Blanche Garneau est disparue le 22 juillet 1920.

Qui a tué Blanche Garneau?

Le corps de Blanche Garneau, 21 ans, a été retrouvé au Parc Victoria le 28 juillet 1920, il y aura 100 ans l’an prochain. Les derniers acteurs et témoins qui auraient pu éclairer le mystère sont aujourd’hui disparus. À moins que surgisse une confession quelque part dans des archives familiales, on ne saura jamais la vérité sur ce qui fut une des plus retentissantes histoires des annales judiciaires de Québec.

Une explosive théorie du complot voulait que les auteurs du viol et du meurtre aient été des fils de députés que les autorités politiques et judiciaires ont voulu protéger.

Cette thèse fut répercutée par des journaux, publications et œuvres de fiction qui n’ont rien à envier aux «fake news» et réseaux sociaux d’aujourd’hui. Cette thèse courait encore dans les années 70.

Le journal montréalais ultramontain (religieux) Le Franc Parleur avait à l’époque distribué un pamphlet vitriolique dans la basse-ville de Québec intitulé «La non vengée».

On y évoquait un «Club des Vampires» fréquenté par de jeunes hommes de la haute qui y attiraient des jeunes femmes pour en abuser.

L’histoire était invraisemblable, mais a longtemps nourri la perception d’un cover up politique et d’une justice à deux vitesse. Une pour les élites de la haute-ville et une autre pour les classes ouvrières et miséreuses de la basse-ville résignées à leur sort, en bon catholiques.

Ces disparités sociales ne sont cependant pas la seule explication à la résonance de cette histoire.

Des avocats et politiciens ont utilisé l’affaire Garneau à des fins partisanes.

Pour un, l’avocat nationaliste Armand Lavergne, ennemi acharné du premier ministre Louis-Alexandre Taschereau, ne se privait pas de colporter les rumeurs de corruption sur son adversaire.

Me Lavergne représentait alors un bûcheron qui fut accusé du meurtre de Blanche Garneau et avait intérêt à détourner l’attention vers d’autres suspects.

Il a aussi représenté l’éditeur de The Axe, un torchon publié à Montréal qui avait mis en cause deux députés libéraux.

Excédé, Taschereau fit voter une loi pour alourdir la peine de prison de l’éditeur et déclencha une Commission royale d’enquête qui blanchira tout le monde. Cette réaction intempestive ajoutera aux rumeurs.

Déjà que le double statut de Taschereau comme premier ministre et procureur général de la province ouvrait la porte aux spéculations.

Une telle proximité du politique et du judiciaire nous paraîtrait impensable aujourd’hui. Sauf une fois au chalet, dans l’affaire SNC-Lavallin.

Lorsqu’il a quitté la vie publique dans les années 70, le vénérable député Maurice Bellemare, alors doyen de l’Assemblée Nationale, mettra en garde les jeunes qui veulent se lancer en politique : «Éloignez-vous des femmes! Qu’on se souvienne de l’Affaire Blanche Garneau».

L’auteur Réal Bertrand rapporte la déclaration dans son ouvrage documentaire Qui a tué Blanche Garneau?

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VIE RANGÉE

Le jour de sa disparition, le jeudi 22 juillet 1920, Blanche Garneau, quitte son travail dans une boutique de thé de la rue Saint-Vallier.

Une amie, Edesse May Boucher, qui travaille dans une boutique voisine, rue Saint-Joseph, vient la rejoindre après son quart de travail à 18h. Elle trouvera à Blanche un air triste ce jour-là.

Les amies marchent un moment ensemble, puis Blanche poursuit seule vers le parc Victoria qu’elle doit traverser pour rentrer chez elle, rue François 1er, dans la paroisse Stadacona à Limoilou.

La police n’a pas encore ses quartiers au parc Victoria à cette époque et on y rapportait souvent des rôdeurs. Des citoyens y avaient récemment poursuivi un jeune homme qui menaçait une autre fille de Stadacona, mais le fuyard leur avait échappé.

