Balcons de Limoilou
Balcons de Limoilou

Québec insolite: les balcons nordiques de Limoilou

Cet été, Le Soleil braque ses projecteurs sur certains détails inusités de la ville de Québec et de ses environs. Parce que notre belle capitale cultive sa part d’insolite, parce que derrière chacune de ces curiosités se cache une histoire qui mérite d’être racontée. Aujourd’hui : Les ornements en fer en forme de lames de patins.

Les balcons et les rampes en fer forgé du quartier Limoilou cachent un secret qui se révèle aux fins observateurs : plusieurs d’entre eux présentent des bandes d’ornement en forme de lames de patins à glace. Pourquoi?

La forme originale des retailles de poinçonnage de lames de patins de la St. Lawrence Manufacturing Company (SLM) a inspiré les artisans qui construisaient les rampes et garde-corps du quartier. La compagnie fondée en 1945 dans le quartier Saint-Roch à Québec a établi son usine au 215, rue Prince-Édouard. Au départ, elle produisait des objets dont la demande était en hausse après la guerre, comme l’écrit le technicien en documentation de la bibliothèque de l’Université Laval, Guillaume Lizotte, dans son blogue Autour du quartier Saint-Roch consacré à l’urbanisme, l’architecture et l’histoire du quartier. 

«Vers la fin des années 1940, SLM s’était déjà penchée sur le marché canadien à la recherche du besoin qui permettrait la commercialisation d’un produit plus stable», peut-on lire dans son article “St. Lawrence Manufacturing Company : un des plus importants fabricants de lames de patins au monde”. Le manufacturier qui produisait des clous, des briquets, s’est alors tourné vers les chaussures athlétiques, plus spécifiquement les patins à glace. À l’époque, les lames importées à d’Angleterre coûtaient très cher. «Les frais de douane élevés et les complications pour le service après-vente ne faisaient qu’accentuer la demande pour une source d’approvisionnement économique, sûre et fiable, ici même au Canada».

C’est à partir des années 1940-1950 que les artisans qui construisaient des éléments en fer ornemental à Québec ont repris les retailles de la SLM pour construire des rampes et des garde-corps. «On en trouve surtout à Limoilou, mais on en trouve ailleurs dans la ville de Québec et ailleurs dans la province», explique le chargé de cours à l’École d’architecture de l’Université Laval, Martin Dubois. «C’est un élément architectural qui définit bien le caractère nordique de la ville», ajoute-t-il. Comme ces morceaux de métal allaient être jetés de toute manière, c’était une façon de construire de beaux ornements à moindre de coût. Une forme de recyclage bien avant que l’on soit conscientisé à la chose.

Il est possible d’observer deux formes légèrement différentes selon le type de patins confectionnés : masculins ou féminins. Ces balcons sont devenus un véritable symbole de Limoilou. Les artistes Jean-François Cooke et Pierre Sasseville ont même posé leur statue de bronze géante de la place Jean-Béliveau sur un socle d’aluminium qui représente cette forme architecturale si singulière.

La rencontre, de Jean-François Cooke et Pierre Sasseville