Québec insolite: l’étrange rue Octave

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Québec insolite: l’étrange rue Octave

Cet été, Le Soleil braque ses projecteurs sur certains détails inusités de la ville de Québec et de ses environs. Parce que notre belle capitale cultive sa part d’insolite, parce que derrière chacune de ces curiosités se cache une histoire qui mérite d’être racontée. Aujourd’hui : la petite histoire de la rue Octave, dans le quartier Saint-Roch.

On aperçoit de loin l’affiche indiquant «rue Octave». Le petit tronçon d’asphalte qui connecte le boulevard Charest à la rue Monseigneur-Gauvreau a plutôt l’air d’une ruelle, voire d’une arrière-cour. Des murs de brique usés, des escaliers de secours rouillés et des bacs de déchets dessinent les flancs de ce passage désert. Ce qu’on ne voit pas à l’œil nu, c’est que la rue Octave cache sous son pavé plus de 200 ans d’histoire.

La rue Octave est une des plus vieilles rues du centre-ville, selon les informations colligées par le service du patrimoine de la Ville de Québec. Nommée «Octave» en 1818 en l’honneur de monseigneur Joseph-Octave Plessis, la rue du quartier Saint-Roch a beaucoup rétréci au cours de l’histoire.

La rue Octave était autrefois une longue rue étroite située entre la rue Saint-Joseph Est et la rue des Fossés. Des plans d’assurance-incendie de 1875 et de 1910 le confirment : prise en étau entre les deux grandes artères, la rue Octave s’étire perpendiculairement de la rue du Pont à la rue Grant (nommée aujourd’hui Monseigneur-Gauvreau). 

Dans les années 30, la Ville de Québec élargit la rue des Fossés et la fusionne à la rue Charest afin de créer le boulevard Charest. Plus le quartier Saint-Roch se développe, plus la rue Octave s’amenuise. Un plan d’assurance-incendie de la Ville de Québec datant de 1965 illustre le secteur tel qu’on le connaît maintenant. Le quadrilatère qu’on peut observer aujourd’hui, qui abrite notamment les bureaux de l’Office québécois de la langue française, Les Escomptes Lecompte et le restaurant Poutineville, était autrefois traversé d’un bout à l’autre par la rue Octave. 

Au fil des années, la longue route a donc dû se départir de plusieurs pavés et de toutes ses adresses civiques, mais elle garde tout de même une valeur patrimoniale pour la Ville de Québec qui indique que «la portion qu’il reste de la rue Octave aujourd’hui représente un artéfact de l’ancienne rue». Malgré ses allures de ruelles et le fait qu’aucun citoyen n’habite officiellement sur elle, la rue Octave «aurait conservé le générique “rue” pour en témoigner et pour préserver l’existence de l’une des plus anciennes voies de communication du secteur».

Selon les définitions offertes dans le Guide des termes génériques de la Commission de toponymie du Québec, une ruelle se définit comme étant «une voie de communication étroite qui, souvent, sert de desserte et donne sur des arrière-cours». Une rue est, quant à elle, définie comme «une voie de communication généralement bordée de bâtiments, dans une agglomération» ou comme «une voie de communication urbaine qui, dans un plan en damier, est située dans un axe perpendiculaire à celui d’une avenue». 

Le boulevard Charest n’étant pas une avenue, la rue Octave correspond davantage à la définition de ruelle. Or, selon la Ville de Québec, pour des raisons historiques et parce qu’elle sert de voie de service (collecte des déchets, débarcadère, accès au stationnement, etc.), la rue Octave doit conserver le générique «rue».

Joseph-Octave Plessis

Joseph-Octave Plessis est né à Montréal en 1763. Au cours de sa vie, il aura diverses occupations religieuses entre Montréal et Québec. 

Le jeune homme est ordonné prêtre en 1786 et deviendra curé de Notre-Dame-de-Québec en 1794. Au cours de sa carrière ecclésiastique, il s’implique beaucoup auprès des évêques de la province et gravit peu à peu les échelons jusqu’à ce que son supérieur, en 1800, lui confie le district de Québec ainsi que les relations avec le gouvernement colonial.