Blanche Garneau menait une vie ordonnée et vivait chez ses parents adoptifs. Elle n’avait pas de prétendant connu. On lui prêtait l’intention de vouloir entrer chez les Soeurs servantes du Saint-Coeur de Marie. Elle travaillait pour payer la dot pour les trois ans du postulat et du noviciat, soit 200 $ à l’entrée et 10 $ par mois. Une somme considérable pour l’époque, constate Réal Bertrand.

Blanche avait été courtisée deux ans plus tôt par un garçon de Lévis mais ne l’avait plus revu ensuite. Peu de temps avant le meurtre, elle en avait connu un autre lors d’un pique-nique de la chorale paroissiale à Beaupré. Martin Griffin, un boiteux, qu’elle avait trouvé gentil. Ils avaient pris des photos ensemble et devaient se revoir. Blanche avait par la suite repoussé ses approches. Un tel refus aurait pu constituer un motif de vengeance, mais la police ne l’a jamais interrogé à cet effet.

Edesse dira avoir reconnu M. Griffin sur le siège du passager d’une voiture qui est passé près des marcheuses le soir de la disparition. Elle remarque que Blanche s’est alors détournée pour éviter les regards.


Le parc Victoria en 1941.

Un «garde-moteur» de la compagnie Québec Railway, Joseph Plamondon, témoignera qu’il roulait ce soir-là dans son tramway sur la voie du Parc Victoria lorsqu’il a aperçu deux hommes qui bavardaient avec une jeune femme sur les rails devant lui.

Le plus grand portait un chapeau mou, le plus petit une casquette. La femme avait un petit paquet sous le bras.

Des témoins diront avoir plus tard entendu des cris, mais le gardien du parc n’a rien remarqué. Il dira cependant avoir vu un inconnu vêtu en foncé qui marchait derrière, à 80 pieds de Blanche.

Un témoin qui passe par le parc vers 22h45 dira avoir vu des arbres qui «grouillaient un peu».

Il note alors la présence d’un groupe de jeunes, mais, mal à l’aise, il fuit les lieux. Ce n’est que quelques jours plus tard, à la lecture des journaux, qu’il fera le lien.

Le lendemain de la disparition de Blanche, le conducteur de tramway Gaudiose Cinq-Mars, dira avoir vu deux jeunes hommes «excités» et peut-être ivres monter dans le tram près du parc Victoria. L’un parlait mal le français et l’autre seulement l’anglais. Ils n’avaient pas de titres de transport valides, ce qui a provoqué un débat.

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LES TÉMOIGNAGES S'EMBROUILLENT

«Ils m’avaient l’air tellement étranges que j’en ai fait la remarque aux autres passagers qui étaient en arrière du char», racontera Cinq-Mars. Les deux hommes étaient-ils revenus se débarrasser du corps?

Les histoires et témoignages s’embrouillent ainsi dans toutes sortes de direction, multipliant le nombre de suspects. La réalité est qu’à cette heure du soir, il y avait beaucoup de va et vient dans le quartier.

Constatant l’absence de Blanche, ses parents croient qu’elle est peut-être allée dormir chez une tante dans Saint-Sauveur, comme elle le faisait parfois.

Ils attendront quatre jours avant de signaler sa disparition. Son père, Michel Baribeau, se rendit alors directement chez le chef de police Émile Trudel, rue Bourlamaque. Il avait attendu pour ne pas nuire à la réputation de sa fille.

La police traite l’affaire sans urgence, croyant d’abord à une disparition volontaire.

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ERREUR POLICIÈRE

Le corps sera retrouvé dans la soirée du 28 juillet, près d’une semaine après la disparition, par un jeune garçon de 12 ans.

Celui-ci revient du parc énervé et croise alors un autre garçon qui, l’après-midi même, avait remarqué de l’herbe piétinée et un portefeuille trempé. C’était tout près de l’endroit où le corps se trouvait, au pied d’un talus derrière des buissons, entre la voie ferrée du tramway et la rivière. Ils iront ensemble prévenir le gardien.

Le corps reposait sur le dos, en partie recouvert d’un drap que la jeune femme avait emporté du travail pour le laver à la maison.

Le talon d’une des chaussure de la victime était brisé et celle-ci avait une blessure à la tête. On retrouvera à ses côtés un mouchoir portant les initiales H.D. à l’encre noir.

