Le mariage d'Yves et de Sylvain ne souligne pas uniquement leurs 23 années de vie commune. Elle marque 15 ans de Fête Arc-en-ciel et de mariage entre personnes de même sexe.

Quinze ans d’Arc-en-ciel à Québec [PHOTOS]

Samedi, à 16h, à la place d’Youville de Québec, Yves et Sylvain ont célébré leur «alliance sous l’arc-en-ciel» devant une foule agglomérée pour l’événement. Mais cette union ne souligne pas uniquement leurs 23 années de vie commune. Elle marque 15 ans de Fête Arc-en-ciel et de mariage entre personnes de même sexe.

Pour les 15 ans du Projet de loi C-38, et ceux de la Fête Arc-en-ciel de Québec, l’Alliance Arc-en-ciel a lancé un concours : un mariage célébré en plein coeur des festivités à la place d’Youville.

Entre True Colors de Cindy Lauper et la chanson Somewhere over the Rainbow, la musique était aussi là pour rappeler les couleurs de l’arc-en-ciel qui teintent le drapeau de la Fierté. «On s’est battu dans les rues pour se faire entendre», a fait valoir Sylvain dans ses voeux de mariage. 

«Je souhaite l’inclusion et l’amour», a lancé, émue, la directrice de l’Alliance Arc-en-ciel, Julie Dubois, rappelant que seulement «le quart des Canadiens et 62 % des Québécois approuvent le mariage entre conjoints de même sexe». 

«Changer» le visage de Québec

Pour Jade Pelletier, responsable des communications et du marketing de l’Alliance Arc-en-ciel de Québec, l’événement se différencie de la Fierté à Montréal notamment par les activités de sensibilisation, d’éducation et les conférences qui garnissent la programmation, largement bonifiée pour les 15 ans du festival. 

La célébration était ainsi précédée d’une conférence de Martin Cauchon, ancien ministre de la Justice du Canada, ayant participé à la reconnaissance du mariage entre personnes de même sexe.

Vendredi, près de 5000 personnes étaient réunies à la scène TD de la place d’Youville.  «C’est déjà un record pour les spectacles du vendredi, signale Jade Pelletier. Il y a de plus en plus de festivaliers. On a même une délégation manitobaine cette année.» 

Marche de la solidarité, journée communautaire, journée familiale : la Fête s’adresse non seulement à la communauté LGBTQ2+, mais aussi à tous ses alliés, rappelle l’organisation. «L’objectif est de rallier tout le monde à la cause.»

Depuis 2004, l’événement a permis de «changer» le visage de la Capitale-Nationale, selon elle. «On constate que plusieurs projets naissent ici et là.» Elle cite l’exemple de nombreuses écoles du Québec qui proposent des toilettes non genrées. 

Malgré ces avancées, la partie est encore loin d’être gagnée pour la communauté LGBTQ2+. 

Combattre l’hétéronormativité

Plus tôt cette semaine, l’essai Hétéro, l’école? Plaidoyer pour une éducation antioppressive à la sexualité faisait son entrée dans les librairies de la province. L’autrice et sociologue du genre, Gabrielle Richard, qui signe l’analyse, constate que l’école québécoise continue de faire de l’hétéronormativité une convention, dans ses manuels, ses programmes et ses méthodes d’enseignement. 

Il devient ainsi difficile d’affirmer son orientation sexuelle ou son identité de genre lorsque l’enseignement apprend aux élèves que les individus appartiennent à un des deux genres distincts, l’homme et la femme.

La mission de l’Alliance Arc-en-ciel est d’abord la défense des droits des personnes LGBTQ2+. «Nous voulons véhiculer une image positive de la diversité, démocratiser les réalités de la communauté, créer un environnement sécuritaire pour la communauté et normaliser la communauté», explique Jade Pelletier. 

L’organisation estime que c’est l’éducation dès la petite enfance qui normalisera la diversité sexuelle et la pluralité des genres. «Il y a beaucoup de travail à faire au niveau de la communauté trans pour favoriser leur inclusion, poursuit Jade Pelletier. Il faut faciliter les démarches de changement auprès de l’État. Le revenu moyen des personnes trans est encore de 15 000 $ par année.»

L’Alliance s’implique dans les régions, milite auprès des instances gouvernementales, mais demeure un organisme communautaire. «Nous n’avons pas les moyens de tout faire», laisse tomber Jade Pelletier. En tout, trois personnes travaillent pour l’Alliance, dont une seule à temps plein.