Raymond Bernier, candidat dans Beauport–Côte-de-Beaupré–Île d’Orléans–Charlevoix, termine sa 12e campagne électorale en carrière, mais une première sur la scène fédérale.

Raymond Bernier: la politique dans les veines

Raymond Bernier est un vrai politicien, jusqu’à l’os. Après avoir été conseiller municipal et député provincial, le voilà qui brigue un premier mandat au fédéral. Comme indépendant en plus! Il ne peut pas s’en passer. Rencontrez celui pour qui la politique n’a plus de secret.

«J’ai commencé en étant élu marguillier de la paroisse Saint-Malo, au centre-ville de Québec, où j’ai grandi. À 21 ans, j’étais le plus jeune marguillier au Québec! J’administrais les biens de la fabrique et du bingo. Dans le temps, le bingo, ça marchait fort! On avait 500 à 600 personnes par soir, sur trois étages, avec une vingtaine d’employés. L’année suivante, mon père a aussi été élu marguillier et on a siégé un an ensemble. Mais j’ai été élu avant lui», précise avec fierté ce fils d’un ingénieur de locomotive du Canadien National et d’une organisatrice des loisirs de la paroisse Saint-Malo.

Parlez-lui de politique et ses yeux s’illuminent. Le candidat dans Beauport–Côte-de-Beaupré–Île d’Orléans–Charlevoix termine sa 12e campagne électorale en carrière, mais une première sur la scène fédérale. Il en a gagné, en a perdu. Le Parti libéral du Canada (PLC) a même refusé sa candidature pour la présente élection, lui qui a dans le passé remporté trois élections sous la bannière libérale provinciale, en 2003, en 2008 et en 2014. Et qui avait amassé 15 000 $ et plusieurs nouveaux membres pour l’association de circonscription fédérale depuis janvier.

Mais pas question de s’avouer vaincu devant cette décision du mystérieux comité Feu vert, qui sélectionnait les candidats du PLC. Même s’il aura bientôt 67 ans et aurait bien pu rentrer à la maison avec la belle Carole, sa douce moitié depuis 50 ans.

«C’est-tu mon âge? C’est-tu mes cheveux blancs? C’est-tu le fait que je ne sois pas une femme? C’est-tu parce que j’ai trop d’opinions et que j’ai toujours dit ce que j’avais à dire?» énumère M. Bernier, sur les raisons qui ont poussé le PLC à l’écarter.

«Je pense qu’il y a de l’âgisme là-dedans, croit-il. Les gens reconnus pour leur expérience et leur façon de travailler, ça dérange. Les partis politiques sont de plus en plus concentrés autour du chef, ce qui va à l’encontre même de ce qu’est une formation politique. Mais ils aiment avoir des candidats avec peu d’expérience pour pouvoir les diriger.»

Propositions franches

Ses positions franches pour la lutte à l’évasion fiscale et en faveur de la construction d’un troisième lien routier sous-fluvial à l’est de Québec peuvent lui avoir coûté cher dans les officines libérales, calcule-t-il aussi.

«Me présenter comme indépendant n’était pas mon plan A, admet-il. Mais en voyant le programme [libéral], je pense que je me serais donné un feu rouge!» lance-t-il, autre référence au comité Feu vert du PLC.

«Le fait de ne pas être attaché à un parti politique, tu n’as pas à livrer des lignes de parti avec lesquelles tu n’es pas nécessairement d’accord. T’imagines-tu qu’ils ont appelé leurs candidats pour les consulter sur les lignes de partis? De toute façon, s’ils m’avaient consulté au niveau des finances publiques, je n’aurais certainement pas accepté des déficits aussi énormes! Comme c’est là, avec les libéraux, on s’en va vers 800 milliards $ de dettes. Et les conservateurs ne sont pas mieux : ils ont hérité des surplus de Paul Martin, en 2006, mais en 2009-2010, ils ont fait un déficit historique 56 milliards $.»

