Le chef de Québec 21, Jean-François Gosselin, a réclamé lundi un bilan provisoire du comité consultatif sur la mobilité, dont les grandes lignes ont été rendues publiques le 18 septembre. Mais Québec 21 veut voir le document original, pas un résumé.

Québec 21 réclame un bilan... déjà diffusé

L’aspirant maire Jean-François Gosselin a lancé la semaine en défiant le titulaire du poste, Régis Labeaume, de dévoiler le bilan provisoire du comité consultatif sur la mobilité. Chose faite le 18 septembre, confirment la Ville de Québec et des membres de ce comité. Mais Québec 21 veut voir le document original, pas un résumé.

M. Gosselin a rappelé la liste des étapes franchies depuis le lancement de la nouvelle consultation sur la mobilité, lundi matin. À son avis, il n’y en a qu’une qui a été escamotée et c’est le «bilan provisoire du comité consultatif sur la mobilité» annoncé pour le 15 septembre.

«Nous, on va taper sur ce clou-là : il doit rendre public le bilan provisoire qui lui a été fait par le comité consultatif. Nous, on veut avoir l’information et on veut que les gens aient l’information, car les gens doivent voter dans moins d’une semaine», a martelé le candidat à la mairie. «Il l’a reçue, il l’a l’information, il faut qu’il la rende publique», a insisté M. Gosselin. 

Le maire sortant de Québec a répliqué qu’à titre de président du comité consultatif, il a dressé le bilan provisoire le 18 septembre lors d’une conférence de presse tenue à l’hôtel de ville. Régis Labeaume avait alors présenté deux constats : «Québec a besoin d’un système structurant de transport en commun et d’améliorer le transport actif». Il avait aussi donné les statistiques de participation à la consultation publique sur la mobilité et détaillé les étapes à venir. 

«Il existe rien d’autre, ils l’ont le bilan depuis le 18 septembre. Ce qui nous reste, c’est le travail que fait l’INM (Institut du Nouveau Monde) sur les 11 000 réponses par Internet. L’INM nous a demandé un délai et la semaine passée, c’était pas trop la semaine pour pousser dessus», a déclaré le maire, en référence aux allégations d’inconduite sexuelle impliquant le fondateur de l’INM, Michel Venne. 

Le comité, qui réunit une quinzaine de personnes, dont quatre élus, cinq fonctionnaires et six consultants externes, tourne au ralenti en raison de la campagne électorale, a admis M. Labeaume. «Ça va redémarrer après les élections», est-il convaincu. 

Les explications reçues de la Ville de Québec, qui a publié le communiqué de presse du 18 septembre, allaient exactement dans le même sens lundi. Des membres du comité ont aussi assuré au Soleil qu’il n’y avait «pas de complot» et encore beaucoup de travail à abattre avant de dessiner le prochain réseau structurant de transport de Québec. 

«Depuis le mois de juin qu’on sait que le premier rapport sera très factuel», a commenté à visière levée le directeur général du Conseil régional de l’environnement de la Capitale-Nationale, Alexandre Turgeon. 

En fin de journée, l’équipe de Québec 21 n’était pas satisfaite pour autant. «Aucune précision sur le modèle de transport retenu, aucun détail sur les coûts ou les infrastructures nécessaires. En somme, un résumé méthodologique bien vide de sens. Nous demandons donc une fois de plus la publication du rapport décrivant les conclusions de la consultation», pouvait-on lire sur la page Facebook du parti. 

Le chef Jean-François Gosselin a contacté Le Soleil pour expliquer qu’il voulait voir le document original. Il croit que les membres du comité ont dû y détailler leur argumentaire pour arriver aux deux constats exposés, qui sont lourds de conséquences selon lui. Il entend revenir sur le sujet cette semaine. 

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Gosselin accusé de mentir sur le transport en commun

Le directeur général du Conseil régional de l’environnement (CRE), Alexandre Turgeon, accuse le chef de Québec 21, Jean-François Gosselin, de «mentir à la population pour se faire du capitale politique et faire du spin».

«Quand il dit que personne n’en veut du SRB [service rapide par bus], je m’excuse. Le pire sondage qu’il y a eu dans les 15 dernières années dans les projets de tramway ou de SRB, c’était 49 % en faveur, 47 % contre. Et c’était dans une période où les radios «spinnaient» énormément contre, où personne ne parlait du SRB et de ses avantages. Le monde à Québec, ils en veulent du transport en commun. C’est ça qu’on a vu dans les consultations publiques et s’il l’a pas compris, j’espère qu’il va le comprendre dimanche prochain», s’est emporté M. Turgeon lors d’une entrevue téléphonique sur le bilan provisoire du comité consultatif sur la mobilité.

«Hérésie» de Québec 21

Le dg du CRE, qui a le sens de la formule et a déjà secoué le maire Régis Labeaume sur des dossiers apparentés, a identifié une autre «hérésie» de Québec 21 : «Dire que l’autobus est le mode de transport le plus adapté à nos conditions climatiques».

Affirmant que l’autobus est un meilleur choix que l’automobile dans la neige et le froid, M. Turgeon ajoute que le rail est «encore plus efficace», car c’est un transport plus lourd. Il donne l’exemple de Denver, au Colorado, où le système léger sur rail (SLR) continue de fonctionner dans les tempêtes alors que les autos peinent à avancer.

M. Turgeon en a aussi ras le bol des affirmations de Jean-François Gosselin sur le troisième lien routier Québec-Lévis. «Qu’il fasse la promotion d’un projet fondamentalement ridicule, stupide, qui n’a pas de demande, qui servirait seulement 6000 personnes de la Rive-Sud qui voudraient venir vers la Rive-Nord dans le meilleur des cas dans quelques années, qu’il veuille pousser sur un projet niaiseux comme ça qui va à l’encontre des citoyens de la ville de Québec, fine. Mais entendre des politiciens mentir sur des faits juste pour faire du spin et pratiquement gêner ceux qui veulent du transport en commun, je trouve ça de la petite politique cheap

Une incertitude partagée

Il y a une seule incertitude que partage M. Turgeon avec M. Gosselin, soit l’état d’avancement du projet de réseau structurant de transport en commun dans la tête du maire Régis Labeaume. «Je ne sais pas s’il en a un» plan défini, dit celui qui siège au comité consultatif sur la mobilité mis sur pied par la Ville de Québec.

Loin de craindre le retour du SRB, ce dernier dit plutôt regretter la réaction négative du chef d’Équipe Labeaume à la proposition de tramway d’Anne Guérette et son parti, Démocratie Québec. «Ce n’est pas le projet du siècle, mais c’est déjà un bon départ», commente M. Turgeon. «Je suis un peu désolé de voir le maire comme s’il avait fait son lit», soupire-t-il, résumant en disant qu’il y a «plusieurs combats à mener» pour améliorer le transport collectif à Québec.