L’archevêque de Rimouski a déposé deux décrets pour empêcher les marguilliers de vendre les cinq églises de la paroisse pour financer la réfection de la cathédrale, fermée depuis 2014. Pour l’un des membres du conseil de fabrique, il s’agit d’une forme d’intimidation.

Rebondissement dans le dossier de la cathédrale de Rimouski

RIMOUSKI — Devant l’impasse entourant le sort de la cathédrale de Rimouski, qui a donné lieu à de multiples conflits depuis sa fermeture en novembre 2014, l’archevêque de Rimouski tranche en scindant la paroisse en deux. Par cette décision, Mgr Denis Grondin empêche les marguilliers de vendre les cinq églises de la paroisse pour financer la réfection de la cathédrale. Pour l’un des membres du conseil de fabrique, il s’agit d’une forme d’intimidation.

L’archevêque annonce deux décrets. La paroisse Saint-Germain est aujourd’hui confinée uniquement à la cathédrale, au presbytère et aux terrains qui leur sont adjacents. Puisque personne n’habite ce territoire, «la paroisse Saint-Germain devient une paroisse sans paroissien, sans prêtre et sans lieu de culte». Cependant, les Rimouskois qui voudront faire partie de cette paroisse pourront s’inscrire à un registre. «Ils doivent s’engager à payer la capitation et faire un don à la mesure de leurs moyens pour la restauration de la cathédrale, précise toutefois le chancelier diocésain, Yves-Marie Melançon. On est optimistes, on a prévu 900 noms!»

L’autre décret consiste en l’érection d’une nouvelle paroisse nommée Bienheureuse-Élisabeth-Turgeon, qui englobe les cinq églises de Rimouski qui étaient sous la gouverne de l’ancien conseil de fabrique. «La création d’une nouvelle paroisse, c’est rare, ça fait choc, admet l’archevêque. On veut sauvegarder la cathédrale, mais pas aux dépens des autres églises.»

Pas une volte-face

Mgr Grondin précise qu’il ne fait pas volte-face par rapport à la vocation qu’il souhaite pour la cathédrale. Il continue d’espérer qu’elle devienne un lieu multifonctionnel, en n’excluant pas le culte. «Un lieu de rencontres, d’expositions, un lieu plus ouvert, aspire le prélat. On reste ouverts aux projets.»


« La création d’une nouvelle paroisse, c’est rare, ça fait choc. On veut sauvegarder la cathédrale, mais pas aux dépens des autres églises »
Mgr Denis Grondin, archevêque de Rimouski

Si un projet était retenu, la cathédrale devra être désacralisée. «Certains voient dans la désacralisation une profanation», déplore Mgr Grondin. «C’est pas ça!» Mgr Grondin invite aussi la Ville de Rimouski à s’impliquer dans l’avenir de la cathédrale. «Ils se disent intéressés, comme nous, indique-t-il. Ils doivent nous donner leur vision!»

L’un des membres du conseil de la fabrique Saint-Germain estime que le geste de l’archevêque découle d’«un usage abusif d’un système de lois périmées». «On se croirait quasiment dans le temps de l’inquisition, dénonce Jacques Landry. Ce n’est plus juste un bonhomme qui peut décider pour tout le monde! Les marguilliers ont été élus démocratiquement. Il ne reste plus de pouvoir au conseil de fabrique. Toutes les décisions reviennent à l’archevêché.»

Mgr Denis Grondin (à gauche) invite les Rimouskois qui voudraient faire partie de la paroisse Saint-Germain de Rimouski à s’inscrire au registre que tient le chancelier Yves-Marie Melançon.

«Système autocratique»

«C’est un système autocratique», continue celui qui est aussi président du Regroupement diocésain pour la sauvegarde de la cathédrale. «Ils ont toujours contrôlé les conseillers de la fabrique toute leur vie. Ce sont des esprits dictatoriaux! Ils ont oublié d’évoluer. Ils se tirent dans le pied. Il reste juste à savoir quand ils vont monter un bûcher et nous amener dessus! Ils ont le droit de vie ou de mort sur les paroissiens!» «Avec tout ce que M. Landry dit, on pourrait le poursuivre en diffamation, proteste le chancelier. On ne le fera pas parce qu’on est en église.»