On comptait presque 300 000 détenteurs de permis de conduire de 75 ans et plus au Québec en 2014 et le total a atteint 332 184 l'an dernier.

Record d'aînés au volant

Démographie oblige, le nombre de conducteurs âgés de 75 ans et plus au Québec a augmenté de 53 % en 10 ans, selon les données de la Société de l'assurance-automobile du Québec (SAAQ). Leur présence sur les routes de la Belle Province promet d'être encore plus importante alors que les baby-boomers commenceront à atteindre les trois quarts de siècle en 2020.
La population de 75 ans et plus sur les routes du Québec n'a en effet cessé d'augmenter depuis 2007, alors qu'elle se chiffrait à 216 617. La barre des 220 000 a été dépassée l'année suivante, puis celle des 260 000 en 2011. On comptait déjà presque 300 000 détenteurs de permis de conduire de 75 ans et plus au Québec en 2014 et le total a continué d'augmenter pour finalement atteindre 332 184 l'an dernier.
Gino Desrosiers, porte-parole de la SAAQ, ajoute que le nombre de nonagénaires et centenaires sur les routes a également bondi de façon encore plus importante alors qu'on ne comptait que 2789 conducteurs de 90 ans et plus en 2007 contre 8434 en 2016, un bond de plus de 200 %! Le plus vieux conducteur québécois aurait 102 ans.
Examen médical et visuel
Gino Desrosiers rappelle que tous les aînés doivent subir un examen médical et un examen visuel six mois avant leur 75e et leur 80e anniversaire afin de déterminer leur aptitude à conserver leur permis de conduire. De tels examens ont lieu tous les deux ans par la suite et, pour les 90 ans et plus, 99 % subissent ces examens annuellement.
Les examens permettent de vérifier l'état de santé général du conducteur, sa mobilité, notamment l'amplitude des mouvements lorsqu'il tourne la tête, ses fonctions cognitives (comportement, mémoire, attention) ainsi que sa vision de loin et périphérique et la présence de problèmes comme la cataracte, le glaucome ou la dégénérescence maculaire. Parfois, un examen de conduite est imposé pour déterminer le maintien ou non du permis.
Une fois ces examens passés, la SAAQ peut maintenir le permis, le révoquer ou le maintenir avec certaines modifications. 
Peu échouent
Si le nombre de conducteurs âgés dont le permis est suspendu augmente en même temps que leur nombre sur la route, le pourcentage d'entre eux qui perdent ainsi le droit de conduire est plus faible qu'il ne l'était.
En 2007, 697 conducteurs, soit 1,06 % des 75 ans et plus qui ont été évalués cette année-là, ont été visés par une suspension de permis. En 2013, le pourcentage passait à 0,75 %, à 0,69 % en 2014 et 0,64 % en 2015 avant de connaître un léger soubresaut l'an dernier à 0,73 % (1019 conducteurs de 75 ans et plus visés par une suspension de permis).
En 2016, ce sont donc 95,69 % des 75 ans et plus qui ont conservé leur permis de conduire après évaluation, 43 % sans modification et 53 % avec des modifications, notamment éviter de conduire le soir ou porter des lunettes pour conduire.
Gino Desrosiers indique qu'il arrive aussi qu'on place des conditions comme l'interdiction de conduire sur les autoroutes ou à plus de 10 km de chez eux sur le permis de conduire de certains aînés. «Souvent, ça permettra à quelqu'un de prendre sa voiture pour aller à la messe ou à l'épicerie. Cette personne pourra ainsi rester active sans s'aventurer trop loin.»
Quant aux conducteurs âgés qui choisissent eux-mêmes de renoncer à leur permis de conduire, leur nombre est passé de 3767 personnes en 2008 à 4992 l'année dernière.
Plus vieux, mais pas plus dangereux
La hausse du nombre de septuagénaires, octogénaires, nonagénaires et centenaires sur les routes du Québec est loin de représenter un danger, selon deux experts qui ne s'inquiètent pas outre mesure de la situation.
«Ce qu'il ne faut pas faire, c'est dire qu'on fait face à un danger imminent parce qu'il y a plus de personnes de 75 ans et plus sur les routes. Le cellulaire et les textos au volant représentent un bien plus grand danger et il faudra aussi surveiller l'impact de la consommation de cannabis avec la légalisation. Dans ces deux cas, ça ne touche pas les personnes âgées en priorité», explique le professeur Sylvain Gagnon, qui a mené plusieurs recherches au Laboratoire du vieillissement cognitif et de conduite automobile de l'Université d'Ottawa.
«Il ne faut pas faire l'erreur d'associer l'âge à la capacité de conduire. Les personnes âgées de 75 ans et plus en 2017 sont plus alertes et plus éduquées que celles de 1977. Il y a bien sûr un sous-groupe qui ne devrait peut-être plus conduire en raison de déclin physique ou cognitif, mais ce n'est vraiment pas le lot de la moyenne des 75 ans et plus», poursuit-il.
Pas plus d'accidents
D'ailleurs, une étude du ministère des Transports de l'Ontario démontre qu'il n'y a pas de réelle différence quant au nombre d'accidents de la route entre les 60 à 75 ans et les 70 à 75 ans.
«Nous avons également suivi pour une étude 900 personnes de 73 ans et plus à travers le Canada pendant sept ans et nous avons noté que 2,3 % des individus ont eu un accident, ce qui est comparable aux âges inférieurs et mieux que le taux de 5 % observé chez les 16 à 25 ans», souligne le chercheur.
Pour cette raison, plusieurs pays, comme la Nouvelle-Zélande et certaines provinces australiennes, qui imposaient systématiquement un coûteux examen sur route aux personnes âgées ont abandonné la mesure en constatant qu'elle n'avait aucun impact sur les risques d'accident.
Bonne nouvelle
M. Gagnon estime même que la présence accrue des 75 ans et plus sur nos routes est une bonne nouvelle. «Ça démontre que nous aînés sont plus en forme qu'il y a 25 ou 30 ans. Leur enlever leur permis de conduire amène souvent une hausse de la dépression, un phénomène que nous avons observé, car c'est un élément central de leur vie.»
Martin Lavallière, professeur de kinésiologie à l'Université du Québec à Chicoutimi, abonde dans le même sens. «Un aîné qui a un permis de conduire peut rester dans sa maison, continuer à travailler, faire du bénévolat, être actif. Ça diminue certains coûts de société», indique-t-il, ajoutant qu'il ne faut pas cibler seulement les conducteurs âgés.
«Oui, ces personnes conduisent souvent moins vite, elles prennent plus de temps, mais c'est une façon pour certaines de se donner plus de chances, de dégager une meilleure marge de manoeuvre. Au fond, ce sont peut-être les autres conducteurs qui vont un peu trop vite!» conclut-il.