Six ans plus tard, Monseigneur Plessis héritera officiellement du poste d’évêque de Québec. L’Histoire se souvient de Joseph-Octave Plessis comme d’un administrateur à la main de fer qui a opposé et solidifié la position de l’Église catholique face aux autorités britanniques protestantes. Habile orateur, monseigneur Plessis se forge une place au Conseil législatif de 1817 avant de devenir, en 1819, le tout premier archevêque de Québec; un poste que Joseph-Octave Plessis occupera pendant six ans, jusqu’à sa mort en 1825. 

Outre la rue Octave, nommée en son nom en 1818, la Ville de Québec nommera en 1965 une rue Monseigneur-Plessis dans le quartier de Vanier. 

Sources : Ville de Québec et gouvernement du Québec

Québec insolite: la tour Martello n°4 et ses nombreux usages

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Québec insolite: la tour Martello n°4 et ses nombreux usages

Cet été, Le Soleil braque ses projecteurs sur certains détails inusités de la ville de Québec et de ses environs. Parce que notre belle capitale cultive sa part d’insolite, parce que derrière chacune de ces curiosités se cache une histoire qui mérite d’être racontée. Aujourd’hui: la petite histoire de la tour Martello no 4.

La tour Martello n°4 se dresse à la frontière entre la Haute-Ville et la Basse-Ville de Québec, sur la rue Lavigueur. Prise en étau entre les rangées d’appartements et la falaise abrupte, son positionnement stratégique saute aux yeux. La tour n°4 guette l’ennemi à l’horizon. Mais les murs de l’immense tour en pierre ont aussi entendu résonner des rires d’enfants.

Les quatre tours Martello sont bien connues à Québec. Érigées entre 1808 et 1812 par les Britanniques, les tours 1, 2, 3 et 4 ont été construites en ligne droite, du Cap-Blanc, près du fleuve, jusqu’au quartier Saint-Jean-­Baptiste. On était à l’aube de la guerre anglo-américaine (1812-1814) et les tensions étaient encore bien réelles entre les États-Unis et l’Angleterre à l’époque. 

D’entrepôt à observatoire astronomique, les tours changeront plusieurs fois de vocation au cours de l’histoire, explique Luc Nicole-Labrie, historien pour la Commission des champs de bataille nationaux (CCBN). C’est la tour Martello n° 4 qui a été habitée le plus longtemps. En effet, à la fin du 19e siècle, puisque le quartier Saint-Jean-Baptiste n’est alors qu’un vaste terrain vide, l’armée canadienne, propriétaire du terrain, demande au Service de police de la Ville de Québec (SPVQ) de poster un agent dans la tour Martello n°4 afin que ce dernier entretienne la tour et dissuade les malfaiteurs de venir sur le terrain.

Le policier William Marcoux déménage donc avec sa femme et ses enfants dans la tour de la rue Lavigueur (rue Sainte-Cécile à l’époque). Malgré les nombreuses recherches du Soleil, il reste peu de traces de cet homme et de sa famille dans les archives municipales de la Ville de Québec. M. Nicole-Labrie souligne toutefois que, grâce aux annuaires municipaux, nous sommes en mesure d’établir que M. Marcoux serait décédé au tout début des années 1900. Sa femme et ses enfants auraient habité dans la tour jusqu’en 1905. L’annuaire de 1905 est donc la dernière trace officielle que nous ayons de la famille Marcoux. Dans son édition du 19 juin 1988, Le Soleil publiait une photo d’archive de la tour Martello n°4. Dans les escaliers, on y aperçoit plusieurs personnes, dont une femme et un homme. Selon M. Nicole-Labrie, ces personnes «pourraient» très bien être la famille Marcoux.

Après avoir été habitée, la tour n°4 devient lieu public. Elle a notamment été utilisée par un club médiéval avant que le Carrefour international de théâtre en fasse une scène. Aujourd’hui, la tour de la rue Lavigueur est l’hôte de jeux d’évasion organisés par la CCBN. À l’instar des tours n°1 et 2, elle accueille régulièrement des groupes touristiques à des fins d’interprétation historique et est visitée par petits et grands à l’Halloween.

Ne cherchez pas la tour Martello n°3 : elle a été déconstruite au début du 20e siècle afin d’agrandir l’hôpital Jeffrey Hale qui se trouvait, à l’époque, dans le secteur du Grand Théâtre de Québec.

Québec insolite: à quoi sert ce socle de pierre à Beauport?

La Capitale

Québec insolite: à quoi sert ce socle de pierre à Beauport?

