«Ils disent qu'ils parlent pour les quatre mosquées de Québec, mais à la mosquée de Lévis, on ne s'approprie pas le projet. Ils ne nous ont jamais abordés à propos de cela», avance la porte-­parole de l'Association des musulmanes et musulmans du Grand Lévis, Marie-Josée Coulombe.

Rejet du cimetière musulman: le Centre culturel islamique de Québec critiqué

Le rejet du cimetière de Saint-Apollinaire est décevant pour la communauté musulmane de Québec, mais également de tout l'Est de la province, croit la porte-parole de l'Association des musulmanes et musulmans du Grand Lévis, Marie-Josée Coulombe. Elle estime toutefois que le Centre culturel islamique de Québec (CCIQ) a aussi sa part du blâme dans l'échec du projet.
«J'étais très déçue, voire même triste», admet Marie-Josée Coulombe à propos du résultat du référendum municipal de dimanche, à Saint-Apollinaire, refusant le changement de zonage nécessaire au cimetière musulman. «Mais j'étais aussi déçue du CCIQ», lâche-t-elle.
«Ils disent qu'ils parlent pour les quatre mosquées de Québec, mais à la mosquée de Lévis, on ne s'approprie pas le projet. Ils ne nous ont jamais abordés à propos de cela. Or, ils devraient travailler non seulement pour Lévis, mais pour les musulmans de tout l'Est-du-Québec, pratiquants ou non.»
Née à Montmagny dans une famille québécoise catholique, la résidente de Berthier-sur-Mer s'est convertie à l'islam à 18 ans. «C'est une quête de vérité amorcée quand j'étais enfant qui a abouti.» Elle a fréquenté le Centre culturel islamique de Québec (CCIQ) durant ses études universitaires.
Une vingtaine d'années plus tard, Mme Coulombe espérait voir le projet de cimetière aller de l'avant, à Saint-Apollinaire. En s'ouvrant sur l'ensemble de la communauté musulmane, le CCIQ aurait aidé à l'acceptation sociale du projet, croit-elle.
La porte-parole de l'Association des musulmanes et musulmans du Grand Lévis, Marie-Josée Coulombe
«Quand il y a eu des consultations publiques, pourquoi n'ont-ils pas impliqué davantage de femmes, davantage de gens touchés de la région et des Québécois d'origine?»
Marie-Josée Coulombe aurait elle-même pu être une bonne porte-parole pour le projet. La mère de famille a perdu un de ses enfants, il y a quelques années. Encore bébé, Chahid est décédé du syndrome de mort subite du nourrisson, à six mois.
Il ne pouvait être enterré à Québec, en l'absence de cimetière musulman. Toute la famille est montée en vitesse à Montréal, déboursant quelques milliers de dollars pour transporter la dépouille. La distance est encore difficile aujourd'hui, pointe-t-elle.
«La première année, je suis allée le visiter, mais on ne l'a plus fait depuis quatre ans. Tu ne peux pas aller au cimetière dix minutes et retourner chez toi. Je trouve ça horrible. J'espérais le rapatrier à Saint-Apollinaire, mais bon, on va peut-être attendre un peu», raconte-t-elle, la voix cassée par l'émotion. «Les autres mamans qui n'ont pas vécu ça ne peuvent pas comprendre.»
Lundi, Marie-Josée Coulombe recommençait à se poser des questions à propos d'où ses autres enfants, son conjoint d'origine tunisienne et elle seront enterrés à leur mort. Elle ne croit pas que l'on doit tenter d'imposer le projet à Saint-Apollinaire. Dix-neuf personnes ne représentent pas toute la municipalité, mais elle ne serait pas à l'aise d'enterrer un proche dans un secteur «où l'on n'est pas les bienvenus».
Elle espère désormais voir le CCIQ tendre la main aux autres mosquées de la grande région de Québec, pour en faire un projet inclusif. Après tout, à une époque où la mosquée de Lévis n'existait pas, plusieurs musulmans de Chaudière-Appalaches ont donné au CCIQ. C'est aussi avec leur argent que sera payé le futur terrain pour un cimetière musulman, explique l'employée de Desjardins Assurances Générales.
Si le CCIQ ne modifie pas son approche, estime Marie-Josée Coulombe, la région de Québec pourrait se retrouver avec une situation comme celle du cimetière musulman montréalais du Islamic Center of Quebec. «L'ICQ a mainmise sur le cimetière et si tu veux t'opposer à quelque chose, c'est toujours eux qui ont le contrôle.»