Plan de construction du 6, rue Donnacona
Plan de construction du 6, rue Donnacona

Québec insolite: la fascinante histoire d’Une maison étroite 

Isabelle Mathieu
Isabelle Mathieu
Le Soleil
Cet été, Le Soleil braque ses projecteurs sur certains détails inusités de Québec et de ses environs. Parce que notre belle capitale cultive sa part d’insolite, parce que derrière chacune de ces curiosités se cache une histoire à raconter. Aujourd’hui : l’étroite maison des Ursulines.

Avec ses petits 3,6 mètres de façade, le 6, rue Donnacona dans le Vieux-Québec semble toujours sur le point d’être avalé par ses voisines plus imposantes. Les touristes se font dire que la petite maison serait une des plus étroites en Amérique du Nord. Fait ou légende, la demeure a une histoire fascinante.

Aujourd’hui, la petite maison est tranquille, presque endormie, habitée par une religieuse ursuline, l’une des quatre de la congrégation à vivre toujours dans le Vieux-Québec. 

Des rideaux en dentelle cachent la vue de son intérieur aux curieux, déjà sagement contenus par une grille en fer forgé.

Bâtisseuses en éducation et grandes propriétaires terriennes à Québec, les Ursulines ont fait bâtir cette petite maison sur la rue Donnacona en 1848, juste à côté de leur monastère, alors bien cloîtré. C’est l’architecte Michel Patry, élève du grand maître Thomas Baillargé, qui a eu la tâche de concevoir la maison du 6, rue Donnacona, ainsi que d’autres maisons appartenant aux Ursulines.

Pourquoi avoir bâti une maison à la devanture aussi étroite? C’est tout simplement l’espace trapézoïdal que le terrain et le tracé d’un ruisseau aujourd’hui disparu laissait libre pour la construction, explique Yohan Bonnette, chargé de la programmation et de l’expérience visiteur au Pôle culturel des Ursulines.

En façade, il n’y a de l’espace que pour une seule pièce. Mais à l’arrière, le bâtiment s’élargit pour en accueillir deux. Répartie sur trois étages, la maison compte au total sept pièces.

L’historien Denis Angers, grand amoureux du Vieux-Québec, fait remarquer que les religieuses n’avaient pas choisi n’importe quel matériau, mais bien de la pierre de taille, «plutôt rare à l’époque parce que c’était très cher».

Au départ, la maison était destinée à servir de petit édifice à bureaux. Le notaire Edward G. Cannon y a installé son cabinet et reçu ses clients pendant 16 ans. 

On peut imaginer que toutes sortes de bêtes à plumes et à poil ont visité la maison à partir de 1890, lorsque le vétérinaire Peter H. Cummins s’y est installé.

Au vingtième siècle, ce sont plutôt des employés des Ursulines qui y ont habité. La fille de l’un d’eux, Lydia Fréchette-Drouin, a résidé au 6, rue Donnacona avec son mari jusqu’au début des années 1990.

Le quadrilatère 

La maison étroite devient un parfait prétexte pour «marcher» le quadrilatère, ancienne propriété de la congrégation, et mesurer à quel point les religieuses ont façonné cette portion du Vieux-Québec, bien au-delà des murs de leur monastère. 

Le Pôle culturel des Ursulines en a fait depuis la mi-juillet une visite guidée en bonne et due forme, appelée Les Ursulines et leur quartier.

La façade peut-être la plus étroite en Amérique du Nord

Devant le 28, rue Des Jardins, notre guide Yohan Bonnette nous indique l’endroit où 22 dépouilles de soldats britanniques ont déjà été enterrées. Le monastère des Ursulines a été brièvement réquisitionné comme hôpital militaire en 1760.

Et parlant de la rue Des Jardins, saviez-vous qu’elle a été baptisée ainsi en l’honneur des jardins des trois communautés religieuses voisines, soit les Ursulines, les Récollets et les Jésuites?

Rue Sainte-Anne. La construction d’un «mastodonte» comme l’édifice Price en 1929 n’était évidemment pas au goût des sœurs cloîtrées. Elles ont négocié avec la riche famille pour que huit fenêtres qui donnent sur les jardins du monastère restent givrées pour toujours.

Un peu plus loin sur Sainte-Anne, cinq très belles demeures ont été construites par la congrégation pour y loger les novices. 

On continue la promenade jusqu’à la rue Saint-Angèle, ainsi baptisée en l’honneur d’Angèle Mérici, fondatrice italienne de l’ordre des Ursulines.

La rue Sainte-Ursule se passe de présentation. Au numéro 29 ont vécu des membres de la célèbre famille de photographes Livernois, devenus photographes officiels des religieuses. Des images des religieuses de Québec ont même été présentées à l’Exposition universelle de 1893, à Chicago.