Une soignante britannique est vaccinée. 
Une soignante britannique est vaccinée. 

Qui devrait avoir le vaccin en premier: les plus vulnérables ou les plus exposés?

Melissa Couto Zuber
La Presse Canadienne
TORONTO - Les premiers lots de vaccins contre la COVID-19 devraient arriver au pays au cours des prochaines semaines, et bien des Canadiens se demandent à quel niveau ils se situent dans l’échelle de priorité de la campagne de vaccination.

Quelles catégories de la population recevront les premières doses, une fois que le Canada aura approuvé leur utilisation, et combien de temps faudra-t-il avant que la plupart d’entre nous soient vaccinés et que nous puissions atteindre le stade d’immunité collective?

Le Comité consultatif national de l’immunisation (CCNI) a déjà recommandé que les premières doses soient administrées aux résidents et au personnel des centres de soins de longue durée, aux adultes de 70 ans et plus (en commençant par ceux de 80 ans et plus), aux travailleurs de la santé de première ligne et aux adultes dans les communautés autochtones. Mais les experts ne s’entendent pas sur la question de savoir s’il s’agit vraiment de la meilleure stratégie de déploiement de la campagne de vaccination.

Le docteur Ross Upshur, de l’École de santé publique de l’Université de Toronto, est d’accord avec les recommandations du CCNI, mais estime qu’il faut aussi considérer l’importance de vacciner en premier les personnes les plus susceptibles de propager le virus, notamment celles ayant des emplois dans l’espace public et qui ne peuvent pas travailler à domicile.

«Il y a un débat assez vigoureux et (...) un ensemble assez varié d’arguments sur la liste des priorités et sur qui devrait passer en premier», affirme le docteur Upshur. «Et c’est parce que les gens ont des intuitions très profondes et différentes sur ce que signifie l’équité et sur les valeurs fondamentales qui devraient guider la distribution de ressources rares.»

Le docteur Upshur explique que la priorisation, qui sera déterminée par chaque province et territoire, dépendra de l’objectif de la stratégie de vaccination.

Si l’objectif principal est d’assurer la reprise économique en limitant la propagation de la communauté, les travailleurs essentiels pourraient être vaccinés en premier, dit-il.

Mais si l’objectif est de limiter les décès en empêchant les populations les plus vulnérables de contracter la COVID-19, les personnes âgées, en particulier celles qui vivent dans les centres de soins de longue durée, devraient passer en premier.

«Chacun de ces objectifs conduit à favoriser un type de population différent», indique-t-il. «L’établissement des priorités est donc une tâche complexe. Mais comme il y aura un nombre limité de doses disponibles, des choix devront être faits bientôt.»

Le premier ministre Justin Trudeau a annoncé lundi que jusqu’à 249 000 doses du vaccin conçu par Pfizer arriveront sur le territoire canadien d’ici la fin de décembre; les premières doses sont attendues la semaine prochaine.

Le Canada, qui évalue actuellement plusieurs candidats vaccins, a acheté 20 millions de doses du vaccin de Pfizer, qui doit être administré en deux doses. Il devrait recevoir quatre millions de doses de ce vaccin - suffisamment pour inoculer deux millions de personnes - d’ici le mois de mars.

La vaccination prendra beaucoup de temps

Kelly Grindrod, chercheuse et professeure agrégée à l’École de pharmacie de l’Université de Waterloo, souligne pour certains, le concept de priorisation des catégories de personnes à vacciner peut être difficile à saisir.

Mme Grindrod est d’accord avec les recommandations du CCNI sur la distribution de la première série de vaccins, mais croit que le déploiement des étapes ultérieures sera moins évident.

Certaines personnes peuvent estimer qu’elles font partie d’un groupe à risque plus élevé et qu’elles devraient donc recevoir le vaccin avant d’autres, dit-elle, et il pourrait alors devenir difficile de déterminer, par exemple, si une personne asthmatique de 50 ans qui travaille à domicile devrait être vaccinée avant un chauffeur de taxi.

«Ce que je dis toujours, c’est : si vous ne connaissez personne qui a contracté le virus, vous serez probablement l’un des derniers à recevoir le vaccin», illustre Mme Grindrod. «Cela peut signifier que vous avez un revenu de classe moyenne et que vous ne travaillez pas dans une usine ou dans une épicerie.»

«Si vous pensez que la COVID est quelque chose qui ne fait pas vraiment partie de votre monde, c’est probablement un signe que vous êtes à faible risque d’attraper le virus.»

Mme Grindrod souligne qu’il est important de se rappeler que la vaccination de la majorité des Canadiens prendra beaucoup de temps.


« Ce que je dis toujours, c’est : si vous ne connaissez personne qui a contracté le virus, vous serez probablement l’un des derniers à recevoir le vaccin »
Kelly Grindrod, chercheuse et professeure agrégée à l’École de pharmacie de l’Université de Waterloo

La première étape à elle seule pourrait prendre des mois, estime-t-elle : le Canada sera en mesure de vacciner environ trois millions de personnes, sur un total de 38 millions d’habitants, au premier trimestre de 2021.

«Si nous sommes tous vaccinés à Noël prochain, nous aurons fait un excellent travail.»

Le docteur Upshur convient que l’atteinte de l’immunité collective prendra du temps, mais le fait d’avoir plusieurs candidats vaccins ayant rapporté des taux d’efficacité élevés devrait accélérer ce processus - en théorie, du moins.

«Aussi excitant que cela puisse être d’avoir ces études qui montrent de très bons résultats, il reste encore beaucoup de questions», a-t-il déclaré. «Il reste encore beaucoup à faire avant de pouvoir être sûrs que ces vaccins atteindront les objectifs que nous espérons.»