Rassemblement contre la discrimination raciale à Québec [PHOTOS et VIDÉOS]

Il y avait une foule de monde devant l’Assemblée nationale dimanche. Pancartes à la main, masques au visage, tous ont scandé haut et fort leurs slogans. «Assez c’est assez! Black Lives Matter!» 

Les participants ont chanté et dansé au son de la musique, le poing en l’air. La communauté noire de Québec a mené la manifestation et l’ambiance était à la fête, avec l’ultime objectif de se faire entendre. 

«On la voit notre couleur, et elle est magnifique. Nous n’allons pas être silencieux!»

Des milliers de personnes étaient rassemblées pour manifester contre la brutalité policière et la discrimination raciale. Ils ont commémoré la mort de George Floyd, et de tous ceux qui comme lui ont perdu la vie aux mains des policiers.

Une chose a été mise au clair : oui, il y a du racisme systémique au Québec.

Celui qui avait insinué le contraire en conférence de presse est le premier ministre François Legault, qui a brillé par son absence. Les manifestants lui ont lancé des flèches à plusieurs reprises pour lui faire comprendre qu’il avait eu tort, qu’il s’était mal exprimé. 

«Oser affirmer qu’à Québec il n’y a pas de racisme systémique? Quelle confrontation! On ne peut pas affirmer ça sans prendre la voix de ceux qui vivent des discriminations au quotidien. Dans sa position d’homme aisé, il n’en voit pas. Mais il est palpable», a laissé savoir Plaquie Zion lors de sa prise de parole, elle est entre autres coiffeuse pour la communauté noire.

Elle et d’autres personnalités noires de la ville de Québec ont adressé un discours à la foule. Le rappeur Webster n’a pas mâché ses mots.

«Quand François Legault n’est pas capable de nommer le racisme systémique, on comprend qu’on n’est pas une priorité. Qu’il préfère ménager ses intérêts électoralistes versus nos propres vies», a-t-il crié.

Parmi les allocutions, il y a eu celle d’Axel Mbongo, victime de profilage racial par la police de Québec. Il avait raconté son histoire dans les pages du Soleil en décembre dernier.

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Pancartes à la main, masque au visage, les manifestants ont scandé «Black Lives Matter» haut et fort.

Manifestation pacifique

Le rassemblement s’est bien déroulé, le Service de police de la Ville de Québec (SPVQ) ne rapporte aucun événement majeur et salue la bonne communication avec les organisateurs. La police de Québec n’a toutefois pas manqué d’être ciblée dans les discours.

«Il n’y a pas de racisme à Québec, bien non. Nos policiers peuvent avoir un biais raciste parce qu’on le fucking sait! On le vit, on le sent, on le voit. [...] À son directeur M. Pigeon [Robert Pigeon, chef du SPVQ] on demande à la ville de Québec d’ouvrir une commission demandant une enquête indépendante sur le profilage racial à Québec. On demande au SPVQ d’accélérer le recrutement d’agents racisés, vous avez déjà vu des policiers noirs ici? On est en 2020!», a exprimé le rappeur de Québec, Webster.

Il a aussi fait remarquer que les agents n’ont pas participé au rassemblement. Le rappeur a fait appel au changement, qu’il fallait en faire plus, plus qu’une manifestation, plus que des publications sur les réseaux sociaux.

«Le seul but de tout le monde c’est de réussir. Jamais je n’aurais pensé que la couleur de ma peau pouvait nuire à ma réussite. Le racisme a fait en sorte que je voulais me faire respecter [...] On est capable de vivre ensemble, il est temps du changement. [...] Pour la police au Québec en entier, il y a un examen de conscience qui doit être fait», a dit pour sa part l’ancien boxeur professionnel, Eric Martel-Bahoeli.

Laurent Francis Grand Duche, chercheur de l’Université Laval, a aussi adressé quelques mots. Il représentait les membres de la communauté noire LGBTQ+. 

Le discours d’un duo afroautochtone a aussi suscité beaucoup d’émotion dans la foule, Aïcha Bastien N’Diaye et son frère Joseph Sarenhes ont rendu hommage à leur communauté Huronne-Wendat.

«J’ai une boule de feu dans le ventre. La première des choses qu’il faut faire, c’est de se conscientiser soi-même. Ça demande beaucoup d’humilité, il faut accepter qu’on ait beaucoup à apprendre.»

Même si des participants de tous les âges étaient présents dimanche, la majorité d’entre eux étaient de jeunes adultes. Ceux qui ont pris la parole n’ont pas manqué de saluer leur ardeur et leur motivation à changer les choses. Marjorie Laclotte-Shehyn et Carelove Doreus ont assuré le déroulement de la manifestation. 

«Nos parents se sont vus rejetés à cause de leur origine, de leur nom, de leur couleur de peau. Cette souffrance, nous la voyons tous les jours en tant qu’enfants d’immigrants. Nous sommes fatiguées de les voir cacher leur culture et leurs origines afin qu’on assimile mieux dans une société qui ne semble pas accepter nos différences. Ils sont eux aussi vos travailleurs essentiels, vos pairs, vos amis, ils servent notre nation avec fierté et courage.»

La manifestation a commencé vers 11h pour se terminer peu après 13h30.