Le Dr. Stanley Vollant, Ghislain Picard et Konrad Sioui étaient de passage mardi à l'évenement KWE! À la rencontre des peuples autochtones.

Refonte des Affaires autochtones: Picard et Sioui satisfaits, mais prudents

C'est avec satisfaction, mais aussi avec une certaine prudence, que le Chef de l'Assemblée des Premières Nations Québec-Labrador, Ghislain Picard, et le Grand Chef de la Nation huronne-wendat, Konrad Sioui, ont accueilli la refonte du ministère des Affaires autochtones du gouvernement Trudeau.
«C'est peut-être une bonne décision. Tout dépend de la suite des choses», a déclaré Ghislain Picard en marge de la conférence de presse de l'événement «KWE! À la rencontre des peuples autochtones». 
«Je pense que le gouvernement Trudeau fait bien de pousser plus loin ses engagements envers les Premières Nations. Il faut maintenant trouver la meilleure façon d'assurer que les Premières Nations soient associées à la démarche.»
Surprise
Les chefs ont avoué avoir été pris par surprise par la décision de remplacer le ministère des Affaires autochtones par deux ministères: le ministère des Relations Couronne-Autochtones et des Affaires du Nord et le ministère des Services aux Autochtones. 
«C'est une surprise, car l'Assemblée des Premières Nations n'avait pas été mise au courant et nous non plus», a déclaré Konrad Sioui, qui voit la nouvelle d'un oeil positif. «Tant que ça se fait dans le respect de nos traités, de nos droits et de la relation fiduciaire avec le gouvernement.»
Même s'il est lui aussi favorable à la refonte, Ghislain Picard craint toutefois qu'elle vienne créer une lourdeur démocratique. «Déjà que le ministère des Affaires autochtones tardait à livrer. Il faut maintenant s'assurer que le rodage des nouveaux ministères soit rapide.»
Loi sur les Indiens
Quant à l'éventuelle élimination de la Loi sur les Indiens, souhaitée par le premier ministre Trudeau, Ghislain Picard a déclaré que les avis étaient partagés à ce sujet. «Tout le monde s'entend pour dire que cette loi est désuète et qu'elle a été adoptée par une partie seulement alors qu'elle affecte l'autre partie», a-t-il résumé.
M. Picard a d'ailleurs réitéré le qu'il n'a jamais été fermé à rouvrir la Constitution canadienne. «Si Meech et Charlottetown ont frappé un mur, c'est parce que les Premières Nations n'étaient pas au rendez-vous. Aujourd'hui, l'élan est beaucoup plus positif. On a 150 ans à corriger, mais ça prend un partenaire de l'autre côté pour nous écouter», a-t-il commenté, ajoutant que les relations avaient été rehaussées depuis la défaite des conservateurs et l'accession des libéraux au pouvoir.
Un festival autochtone devant l'Assemblée nationale
La Place de l'Assemblée nationale accueillera vendredi, samedi et dimanche l'événement «Kwe! À la rencontre des peuples autochtones», un festival visant à faire découvrir la culture des onze nations autochtones du Québec.
Artisanat, nourriture traditionnelle, contes et légendes, courts métrages et cours de langues seront au programme, ainsi que des spectacles avec des artistes autochtones comme Elisapie Isaac et Barbara Diabo ainsi que Shauit et Natasha Kanapé Fontaine, ces derniers se produisant en compagnie de Loco Locass.
«Ça fait longtemps que c'était en discussion, ça aurait dû être créé il y a dix ans! Montréal a son festival Présence Autochtone, mais il n'y avait rien dans la capitale», a déclaré le Dr Stanley Vollant, l'un des instigateurs de l'activité.
Pour l'instant, «Kwe!» est un événement ponctuel né de l'effervescence autour du 150e anniversaire du Canada, mais M. Vollant avoue qu'il aimerait bien qu'il devienne récurrent. «Mais pour cela, il faudra trouver des partenaires qui seront prêts à nous aider financièrement.» 
Bâtir des ponts
Le Dr Vollant, l'un des 500 médecins autochtones du Canada, voit l'événement comme un symbole de son discours de réconciliation. «Il faut briser les murs et bâtir des ponts!», explique-t-il, ajoutant que de telles rencontres avec les autochtones pourraient faire diminuer le racisme qui subsiste encore envers les Premières Nations.
Le médecin a d'ailleurs avoué avoir été «perturbé» de voir des symboles autochtones utilisés lors de manifestations contre les migrants. «C'est contre les principes mêmes des autochtones, qui ont toujours accueilli les visiteurs à portes ouvertes, à commencer par Jacques Cartier et des milliers d'autres», a-t-il expliqué.
M. Vollant souhaiterait cependant voir le gouvernement se pencher plus sérieusement sur le sort des communautés autochtones. «Il ne faut pas oublier que dans le Nord-du-Québec, il y a des communautés qui vivent dans des conditions dignes du tiers-monde», a-t-il conclu.