Sur l’Île d’Orléans, à la limite de Sainte-Pétronille et de Saint-Laurent, cyclistes et automobilistes défilent devant la roche Maranda, immense pierre de près de sept mètres de diamètre. La géante semble faire partie du décor depuis toujours.
Sur l’Île d’Orléans, à la limite de Sainte-Pétronille et de Saint-Laurent, cyclistes et automobilistes défilent devant la roche Maranda, immense pierre de près de sept mètres de diamètre. La géante semble faire partie du décor depuis toujours.

Québec insolite: la roche Maranda, un très vieux mystère

Cet été, Le Soleil braque ses projecteurs sur certains détails inusités de la ville de Québec et de ses environs. Parce que notre belle capitale cultive sa part d’insolite, parce que derrière chacune de ces curiosités se cache une histoire qui mérite d’être racontée. Aujourd’hui : la roche Maranda, à la limite de Sainte-Pétronille et de Saint-Laurent, à l’Île d’Orléans.

Sur l’Île d’Orléans, à la limite de Sainte-Pétronille et de Saint-Laurent, voitures et piétons défilent devant la roche Maranda, immense pierre de près de sept mètres de diamètre. La géante semble faire partie du décor depuis toujours. Or, elle a déjà voyagé sur des milliers de kilomètres avant de se poser dans le champ d’un insulaire.

La grande histoire a retenu très peu de choses de la famille Maranda. Mais sur l’Île d’Orléans, cette famille a laissé son nom à bon nombre de lieux importants. Près des anciennes terres de la famille, on retrouve la roche, l’anse, la pointe, la grotte ainsi que les rochers, tous nommés Maranda. Parmi tous ces lieux, la roche Maranda est la seule à ne pas être native de l’île.

«L’Île d’Orléans est composée de roches provenant des basses terres du Saint-Laurent et des Appalaches. Ce sont des roches qui datent respectivement de 400 et de 540 millions d’années. La grosse roche Maranda est quant à elle composée de matériel datant d’un milliard d’années», explique d’entrée de jeu Olivier Rabeau, chargé de conservation et de restauration pour le département de géologie et de génie géologique de l’Université Laval.

Étant plus vieille que la terre sur laquelle elle repose, la roche Maranda vient nécessairement d’ailleurs. Selon M. Rabeau, la roche Maranda serait un morceau du Bouclier canadien provenant du nord. La pierre aurait été déplacée, il y a 18 000 ans, lors de la dernière grande glaciation nommée wisconsinienne puisque le glacier, en mouvance vers le sud-est, se rendait jusqu’au Wisconsin. M. Rabeau précise que cette période a duré près de 6000 ans et que le glacier avait, dans la région de Québec, entre deux et trois kilomètres d’épaisseur. À titre indicatif, M. Rabeau souligne en riant que «ce qu’on considère aujourd’hui comme de grandes montagnes, comme le mont Sainte-Anne, ne changeait rien» au trajet du glacier qui se déplaçait sans que rien ne le freine.

À travers les années, le climat s’est réchauffé et le glacier s’est mis à fondre, dispersant tranquillement les débris qu’il transportait. En passant au-dessus de l’Île d’Orléans, le glacier géant y a laissé tomber la fameuse roche Maranda qui n’a plus bougé d’un poil depuis des milliers d’années.

Sur les traces de la famille Maranda

Depuis le XVIIe siècle, la roche Maranda voit naître autour d’elle route, champs et cultures. Quand les colons se mettent à diviser l’île en lots, la terre sur laquelle repose la roche Maranda est achetée par Gabriel Gosselin (nd-1697), premier du nom. 

Sabrina Gamache-Mercurio, coordonnatrice adjointe pour la fondation François-Lamy, qui dirige notamment la Maison de Nos Aïeux à l’Île d’Orléans, raconte que Gabriel Gosselin était «un homme prospère» qui avait la fibre des affaires. Paysan arrivé sur l’île en 1664, M. Gosselin achète plusieurs propriétés sur l’Île d’Orléans ainsi que dans le Vieux-Québec afin de les revendre au plus offrant. 

En 1692, Gabriel Gosselin accepte de vendre le champ où se trouve l’énorme roche à Jean Marendeau (Maranda), son voisin de terre de l’époque. 

Jean Marendeau (1629-1711), insulaire depuis sa naissance, quitte l’Île de Ré, en France, pour venir s’établir, en 1667, sur l’Île d’Orléans. L’histoire ne garde que très peu de détails sur le père de famille de neuf enfants. Mme Gamache-Mercurio raconte que Jean Marendeau a possédé quelques terres cultivables à Saint-Laurent et à Saint-Pierre.

Le champ que Jean Marendeau achète à Gabriel Gosselin pour agrandir son lopin de terre sera transmis sur plusieurs générations. Dans le livre Histoire de l’île d’Orléans, publié en 1867 par L.P. Turcotte, ce dernier écrit sur la grotte Maranda (située près de la roche Maranda) et cite notamment le nom du propriétaire de la terre : François Maranda (1807-1873), l’arrière-arrière-arrière-petit-fils de Jean Marendeau, qui serait donc, 175 ans plus tard, toujours propriétaire de la terre familiale. 

Selon la Commission de toponymie du Québec, la roche aurait été nommée ainsi puisqu’elle se trouvait sur la terre de la famille Maranda depuis plusieurs dizaines d’années.

Toujours selon la Commission de toponymie du Québec, il y aurait eu un échange de terres entre les Maranda et les Gosselin au tout début du XXe siècle. La terre sur laquelle repose la roche Maranda appartient donc aujourd’hui à la famille Gosselin. 

Hommage à la famille Gosselin

Cette information expliquerait pourquoi, aujourd’hui, on retrouve une plaque commémorative au nom de la famille Gosselin sur la roche Maranda. Selon Brigitte Bouchard, coordonnatrice à l’information touristique de l’Île d’Orléans, on place une plaque commémorative et un écriteau au nom d’une famille sur une terre lorsque cette dernière est la terre ancestrale de la famille commémorée. 

Les municipalités de Sainte-Pétronille et de Saint-Laurent n’ont pas été en mesure d’expliquer pourquoi, en 1979, la roche qui porte le nom de la famille Maranda depuis plus de 100 ans a servi de monument à une plaque commémorative célébrant... la famille Gosselin.