La Une du Soleil au lendemain de la macabre découverte du corps de la jeune Blanche Garneau qui était disparue depuis quelques jours déjà.

Dès le lendemain, le premier ministre demande l’aide de la police provinciale, ce qui alimente la rumeur qu’il a voulu protéger des amis politiques.

Un bruit court alors que la police municipale s’apprêtait à arrêter un suspect et que la police provinciale aurait détruit des preuves, causant des frictions entre les deux corps de police.

Le premier policier de la Police provinciale à se présenter pour interroger un témoin était saoul, ont rapporté des témoins. Il fut rapidement écarté de l’enquête.

Le policier municipal Lauréat Lacasse, en charge de l’enquête, mettra plusieurs jours avant de se rendre examiner les lieux. La police néglige aussi de faire protéger la scène de crime, qui sera bientôt piétinée par des tas de curieux, et n’a pas relever d’empreintes.

Ce fut la première d’une longue série d’erreurs policières, constate Éric Veillette dans L’Affaire Blanche Garneau, paru en 2017.

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LES RUMEURS COMMENCENT

Cet ouvrage méritoire est passé complètement inaperçu, signe que l’intérêt pour le mystère Blanche Garneau a fini par s’étioler. Le travail méthodique de Veillette aide à comprendre comment sont nées les rumeurs dans cette histoire.

On se mettra à croire par exemple que le crime a été commis ailleurs. Dans le cas contraire, le corps aurait été trouvé plus vite. «D’après moi, il a fallu que le meurtrier soit venu du bord de la grève porter le cadavre dans les arbres», dira le policier Joseph Mallard.

Son hypothèse est rapportée par L’Action Catholique et court encore près d’un siècle plus tard, observe M. Veillette. «Les ragots prirent d’ailleurs une proportion si grande qu’avant même la fin de l’enquête du coroner on ciblait deux fils de députés», ajoute-t-il.

On parle de Majella Madden, fils du député de Québec-Ouest Martin Madden, et de Arthur Paquet Jr, fils du député de St-Sauveur Arthur Paquet. Ceux-ci avaient cependant des alibis.

La rumeur écorche aussi un proche de sénateur, puis un échevin municipal, le fils du premier Ministre et même le père adoptif de la jeune femme, Michel Baribeau.

De nombreux détails de l’enquête coulent dans les journaux, si bien que des faits ne pouvant être connus que de l’assassin circulent dans le public.

Le Soleil, samedi 31 juillet 1920. Le journal écrit que la police est sur une bonne piste et connaît le nom et l’adresse du meurtrier qui sera arrêté sous peu.

Trois jours après la découverte du corps, Le Soleil écrit que la police est sur une bonne piste et connaît le nom et l’adresse du meurtrier qui sera arrêté sous peu.

Puis, coup de théâtre. Le Soleil se ravise et soutient la théorie d’un accident. «Ce qui fera rire le tribun Armand Lavergne, adulé des foules, qui ne manquera pas une si belle occasion de faire preuve de raillerie», rapporte Réal Bertrand.

«Un accident! La jeune fille aurait été frappée par le tramway qui l’aurait déposée à cent cinquante pieds de là, sur la berge, couverte d’un drap, étranglée et violée».

Le Soleil est à l’époque l’organe officiel du Parti Libéral. Sa volte-face va concourir à la rumeur d’un complot pour étouffer l’affaire.

La Une de L'Événement, trois jours après la découverte du corps.

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UN CLIMAT MALSAIN

L’enquête du coroner s’ouvre le 2 août. Ces enquêtes ont alors lieu devant jury et on y entend des témoins.

«Le climat est malsain», décrit Réal Bertrand. «Les rumeurs les plus folles circulent en ville. Des voyants écrivent. Des lettres anonymes dénonciatrices de présumés coupables envahissent les services policiers».

Un des jurés, Jean-Baptiste Lamontagne, refusera de signer le verdict du coroner, dont les conclusions sont pourtant assez inoffensives. Ce verdict dit que Blanche Garneau a été violée et assassinée par un ou des individus que la police devait rechercher.

L’Action Catholique rapporte dans son édition du lendemain la boutade alors lancée par le juré Lamontagne : «On a soupçonné certaines personnes, pourquoi ces personnes ne sont-elles pas venues ici se disculper… On va jusqu’à dire que l’argent a parlé dans cette affaire-là...»

