Quand monsieur et madame tout-le-monde font du porno

Samantha Ardente est sans doute la plus connue, mais elle est loin d'être la seule actrice québécoise de films XXX à mener une double vie. Le Soleil s'est entretenu avec une femme et un homme ordinaires qui ont tourné avec la désormais célèbre employée de l'école secondaire Les Etchemins et nous racontent comment ils ont concilié porno et quotidien.
À 21 ans, Dolly Princess étudie au cégep en soins animaliers et voudrait devenir vétérinaire ou ouvrir sa propre animalerie. Mais elle joue aussi dans des films pornos comme Jeunes filles en camping et 2 brunettes coquettes.
Depuis que la double vie de Samantha Ardente a été révélée, la semaine dernière, Dolly regarde passer la tempête médiatique avec un petit sourire en coin. Elle a déjà tourné dans un film avec Samantha, qui jouait le rôle d'une croqueuse de nymphettes, et se souvient de l'avoir prévenue des risques qu'elle se fasse con­gédier de l'école.
Dolly est convaincue que Samantha fait du bon travail en administration. Mais elle pense que son emploi dans une école secondaire, où elle représente une «figure d'autorité», aurait dû la décourager de faire des films pornos.
«Si elle avait travaillé dans un cégep, aux adultes ou dans une université, ce serait moins choquant, dit-elle. Mais étant donné que c'est des adolescents et que la plupart n'ont pas vraiment con­fiance en eux, j'imagine qu'en entendant les p'tits gars de l'école qui parlent juste de ça, les p'tites filles vont peut-être se dire : le seul moyen que les hommes nous trouvent attirantes, c'est qu'on soit des secrétaires cochonnes avec des grosses boules.»
Pourtant, Dolly dit avoir vécu une situation semblable à celle de Samantha Ardente, l'an dernier, alors qu'elle faisait ses cours de chimie et de physique de cinquième secondaire avec des mineurs au Centre d'éducation des adultes des Bateliers, à Lévis.
Après avoir appris qu'elle faisait des films pornos, la direction l'avait suspendue trois jours, le temps «d'évaluer son dossier», se souvient-elle. Dolly s'était défendue en disant qu'elle avait toujours été discrète à ce sujet et qu'elle n'avait jamais encouragé les jeunes à faire de la porno­graphie.
La commission scolaire des Navigateurs ne commente pas les cas précis. Mais Dolly dit que la direction n'est pas allée plus loin. «Ils m'ont dit que je séparais bien les choses. L'école, c'est l'école, la vie privée, c'est la vie privée.»
Pas un cas unique
Samantha Ardente est sans doute la plus connue, mais elle est loin d'être la seule actrice québécoise de films XXX à mener une double vie - et à devoir tracer une ligne entre celle qu'elle est au quotidien et celle que n'importe qui peut voir nue sur Internet.
Après la médiatisation de son histoire, certains auraient pu s'attendre à un vent de panique chez les quidams du porno. Mais pour Pegas Productions, la boîte qui a produit les films de Samantha, le contraire s'est produit. Le propriétaire, Nicolas Lafleur, dit que dans les deux dernières semaines, il n'a jamais reçu autant de candidatures d'amateurs.
Il faut savoir qu'environ 60 % des acteurs qui jouent dans les films de Pegas Productions sont des monsieur et madame Tout-le-Monde qui gagnent leur vie avec un métier qui n'a rien à voir l'industrie du sexe, indique M. Lafleur.
«Je me rappelle, il y a plusieurs années, les filles qui faisaient ça voulaient faire des carrières pornos et elles étaient dans l'industrie du sexe à 100 % ou voulaient le devenir, dit-il. Mais c'est rendu que les motivations sont plus "Je veux vivre une expérience, je suis belle, je suis un peu exhibitionniste, je veux en profiter pendant que ça passe".»
«Ça se démocratise de plus en plus, poursuit-il. On s'en va vers un changement de mentalité et de moeurs. On sort du milieu underground
Dolly Princess dit qu'elle s'est lancée dans le porno pour explorer sa sexualité et pour le thrill, «les émotions fortes». «J'avais 18 ans et j'avais pas connu une vie sexuelle très mouvementée, raconte-t-elle. Le peu de gars avec qui j'avais couché, c'était pas fameux.» Elle a googlé porno et Québec et elle a contacté Pegas Productions.
En trois ans, Dolly a fait une quinzaine de films et n'a pas l'intention d'arrêter. Elle dit qu'en commençant, elle était consciente des risques d'être reconnue. «Je ne pensais pas que ça resterait dans le noir toute ma vie, qu'un jour ma famille finirait par le savoir et mes amis aussi.»
Elle n'a pas eu le temps de tourner un film que ses parents avaient déjà lu son premier contrat, qu'elle avait oublié sur la table du salon familial.
«Mes parents, c'est des gens très ouverts d'esprit. Mais ils ne voulaient pas que je tombe dans la drogue et que je lâche l'école», dit-elle. «On a eu une discussion très sérieuse. Pour eux, peu importe ce que je fais, l'important, c'est que je sois heureuse.»
À visage découvert
Yannick, lui, a 33 ans et il se fiche bien qu'on écrive son prénom ou son nom d'acteur porno, «All in» (comme au poker). Il travaille comme commis débarrasseur dans un bar et s'occupe de l'entretien ménager dans une église, mais voudrait bien faire une carrière dans le porno.
«Je vais toujours avoir un emploi pareil, dit-il, parce que veux, veux pas, t'as pas des contrats quand tu veux et c'est pas toi qui décides quand tu tournes et quand tu fais une paye, donc t'as pas le choix d'avoir quelque chose de plus stable entre-temps.»
Yannick s'affiche ouvertement comme acteur porno. Dès son premier film, il l'a écrit sur sa page Facebook. Et pour que ce soit bien clair dans sa famille, il était accompagné d'une actrice porno au mariage de sa tante.
«Y en a qui vont essayer de le cacher, dit-il. Mais moi, ma famille sait que j'ai toujours été un gars un peu rock'n'roll et de party et ils savent que je suis un homme à femmes. Il y a peut-être juste ma mère qui n'aime pas ça quand j'en parle. Mais là, tout le Québec est au courant, alors elle a comme pas le choix.»
En amour, par contre, Yannick a du mal à trouver une copine qui accepte de le voir copuler avec d'autres filles. «Y en a que ça excite et y en a que ça écoeure, dit-il. Mais c'est une de celles que ça écoeure qui pourrait devenir ma femme.»