«Toutes les structures qui contribuent au rétrécissement d’un cours d’eau peuvent être des facteurs d’embâcle», explique l’hydrologue Karem Chokmani.

Quatre embâcles depuis 2000 sur la Saint-Charles

Officiellement, le secteur de Duberger-Les-Saules qui a été touché par les inondations de la fin de semaine dernière ne se trouve pas dans une zone inondable. Mais c’est peut-être le signe qu’il faudrait changer nos critères, selon un chercheur du centre Eau, Terre et Environnement: depuis 2000, trois autres embâcles se sont produits dans le même tronçon de la Saint-Charles, entre l’autoroute Félix-Leclerc et l’embouchure de la rivière Lorette.

En consultant une base de données de la Sécurité publique, l’hydrologue Karem Chokmani a trouvé «un embâcle le 18 décembre 2000, près de l’endroit où l’autoroute Félix-Leclerc enjambe la rivière; un autre embâcle s’est formé le lendemain à l’endroit où la Lorette se jette dans la Saint-Charles; et un autre s’est produit en janvier 2008 au même endroit que celui de samedi dernier, soit sous le pont du boulevard Père-Lelièvre».

En comptant les événements de la fin de semaine dernière, cela fait donc quatre embâcles depuis 2000 sur un tronçon de rivière qui fait environ un kilomètre de long (à vol d’oiseau). Tous n’ont pas causé d’inondations, du moins pas aussi graves que celle des derniers jours, mais l’un des deux de 2000 a nécessité l’évacuation de deux immeubles, nous dit-on à la Sécurité publique, et en fouillant dans les archives du Soleil, on constate que l’embâcle de 2008 avait inondé cinq résidences.

Propice aux embâcles

Peu d’études scientifiques ont été faites sur les risques d’inondation en hiver, qui sont plus difficiles à prédire que les inondations d’été. M. Chokmani travaille justement là-dessus et croit que cette partie de la Saint-Charles est une zone propice aux embâcles. Après un secteur plutôt plat, la rivière traverse un tronçon plus pentu où l’eau, en circulant plus rapidement, peut arracher des gros morceaux de glace susceptibles de former des embâcles. Puis, un peu en amont du parc Les Saules, le courant redevient lent, et il se passe alors la même chose que si une autoroute devient un boulevard: cela favorise les bouchons. En outre, un peu plus loin, la Lorette peut elle aussi charrier des morceaux de glace, si bien que son embouchure est l’équivalent d’une intersection où il n’y aurait ni feu, ni signalisation: ça aussi, cela favorise les «embouteillages», si l’on peut dire.

Et le pont du boulevard Père-Lelièvre n’aide en rien. «Toutes les structures qui contribuent au rétrécissement d’un cours d’eau peuvent être des facteurs d’embâcle. S’il n’y avait pas eu le tablier du pont, les gros morceaux ne se serait pas accrochés au tablier, et d’autres morceaux ne se seraient pas accrochés aux premiers, et ainsi de suite jusqu’à bloquer l’écoulement de l’eau», dit M. Chokmani.

«Les gens qui se sont construits là sont en règle, insiste le chercheur. Ils sont en dehors des zones inondables aux 100 ans. Mais le problème, c’est que ces cartes-là sont faites pour l’été, dans des conditions d’écoulement en eau libre. Alors ces gens-là ne sont pas fautifs. Mais les conditions hivernales sont différentes.» Et comme deux inondations sur trois ont lieu en hiver, ajoute-t-il, nos cartes de zones inondables ne sont faites qu’en fonction du tiers des événements.

M. Chokmani travaille sur un modèle qui permettrait d’estimer les risques d’embâcle. «Pendant longtemps, on a travaillé surtout sur les inondations qui surviennent pendant l’été. Les risques d’hiver, c’est plus difficile à prédire et il n’y a pas beaucoup de travaux là-dessus», indique-t-il.