Cet été, Le Soleil braque ses projecteurs sur certains détails inusités de la ville de Québec et de ses environs. Parce que notre belle capitale cultive sa part d’insolite, parce que derrière chacune de ces curiosités se cache une histoire qui mérite d’être racontée. Aujourd’hui : un monument, mais pourquoi?

Il s’élève au coin de la côte Saint-Grégoire et de la rue de la Terrasse-Cadieux, aux abords de la falaise. On l’a entouré de clôture et de béton afin que les passants puissent l’admirer en toute sécurité. Sur sa façade, une zone rectangulaire légèrement décolorée. Une plaque fantôme? Ou peut-être une statue disparue? Le petit socle de pierre semble important, mais qu’en est-il réellement?

À la Ville de Québec, on confirme au Soleil que le monument de pierre, inauguré en 1953, n’a jamais arboré de statue, mais plutôt une plaque commémorant la bataille de Montmorency. Événement historique majeur dans l’histoire de Beauport, cette bataille est survenue le 31 juillet 1759, soit quelques semaines avant la fameuse bataille sur les plaines d’Abraham. La bataille de Montmorency est «la plus grande victoire française au cours du siège de Québec». Elle a coûté la vie et blessé plus de 400 soldats anglais et 40 soldats français.

Si le socle semble bien nu actuellement, c’est parce que des malfaiteurs ont déjà volé, en 2014 et à nouveau en 2016, sa plaque commémorative en bronze. Bien que la colonne de pierre ainsi que sa structure soient la propriété de la Ville de Québec, la plaque qui commémore un événement du patrimoine canadien appartient quant à elle à Parcs Canada, qui collabore avec la Commission des lieux et monuments historiques du Canada (CLMHC).

Selon Parcs Canada, la plaque de bronze n’a pas été réinstallée depuis car, quand il y a vol, le remplacement de la plaque doit suivre tout un processus administratif qui varie «en fonction du temps et des ressources disponibles».

Après avoir déclaré le vol aux services de police, Parcs Canada fait la demande d’une nouvelle plaque auprès de la CLMHC. À travers le dédale administratif, la future plaque doit, dans certains cas, être revue afin de s’assurer que son texte corresponde bel et bien aux données que l’on possède aujourd’hui sur le sujet. «La préparation d’un texte de plaque révisé par des historiens nécessite un travail important de recherche, de rédaction et de politique, et peut impliquer des processus de consultation, d’examen et d’approbation externes», explique Kimberly Labar, relationniste pour Parcs Canada.

La CLMHC et Parcs Canada utilisent la plaque de bronze comme façon de commémorer un événement depuis 1920. Les organismes fédéraux expliquent toutefois explorer «présentement les options de nouvelles formes de commémoration afin d’élargir la portée des désignations et les façons dont l’histoire est rappelée et partagée.»

Retour historique

Lorsque les troupes anglaises entrent dans le fleuve Saint-Laurent afin de conquérir Québec, elles s’installent tout d’abord sur la pointe de l’île d’Orléans, à la pointe de Lévy et à l’est de la chute Montmorency. Les troupes françaises se déploieront alors sur la côte de Beauport.

La bataille est déjà bien amorcée lorsque, le 31 juillet 1759, le général anglais Wolfe décide d’ouvrir le feu avec plus de 80 canons au bas de la côte de Beauport. Les soldats français, accompagnés de miliciens canadiens et de leurs alliés autochtones, répliquent. Plus de mille soldats anglais tentent alors d’escalader la falaise.

En appui à l’armée française, le ciel se met à gronder et un orage éclate. Les soldats britanniques, assaillis par les balles, tentent en vain de gravir la côte abrupte et glissante. Le général Wolfe ordonne alors à ses troupes au front de se retirer rapidement. C’est la victoire pour le marquis de Montcalm et ses troupes françaises.

Quelques semaines plus tard, le 13 septembre 1759, ce sont les troupes anglaises qui crient victoire sur les plaines d’Abraham alors que Québec capitule.

Selon la Ville de Québec, l’intersection de la côte Saint-Grégoire et de la rue de la Terrasse-Cadieux est d’autant plus significative qu’on y a déjà retrouvé, dans la falaise, des vestiges de la fameuse bataille. 

Source : site Web de la Ville de Québec