La ministre de la Santé et des Services sociaux, Danielle McCann (deuxième à partir de la gauche), est entourée de la présidente de la Fondation SABSA, Agnès Maltais, de l’IPS Isabelle Têtu et du président-directeur général du CIUSSS de la Capitale-Nationale, Michel Delamarre.

Québec donnera 420 000 $ sur trois ans à SABSA

EXCLUSIF / C’est confirmé : la coopérative SABSA obtiendra finalement du financement public pour poursuivre sa mission auprès de sa clientèle vulnérable.

Le Soleil a appris que le ministère de la Santé et des Services sociaux (MSSS) et le Centre intégré universitaire de la santé et des services sociaux (CIUSSS) de la Capitale-Nationale verseront à la clinique de Québec un montant totalisant 420 000 $ sur trois ans. Les besoins sont immenses, mais cette aide très attendue vient «colmater la brèche», se réjouit la coordonnatrice de SABSA, Amélie Bédard.

Depuis sa création, en 2014, la coopérative de la rue Saint-Vallier doit multiplier les campagnes de financement pour poursuivre sa mission de soins et de services auprès d’une clientèle souvent désaffiliée du réseau traditionnel. Jusqu’ici, le ministère de la Santé n’avait jamais voulu la financer, craignant notamment de créer un précédent.

La clinique SABSA offre environ 3300 consultations par année à des patients qui ont pour la majorité une situation et un état de santé précaires (hépatite C, VIH, problèmes de santé mentale, souvent pas de carte d’assurance-maladie et sans médecin de famille dans près de 65 % des cas). Depuis le début de l’année, elle reçoit entre 30 et 50 nouveaux patients par mois, dont plusieurs sont des «nouveaux arrivants» sans carte d’assurance-maladie, note Amélie Bédard.

Du gouvernement libéral, SABSA n’avait obtenu en 2016 qu’une entente prévoyant le paiement des fournitures médicales et du salaire de l’infirmière praticienne spécialisée (IPS) Isabelle Têtu de même que le «prêt» d’un travailleur social par le CIUSSS de la Capitale-Nationale. Le reste, notamment les frais d’exploitation, devait être entièrement assumé par la coopérative, dont les besoins s’élèvent à environ 250 000 $ par année.

Une deuxième IPS à temps partiel

SABSA aura désormais droit à une aide financière conjointe du ministère de la Santé et du CIUSSS de la Capitale-Nationale totalisant 140 000 $ par année sur trois ans (70 000 $ par année chacun). Une deuxième IPS du CIUSSS donnera également 50 % de son temps à SABSA, a précisé mercredi au Soleil le président-directeur général du CIUSSS de la Capitale-Nationale, Michel Delamarre, à l’issue d’une rencontre informelle entre son organisation, la ministre Danielle McCann et SABSA.

Autre contribution publique : les deux médecins de famille qui collaborent avec SABSA depuis 2014 et 2015, les Drs André Fréchette et Denis Jacques, seront désormais rémunérés grâce à une entente particulière intervenue entre la Fédération des médecins omnipraticiens du Québec et le ministère de la Santé. Jusqu’à maintenant, les deux médecins, qui sont à l’aube de leur retraite, offraient bénévolement de leur temps à la coopérative. La ministre de la Santé a tenu mercredi à les remercier pour leur engagement, tout en saluant la nouvelle entente de rémunération, qui permettra selon elle d’assurer une relève aux médecins bénévoles.

Pour la ministre McCann, l’aide financière accordée à SABSA est «un pas dans la bonne direction». «C’est sûr qu’il y a encore à faire. On va faire une évaluation après la première année [du financement]. Il y a des choses fort intéressantes qui se font chez SABSA, et on va réévaluer» les besoins, a dit la ministre, selon qui ce financement sur trois ans donne «une stabilité» à SABSA.

«Ça fait du bien»

Présente à la rencontre de mercredi à titre de présidente de la Fondation SABSA, l’ex-députée de Taschereau, Agnès Maltais, a indiqué que la fondation devait encore amasser 120 000 $ cette année. «La pression sur la Fondation demeure la même, ça ne diminue pas les besoins», a-t-elle mentionné. Il n’empêche, «ça fait du bien de voir une ministre qui comprend le rôle des IPS et avec laquelle on n’a pas eu besoin de se battre pour faire reconnaître» la contribution essentielle de SABSA, a salué l’ex-députée péquiste.

Pour Amélie Bédard, l’aide accordée par le ministère et le CIUSSS vient «colmater la brèche» et consolider les services de SABSA. «On était jusqu’ici toujours en mode survie», a-t-elle rappelé.

L’IPS Isabelle Têtu s’est elle aussi dite «contente pour SABSA et pour sa clientèle», tout en rappelant que «les besoins sont immenses». «Il y a de plus en plus de besoins qui viennent des différentes cliniques et des organismes communautaires», a-t-elle souligné, précisant que les cas référés à SABSA présentent surtout des troubles concomitants de toxicomanie et de santé mentale.

«Ce qu’il y a de nouveau, c’est que de plus en plus de médecins omnipraticiens nous réfèrent des patients. […] On voit aussi des cas de plus en plus complexes, qui n’ont pas juste des problèmes de santé mentale ou de toxicomanie, mais qui ont aussi des problèmes de santé physique : un diabète pas traité depuis trois ans, de l’hypertension, la maladie de Crohn...» mentionne-t-elle pour illustrer la crédibilité grandissante de SABSA... et la pression sur son équipe, composée notamment de bénévoles.