le montage financier du plan de relance demeure incertain» et que le temps presse pour réaliser le plan d’ici la mi-décembre, moment de l’approbation des créanciers.

La motion a été déposée par la députée libérale Isabelle Melançon, conjointement avec la ministre de la Culture et des Communications, Nathalie Roy (CAQ), ainsi que les députés Vincent Marissal (QS), Méganne Perry-Mélançon (PQ), Guy Ouellette (ind.) et Catherine Fournier (ind.). Elle a obtenu l’assentiment de 106 députés, aucun n’a voté contre et aucun ne s’est abstenu. Olivier Bossé