Le refus d’endosser le verdict et les commentaires du juré ajoutent aux doutes sur l’indépendance du processus judiciaire.

Le juré Lamontagne estimait qu’une partie de la preuve n’avait pas été faite et que tous les témoins n’avaient pas été entendus. Il avait aussi été froissé qu’un détective lui dise de se mêler de ses affaires.

Ce que le juré Lamontagne ignorait, c’est que les témoins dont il parlait avaient déjà été entendus dans une autre pièce. Le coroner avait estimé qu’il n’était pas nécessaire de les réentendre pour éviter les répétitions.

Un banal malentendu semble ainsi avoir contribué à grossir la rumeur de complot.

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UNE CONFESSION?

Nous voici au 7 décembre 1920. Dans un corridor du Palais de justice de Montréal, le militaire Henri Duval croise par hasard le détective privé Joseph Valade qu’il connaît.

Duval lui fait alors une étrange confession.

— Ce n’est pas moi qui ai tué Blanche Garneau, c’est les deux autres.

Valade ignore tout de l’affaire Blanche Garneau, mais transmet l’information à la police.

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L'ENQUÊTE S'ANIME

Duval dira s’être rendu au Parc Victoria le soir du meurtre avec deux amis dont un anglophone. Ils ont laissé leur voiture dans le parc, avant de continuer à pied.

Il a raconté avoir vu le grand anglo aller à la rencontre d’une jeune femme qu’il aurait empoignée.

Celle-ci serait tombée, sa tête heurtant le rail du tramway, ce qui est compatible avec la blessure notée par le médecin légiste.

Après être «passé l’un et l’autre dessus», ils se sont sauvés, rapporte Duval. En état d’ébriété, il se rend constater le décès et avoir ouvert le paquet de la jeune fille et s’être servi du drap pour la couvrir.

Duval amène plus tard la police sur les lieux précis du crime. La piste semble prometteuse. L’histoire va cependant bientôt se dégonfler.

— Ton Duval, c’est un maudit menteur, lance l’enquêteur Dieudonné Lorrain à Valade.

Le policier vient d’apprendre que quelques jours avant le meurtre, Duval avait été condamné à 14 jours de prison pour ivresse et évasion de la garnison. Le soir du meurtre, il était détenu dans une cellule de la Citadelle de Québec.

Le pont du Parc Victoria

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PREMIÈRE ARRESTATION

L’espoir renaît à la veille de Noël. Au sortir d’une prison à Sudbury, un homme raconte à un jeune avocat avoir entendu un autre détenu, Raoul Binette, parler du meurtre de Blanche Garneau. Il semble en savoir long.

La police débarque à Sudbury le 26 décembre. Plusieurs détails concordent avec la version de Duval. On parle ici aussi de deux meurtriers dont un anglophone.

Le premier ministre Taschereau annonce en Chambre deux jours plus tard que les meurtriers sont sur le point d’être arrêtés.

Raoul Binette comparaît devant un juge le 31 janvier 1921 et est accusé du meurtre de Blanche Garneau. Il signera des aveux quelques jours plus tard.

Il y raconte être débarqué à Québec le 20 ou le 21 juillet et avoir rencontré Fred William Palmer sur la rue St-Joseph. Il était avec Palmer lorsque celui-ci aurait agressé Blanche Garneau.

Tous deux seraient ensuite repartis en tramway. En montant, il y a eu une altercation avec le conducteur. Si Binette n’y était pas, comment aurait-il pu connaître ce détail?

Les enquêteurs sont convaincus de tenir leur coupable. Suivra une enquête préliminaire, puis un procès. Des doutes vont cependant surgir et Binette reviendra sur ses aveux.

Les deux accusés, des bûcherons, étaient-ils même à Québec au moment du meurtre? Des témoins les placent ce soir-là dans un camp à St-Raymond. Un autre témoin parle de Sherbrooke.

La couronne, mal préparée, n’a pas de preuves solides. Binette et Palmer sont acquittés en novembre 1921 après 25 minutes de délibération. Le journal La Patrie rapporte que le verdict fut «cha­leu­reu­sement applaudi par l’assistance».

