Insatisfait des assistances aux matchs locaux de son équipe, le propriétaire des Sénateurs, Eugene Melnyk, tente de fouetter les fans de la capitale nationale.

Québec instrumentalisée par les proprios de la LNH?

Québec ne serait-elle devenue qu’«une arme» pour les propriétaires de franchise qui cherchent à se négocier de meilleures conditions dans leur propre marché de la Ligue nationale de hockey (LNH)? La question se pose, selon Frank Pons, spécialiste en marketing sportif.

Suffit qu’une équipe soit en difficulté financière ou qu’un propriétaire évoque la vente ou le déménagement de son club pour que la machine à rumeurs s’emballe sur le retour des Nordiques à Québec. 

Après les Panthers de la Floride, les Coyotes de l’Arizona et les Hurricanes de la Caroline — on pourrait aussi ajouter les Flames de Calgary dans une moindre mesure —, ce sont les Sénateurs d’Ottawa qui alimentent les commentateurs ces jours-ci. 

L’idée de déménager les Sens a été soulevée par Don Cherry il y a un mois, la question a été posée par Stéphane Langdeau sur les ondes de RDS, puis le chroniqueur Marc-Antoine Godin en a ajouté samedi matin dans une chronique publiée sur le site Web The Athletic, titrant «Et si les Sénateurs devenaient le nouveau rêve de Québec?»

Les deux derniers ont fait du chemin sur les propos tenus vendredi par le propriétaire des Sénateurs d’Ottawa, Eugene Melnyk, qui n’a pas fermé la porte à un déménagement si la colonne des revenus, a fortiori la vente de billets au Centre Canadian Tire, ne s’améliore pas. 

«Si ça ne marche pas ici, ça pourrait très bien marcher ailleurs, mais nous n’en sommes pas rendus là. Tout ce que je peux dire, c’est que je ne vendrai jamais l’équipe. […] Nous devons nous battre chaque jour pour vendre des billets, je vous le jure», a-t-il dit aux journalistes. 

Melnyk n’a pas eu à nommer Québec pour que la discussion soit lancée. Et c’est normal, selon Frank Pons, professeur à l’Université Laval, puisqu’il est désormais de notoriété publique que «Québec est prête». 

«Ça fait un moment que c’est dans le vent. C’est toujours un peu la même dynamique. On utilise Québec comme une menace potentielle localement», a-t-il analysé. «Je n’irais pas à dire que c’est un faire-valoir, mais c’est certainement une arme de négociation, de discussion, qui est très bien utilisée par les propriétaires.» 

Éviter les faux espoirs

Melnyk veut d’une part fouetter les partisans. Le taux d’occupation de l’amphithéâtre est de 81,3 % depuis le début la saison, le pire chez les équipes canadiennes. Ottawa pointe au 25e rang pour les assistances cette saison, avec en moyenne 15 200 partisans par rencontre.  L’équipe peinait à jouer à guichets fermés, même en troisième ronde des séries éliminatoires l’an dernier.

De l’autre il y a la question de l’aréna, actuellement situé à Kanata, en banlieue d’Ottawa. Melnyk souhaiterait qu’un domicile soit érigé au centre-ville, sur les plaines LeBreton, bien qu’il ait affirmé vendredi que la rentabilité de la franchise n’en dépendait pas.

Mais bon, est-ce qu’on parle encore pour parler? «Pour l’instant, je pense que oui. […] Ce n’est pas une fausse nouvelle, mais il ne faudrait pas faire de faux espoirs à la population de Québec», déjà cynique, a soulevé M. Pons. 

Selon lui, les deux marchés se ressemblent. Québec semble avoir un avantage sur «la qualité» des amateurs de hockey, même si la Région métropolitaine de recensement de la capitale fédérale atteint plus de 1,3 million de personnes pour 2016, alors que celle de Québec est évaluée à 800 000 habitants pour la même année.   

Dans le cas d’Ottawa, M. Pons fait le parallèle avec les Chargers de San Diego, dans la Ligue nationale de football. L’expert y vivait en 2003. «Déjà, les propriétaires faisaient de la pression sur la ville en évoquant un déménagement.» Les Chargers ont déménagé à Los Angeles cette année. «Ça a pris 15 ans.»

Québec ne pourra pas être utilisée sur une aussi longue période par des propriétaires comme Melnyk. «C’est que je trouve le plus intéressant [dans ce dossier]. On a un aréna neuf, mais un moment donné il ne sera plus neuf, l’aréna!»