Cette paruline à gorge orangée s’alimentait au sol lundi, dans le secteur de Bergeronnes, après une «correction», c’est-à-dire un vol visant à rectifier sa trajectoire de migration.

Quand il pleut des parulines

GASPÉ — Un demi-million de parulines ont été observées lundi aux Bergeronnes et à Tadoussac, en Haute-Côte-Nord. «C’est probablement le plus gros mouvement de passereaux néotropicaux jamais enregistré en Amérique du Nord», déclare le directeur de l’Observatoire d’oiseaux de Tadoussac, Pascal Côté.

L’équipe de l’Observatoire, postée sur le quai des Bergeronnes, a compté, une à une, 183 000 parulines entre 5h et 16h. Les observateurs du Cornell Lab of Ornithology, basés dans les dunes de Tadoussac, ont estimé leur nombre à 720 000. Ce qui fait dire à M. Côté qu’au moins 500 000 parulines ont longé la côte en un seul jour. 

«Une journée de 10 000 à 50 000, ça se produit annuellement. Mais hier [lundi], on voyait 10 000 oiseaux en 20 minutes!» illustre le directeur.

Vent favorable

Des conditions de vent optimales, combinées au moment du pic de la migration, expliquent ce phénomène exceptionnel.

Les radars météo du Maine, aux États-Unis, avaient détecté l’arrivage massif de passereaux. «Dans la nuit de dimanche à lundi, un gros vent de sud-ouest a drainé les parulines vers le nord-est. C’était un vent d’altitude, idéal pour la migration», explique M. Côté.

Les parulines migrent de nuit. Le vent soufflait entre 50 et 80 km/h à une altitude de 1000 à 1200 mètres. Grâce à cette poussée, conjuguée à leur battement d’ailes, «ils peuvent en parcourir, du kilométrage, en une nuit!» lance M. Côté.

Une paruline à poitrine baie aperçue lundi dans le secteur de Bergeronnes

«Ces mouvements massifs amènent, le lendemain, une correction migratoire. Elles sont emportées trop loin au nord ou à l’est. Quand le soleil se lève, elles constatent qu’elles sont allées trop loin», explique M. Côté. Les parulines reviennent alors vers le sud-ouest.

C’est ce phénomène de «correction» que les observateurs ont vu lundi, dans Charlevoix, sur la Côte-Nord, au Bas-Saint-Laurent et en Gaspésie. Un observateur à bord du traversier Trois-Pistoles-Les Escoumins a même vu des parulines en train de rebrousser chemin, rapporte M. Côté.

L’équipe du Cornell Lab of Ornithology, dans l’État de New York, était à Tadoussac spécialement pour observer la migration. À partir de 6h30, ils en ont eu plein les yeux. «Pendant les neuf heures suivantes, nous avons compté un vol ininterrompu de parulines, qui couvrait parfois tout le ciel visible, d’un horizon à l’autre. Il y avait tellement de cris d’appel en vol qu’ils se fondaient dans un bourdonnement constant», a écrit Ian Davies du Cornell Lab, sur le site eBird.

La réputation de Tadoussac a monté d’un cran auprès des ornithologues américains. «Des gens veulent venir l’an prochain», remarque Pascal Côté.

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HÉCATOMBE DANS LES FENÊTRES

La masse de parulines n’est pas passée inaperçue dans l’Est-du-Québec. Les résidents ont pu les observer en nombre anormalement élevé qui sautillaient ou voletaient sur leur pelouse, ou s’écrasaient dans leurs fenêtres. 

Hugues Deglaire, ornithologue et photographe, habite au bord de la mer, à Saint-Ulric, près de Matane. Lundi matin, une première paruline s’est écrasée dans sa fenêtre. Il a fermé les rideaux pour sauver les suivantes, qui arrivaient par groupes de cinq ou dix.

Un de ses amis, enseignant à l’école primaire Victor-Côté, de Matane, l’a appelé pour lui demander quoi faire avec les 40 à 50 parulines mortes ou sonnées après s’être cognées dans les fenêtres de l’établissement. 

M. Deglaire a pris sa voiture pour rejoindre l’école. «Sur la route, j’ai dû ralentir pour ne pas en frapper. Il y avait une telle concentration», dit-il. 

À l’école, les élèves ont entassé les parulines mortes et mis les autres à l’abri dans une boîte en carton en attendant qu’elles reprennent leurs esprits.

«J’ai improvisé une animation. Après, on est allés libérer les parulines qui avaient repris conscience. Et on a fermé les rideaux de la classe», rapporte M. Deglaire. 

L’école n’a pas été la seule touchée. «J’ai fait plusieurs bâtiments, surtout ceux vitrés, à Matane, et j’en ai trouvé sous tous ceux qui étaient côté mer», indique M. Deglaire. 

Près de 50 parulines de diverses espèces ont frappé lundi les fenêtres de l’école primaire Victor-Côté, de Matane.

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EN UN MOT

Le terme «parulines» désigne un groupe de passereaux, souvent très colorés, d’environ 15 centimètres de long. Elles passent l’hiver dans le sud des États-Unis, au Mexique, en Amérique centrale et du Sud. Au printemps, elles partent pour un voyage de 7000 ou 8000 kilomètres afin de venir nicher dans notre forêt boréale. Une vingtaine d’espèces de parulines se reproduisent au Québec. 

Dans la masse observée lundi, les parulines à poitrine baie (20 %), tigrée (15 %) et obscure (10 %) étaient particulièrement abondantes. Ces espèces prospèrent en raison de l’infestation de la tordeuse de bourgeons de l’épinette, une manne de nourriture pour elles.