La valse des rumeurs repart. En octobre 1922 , le journal The Axe lance son accusation contre deux députés libéraux qu’il refuse de nommer, ce qui éclabousse tous les députés.

Le premier ministre Taschereau déclenche une Commission royale d’enquête. On invite tout témoin à se manifester.

En ouverture, le juge J.E. Robidoux explique les raisons que l’enquête vise à répondre aux rumeurs sur les lacunes de l’enquête sur le complot pour protéger les vrais coupables.

Taschereau y témoignera lui-même. La commission blanchira le gouvernement, le procureur général et les corps policiers.

Une conclusion assez invraisemblable, compte tenu des ratés policiers et du laxisme des procureurs.


« Aucun élément ne vient appuyer cette théorie que nous devrions définitivement effacer de notre mémoire collective. »
Éric Veillette, à propos de la thèse du «Club des vampires»

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COUPABLE OU NON

Au terme de deux années de recherche et de lecture assidue, l’auteur Éric Veillette dit ne pas savoir qui a tué Blanche Garneau. À la différence de l’auteur Réal Bertrand, il n’est pas convaincu de l’innocence de Binette et Palmer, malgré leur acquittement. Il n’est cependant pas convaincu non plus de leur culpabilité.

«On ne sait pas où donner de la tête, il y a trop de suspects», m’a-t-il confié lors d’un entretien téléphonique il y a quelques semaines. «Il nous manque encore des documents. Il y a un dossier de police manquant», a-t-il constaté.

Le scénario le plus probable, écrit-il, est que Blanche Garneau «marchait sur les rails au moment d’être agressée».

«Une lutte lui fit perdre une partie de son talon de chaussure avant qu’elle tombe, sa tête heurtant un rail. Le violeur la traîna rapidement dans les broussailles pour assouvir ses bas instincts.»

«Si on se concentre sur les preuves solides, rien ne confirme la version d’un duo meurtrier», note-t-il.

Ce que M. Veillette dit par contre savoir avec certitude, c’est que Blanche Garneau n’a «pas été assassinée dans un quelconque Club des Vampires avant d’être transportée dans le parc».

«Aucun élément ne vient appuyer cette théorie que nous devrions définitivement effacer de notre mémoire collective.»

Lors de la Commission royale d’enquête de 1922, l’éditeur du texte La non vengée, Albert-Louis Gareau, avait d’ailleurs reconnu qu’il s’agissait d’une «pure imagination». Son intention était de «mettre les jeunes filles pauvres en garde contre les jeunes gens riches et débauchés». Le résultat fut cependant de donner une formidable résonance aux rumeurs de complot politique.

M. Veillette ne croit pas à cette thèse du grand complot pour protéger les vrais coupables. Les faits et les raisonnements qu’il expose me semblent assez convaincants.

Il n’y a pas de preuve non plus que les choix du premier ministre Taschereau ait été dictés par l’agenda électoral.

L’auteur a cependant perçu une «certaine forme de coalition dans la conclusion de la Commission royale». La commission a fait ressortir des détails qui seraient autrement restés inconnus, mais «il faut admettre que l’absence de reproches ne fait aucun sens».

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ET MAINTENANT?

Les fractures entre haute ville et basse ville se sont aujourd’hui beaucoup atténuées. La presse est (souvent) plus rigoureuse et la vie politique (parfois) plus disciplinée.

On n’oserait plus aujourd’hui salir la réputation d’un adversaire, n’est-ce pas?

Un siècle plus tard, une des plus fascinantes histoires de meurtre de l’histoire judiciaire de Québec va ainsi achever de s’éteindre sans espoir d’en connaître un jour le fin mot.

Ce n’est pas le seul meurtre non résolu. M. Veillette en recense plus de 200. Mais aucun n’aura été l’objet d’autant de rumeurs pendant aussi longtemps. L’affaire Blanche Garneau nous aura appris l’importance des enquêtes bien menées et d’une saine distance entre l’appareil judiciaire et la politique.

Ce que nous avons moins bien appris, c’est combien il importe de se méfier des rumeurs et jugements expéditifs colportés dans l’espace public.

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