Plusieurs civiles, comme cette jeune femme, ont dû quitter leur maison et s'installer dans des refuges.

Réfugiés chrétiens en Irak: «ils ont dû tout abandonner»

«Certains ont quitté leur maison il y a à peu près un mois. Ils ont quitté avec rien, seulement avec les vêtements qu'ils portaient. Ils ont dû tout abandonner. Ils sont traumatisés.»
<p>Une messe aura lieu dimanche à l'église Saint-Sacrement afin de montrer une solidarité avec les victimes. Les fidèles seront invités à arborer la lettre «N» en arabe pour Nazaréen.</p>
Au bout du fil, Regina Lynch, directrice des projets pour l'organisation internationale catholique Aide à l'Église en détresse. Au moment de notre entretien, il était 21h15 dans la localité irakienne de Duhok, au nord de Mossoul, où elle se trouvait avec une petite équipe afin d'évaluer les besoins de la minorité chrétienne fuyant les combattants de l'État islamique (EI). La veille, elle était à Erbil.
«Ils ont peur.» Beaucoup rêvent d'émigration, ne croient plus qu'ils pourront retrouver la quiétude envolée. Ils sont néanmoins nombreux à vouloir rentrer à la maison, reprendre leur boulot, relancer leur entreprise... Mais ils n'iront pas sans protection armée de la communauté internationale, évalue Mme Lynch.
Impossible toutefois de dénombrer avec précision les chrétiens en fuite. Rome avance tout de même une évaluation: peut-être 100 000 catholiques en exil. Des milliers de représentants d'autres minorités religieuses et ethniques suivent les mêmes routes, aboutissent dans les mêmes refuges.
Peu ou pas de décès
Le vrai nombre de déplacés est inconnu, insiste notre interlocutrice. Ils sont dispersés, des centaines sont partis vers d'autres pays, ceux qui ont encore de l'argent ont loué des logements où s'entassent quelques familles, des salles paroissiales et des églises sont aussi bondées, des tentes ont été plantées dans les cours. Il y a cependant peu ou pas de décès, observe Regina Lynch. «La plupart des chrétiens ont quitté avant que les islamistes arrivent.»
Quand les militaires kurdes ont abandonné leurs positions défensives, des civils catholiques ont préféré prendre le large. D'autres ont attendu les ultimatums des combattants de l'EI. À Mossoul, par exemple, où on les aurait sommés de se convertir, ou de payer une taxe spéciale aux islamistes, ou de disparaître. «Il y a très peu de chrétiens qui sont restés.»
La plupart ayant pris la route précipitamment ou ayant été dépouillés de leurs biens, les besoins sont importants, poursuit-elle. «Il faut de tout. De l'eau, de la nourriture, des matelas, des ventilateurs, des plats pour préparer la nourriture.» Et il fait «extrêmement chaud», autour de 43 °C, dit-elle.
Solliciter des dons
Jeudi, l'Église catholique de Québec avait convoqué la presse pour relayer les demandes d'aide des croyants irakiens, pour solliciter des dons. Depuis la ville d'Erbil, Mgr Georges Cassmoussa, auxiliaire patriarcal syriaque catholique et ancien archevêque de Mossoul, a participé à l'activité en conférence vidéo. «Nous passons par une phase très difficile de notre histoire chrétienne en Irak, s'est-il désolé. Il y a là un véritable drame.»
M. Cassmoussa souhaite l'intervention de la communauté internationale afin d'offrir l'asile à ceux qui veulent émigrer. Et de l'argent pour ceux qui veulent rester afin de leur fournir des logis «dignes», de permettre aux jeunes de poursuivre leur éducation.
«Nous nous préparons à une aide à long terme», a fait valoir la directrice d'Aide à l'Église en détresse Canada, Marie-Claude Lalonde. À ses côtés, le directeur canadien de l'Association catholique d'aide à l'Orient, Carl Hêtu. Aussi le directeur adjoint de Développement et paix, Ryan Worms. Les trois organisations ont été mandatées par Rome pour intervenir en Irak. Les trois recueillent les contributions pécuniaires.
Pour les croyants de Québec qui voudraient démontrer leur solidarité, une «messe de communion avec les chrétiens d'Irak» aura lieu dimanche à l'église Saint-Sacrement, à 10h30. Les fidèles seront invités à arborer la lettre «N» en arabe pour Nazaréen, un signe peint par l'EI sur les maisons des catholiques en Irak afin de les identifier.