La faute à l’école

Résident de Saint-Augustin-de-Desmaures depuis une quarantaine d’années, c’est dans cette banlieue ouest de Québec que sa véritable carrière de politicien a pris son envol. D’abord dans un dossier de construction d’école que fréquentaient ses filles, aujourd’hui âgées de 30 et 37 ans.

De réunion en comité, il s’est ensuite présenté comme conseiller municipal. La première fois à titre d’indépendant, comme il l’est redevenu une carrière plus tard. Il fera deux mandats comme conseiller à Saint-Aug, en plus de se présenter aux élections provinciales dans la circonscription locale de La Peltrie, en 1994, pour les libéraux de Daniel Johnson. Il a fini deuxième.

Neuf ans plus tard, il tente de nouveau sa chance aux élections québécoises de 2003, encore pour les libéraux, cette fois sous Jean Charest. Et plus à l’est, dans le comté de Montmorency, où sa famille a toujours eu un chalet à Château-Richer. Il y sera élu trois fois de façon non consécutive, un record.

«J’ai toujours été élu, jamais été réélu», résume-t-il, à propos de sa carrière de député provincial. «Perdre, c’est difficile. C’est un deuil», reconnaît M. Bernier, se disant à la fois persévérant et entêté.

Ses chances de gagner comme indépendant sont faibles, il le sait. «Mais la différence avec tous ceux qui se présentent [dans mon comté] en ce moment, leurs réalisations sont zéro. Ils n’ont rien réalisé», tranche-t-il, n’hésitant pas à inclure dans le lot la députée sortante conservatrice Sylvie Boucher, ex-bénévole pour lui lors d’élections provinciales.

«Faire de la politique, ce n’est pas juste d’aller faire les Chevaliers de Colomb, les soirées de l’âge d’or et les centres culturels. C’est une chose et j’en ai fait jusqu’à 350 par année. Mais il faut aussi livrer. Allez sur la Côte-de-Beaupré, allez à l’île d’Orléans, des projets, j’en ai réalisé! Rencontrez les maires, il n’y en a pas un qui peut dire que je n’ai rien réalisé chez lui. C’est ça, être député. Ce n’est pas d’attendre que les gens viennent demander ton aide, c’est de prendre les programmes et de les utiliser pour tes citoyens. C’est d’être proactif», insiste-t-il.

Jamais ministre

Métier qu’il a occupé durant plus de 12 ans à l’Assemblée nationale, mais sans jamais être promu au rang de ministre. Un rôle de simple député dans lequel s’est toujours plu.

«Ce n’est pas parce que tu es membre d’une formation politique que tu es obligé d’accepter les âneries et les conneries qui se disent! Je n’ai jamais accepté ça et ça m’a peut-être fermé des portes au cours de ma carrière. De toute façon, les nominations se font toujours derrière les portes closes», laisse tomber, sourire en coin, celui qui a également été chef de cabinet de la ministre aux Relations internationales Monique Gagnon-Tremblay , en 2007 et 2008.

«Il y a aussi beaucoup de critères lors de la formation d’un cabinet des ministres : la répartition hommes-femmes, en fonction des régions, de l’âge. Peut-être que je ne rentrais jamais dans le moule, je n’avais pas assez de petits crochets à côté de mon nom. Mais ça ne m’a jamais empêché de faire carrière et d’être heureux comme député. Et maintenant, c’est ce que je souhaite redevenir, député.»

Quant à un éventuel retour au sein d’un grand parti, il ne dit pas non. Ni aux libéraux ni aux conservateurs. Le départ de Justin Trudeau pourrait le ramener au PLC... ou ailleurs. «Je ne peux pas dire que je n’ai pas une vision libérale, mais de plus en plus les libéraux et les conservateurs se ressemblent. En politique, il ne faut jamais se fermer de portes. Il faut se garder des portes ouvertes et évoluer là-dedans», conclut un homme rempli de sagesse et de toujours autant d’enthousiasme pour la politique.