Le ministre Barrette a contacté mardi les dirigeants de MAclinique Lebourgneuf, qui refuse les patients ne répondant pas à certains critères, afin de «s’assurer du respect des obligations» du programme de superclinique.

Refus de patients: MAclinique Lebourgneuf rappelée à l’ordre par Barrette

Le ministre de la Santé, Gaétan Barrette, a contacté mardi les dirigeants de MAclinique Lebourgneuf, qui refuse les patients ne répondant pas à certains critères, afin de «s’assurer du respect des obligations» du programme de superclinique. À la CAQ, on estime que les débordements à MAclinique étaient «prévisibles» et qu’ils ont été causés par les politiques du ministre. 

Le Soleil rapportait mardi que la directrice médicale de MAclinique Lebourgneuf, la Dre Chantal Guimont, avait récemment envoyé un message à tous les services de santé de la région de Québec dans lequel elle mentionnait que l’urgence mineure (ou service de consultation sans rendez-vous), aux prises avec un «achalandage monstre», était réservée à ses patients et à la clientèle orpheline «présentant une condition médicale urgente». 

Les patients ayant un médecin de famille dans un autre groupe de médecine familiale peuvent aussi consulter à l’urgence mineure de la superclinique, pour autant qu’ils aient préalablement tenté d’être vus à leur clinique et qu’ils présentent une condition médicale urgente, précisait encore la Dre Guimont, ajoutant que tout patient ne répondant pas à ces critères sera refusé. 

Ces mesures, expliquait-elle, permettront à MAclinique Lebourgneuf «d’accueillir des patients avec un problème urgent beaucoup plus tard qu’il n’est possible de le faire actuellement», alors que les portes de l’urgence mineure sont parfois verrouillées bien avant l’heure de sa fermeture (22h). 

Au CIUSSS de la Capitale-Nationale, on se disait surpris par le message de la Dre Guimont, estimant que le mandat des supercliniques est d’offrir des plages de consultation sans rendez-vous à tous les patients. 

Selon le directeur des services professionnels du CIUSSS, Pierre Laliberté, réserver les consultations sans rendez-vous aux patients présentant une condition médicale urgente, c’est «presque demander aux patients de s’autodiagnostiquer avant de consulter». 

Un avis que partage le député caquiste François Paradis. «Pour le patient, elle est où la ligne pour déterminer s’il s’agit d’une urgence ou d’une urgence mineure qui commande une intervention rapide?» demande le député de Lévis.

«Victime de son succès»

Le ministre Barrette a reconnu au cours d’un bref entretien avec Le Soleil, mardi, qu’«une superclinique doit, par définition, être ouverte à toute la clientèle non-inscrite». «La superclinique, c’est conventionné, il y a un contrat, la règle, c’est ça, et la superclinique a été avisée», a-t-il dit, ajoutant qu’il allait faire «d’autres vérifications» pour s’assurer que MAclinique Lebourgneuf respecte tous les termes de son contrat. 

Si les supercliniques débordent, c’est la preuve qu’elles «fonctionnent», analyse par ailleurs le ministre de la Santé. Selon lui, MAclinique Lebourgneuf est «victime de son succès».

Le ministre souhaite que d’autres cliniques se transforment en supercliniques à Québec, où on en compte actuellement six (la Cité médicale, la Clinique médicale Saint-Louis, le Centre médical Le Mesnil, MAclinique Lebourgneuf, la Clinique médicale des Promenades et Proactive Santé), mais où quatre services de sans rendez-vous ont fermé leurs portes à la clientèle non-inscrite au cours de la dernière année. 

Pour rappel, les cliniques-réseau doivent faire la preuve qu’elles veulent et peuvent devenir supercliniques, à défaut de quoi elles perdent leur financement. 

Incapables de répondre aux exigences du programme, la Clinique médicale Pierre-Bertrand et le Centre médical de Charlesbourg ont dû fermer leur portion réseau le 1er avril et le 1er novembre respectivement. 

La Clinique médicale Giffard a également dû fermer son sans rendez-vous aux patients non-inscrits après la transformation de la clinique voisine (la Clinique médicale des Promenades) en superclinique, l’automne dernier. 

La population ne peut plus non plus depuis mars consulter au sans rendez-vous du CLSC Haute-Ville si elle n’y a pas un médecin, conséquence de la loi 20, qui oblige les médecins à inscrire plus de patients et à être plus assidus auprès d’eux.

Interrogé à savoir s’il considérait que l’accès aux services de consultation sans rendez-vous s’était amélioré à Québec pour les patients avec ou sans médecin de famille, le ministre s’est dit d’avis que oui. 

- Cet accès n’a pas diminué? 

- Non.

- Avez-vous des chiffres pour le démontrer? 

- Avez-vous des chiffres pour démontrer le contraire?

Le ministre a ensuite ajouté qu’il n’avait «pas d’indications à l’effet qu’il y avait une perte d’accès» à Québec. 

Offre insuffisante

Pour François Paradis, la pression intenable qui pèse sur MAclinique Lebourgneuf et les autres supercliniques est due à «l’intransigeance» du ministre Barrette.

«Dès novembre, on le disait qu’avec la fermeture du sans rendez-vous [aux patients non-inscrits] de la Clinique médicale Pierre-Bertrand, puis de celui du Centre médical de Charlesbourg, les supercliniques ne seraient pas capables d’absorber» le flux de patients, a rappelé François Paradis, ajoutant qu’il y avait encore 52 000 patients sans médecin de famille dans Québec-Nord au 31 décembre.

«Pourquoi ne pas avoir permis au Centre médical de Charlesbourg de poursuivre sa mission réseau jusqu’à ce qu’il puisse trouver de nouveaux médecins pour répondre aux exigences du programme de superclinique? L’intransigeance du ministre, on le voit, ça ne fonctionne pas», estime le député de Lévis.

Selon lui, «on n’a pas le choix de revenir aux cliniques-réseau parce que la demande n’est pas comblée». «Les supercliniques, c’est loin d’être l’accès» promis par le ministre, constate M. Paradis.