Prenez le ponceau de la rivière Beauport, sur le boulevard Louis-XIV, par exemple. La voie routière d’importance sera fermée durant trois mois.
Prenez le ponceau de la rivière Beauport, sur le boulevard Louis-XIV, par exemple. La voie routière d’importance sera fermée durant trois mois.

Quand Dame Nature nous fait payer l’urbanisation

Plus nous construisons, plus nous occupons le territoire municipal, moins nous laissons d’espace à l’eau pour percoler dans le sol. Une imperméabilisation que nous fait chèrement payer la nature.

Prenez le ponceau de la rivière Beauport, sur le boulevard Louis-XIV, par exemple. La voie routière d’importance sera fermée durant trois mois. La vieille infrastructure doit être rebâtie et agrandie afin de faire de la place aux flots. Quelque 1,7 million $.

Il faut dire que l’humain a écrasé les arbres et avalé les champs pour s’installer à demeure dans le bassin versant du cours d’eau. Plusieurs de ses affluents ont d’ailleurs été enterrés.

«Par le passé, on comptait une quinzaine de tributaires pour la rivière Beauport. Aujourd’hui, seulement sept de ceux-ci ont conservé un aspect plus naturel, alors que les autres présentent des portions importantes qui sont canalisées», souligne le Comité de valorisation de la rivière Beauport sur le Web.

«Le développement urbain modifie la gestion des eaux pluviales», explique au Soleil la conseillère en communication municipale Wendy Whittom. «Par l’ajout d’immeubles résidentiels et commerciaux, de rues et de stationnements, la superficie de sol qui absorbe naturellement l’eau de pluie est diminuée.»

Elle poursuit : «L’eau de pluie qui tombe sur un bâtiment ou sur une surface asphaltée n’est pas absorbée par le milieu naturel ; elle ruisselle jusqu’à un ouvrage du réseau pluvial. Cette imperméabilisation des sols augmente donc la quantité d’eau qui ruisselle, et au fil des ans et du développement des quartiers, plus d’eau se retrouve à circuler dans un ponceau.»

Quand vient le temps de remplacer des conduites souterraines et des ponts, les experts de la Ville doivent donc s’adapter. Essayer de prévoir le surplus d’eau que nous enverrons vers les infrastructures en étendant notre emprise sur la verdure, fait remarquer Mme Whittom. «Les dimensions de l’ouvrage doivent être adaptées non seulement à la réalité du moment, mais à celle projetée pour toute la durée de sa vie utile.» 

Louis-XIV fermé 3 mois

Revenons sur le boulevard Louis-XIV. Il y a donc ce ponceau bétonné qui permet d’enjamber la rivière Beauport. «Le ponceau est situé à l’ouest du 2416, boulevard Louis-XIV, […] près de la rue Naudet.»

Construit en 1979, il a fait son temps. «Les travaux consistent à le reconstruire et à augmenter son diamètre, ceci pour adapter sa capacité d’écoulement hydraulique compte tenu de l’urbanisation du secteur des 40 dernières années.»

Il y aura des inconvénients pour les usagers de la route. Et les résidents du secteur. «Les travaux sont prévus pour une durée de trois mois. La date de début […] est planifiée à la mi-juin, mais l’échéancier pourrait être révisé selon la reprise des travaux dans la construction», indique Wendy Whittom. «La circulation routière sera détournée dans les rues avoisinantes pendant les travaux.»

Selon le Comité de valorisation de la rivière Beauport, «le bassin versant de la rivière Beauport a une superficie de 26 km2. La rivière Beauport s’écoule sur une longueur de 12 km du nord au sud du bassin versant et se déverse dans le fleuve Saint-Laurent au niveau de la baie de Beauport. Elle possède une largeur de 10 m à l’embouchure et de 1,5 m en moyenne en tête de bassin.» 

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D'AUTRES RIVIÈRES ET RUISSEAUX DOMPTÉS

Ce n’est pas d’hier que l’humain veut dompter l’eau sur le territoire de la capitale. Il y a quelques années, nous rapportions notamment que la rivière Lairet fuitait dans le sous-sol de l’hôpital Saint-François d’Assise! Pourtant, sur terre, on n’y voit rien. Sous le bitume, toutefois, le cours d’eau circule dans un gros tuyau. Bucolique à la fondation du centre de santé par les religieuses, la rivière était devenue un égout à ciel ouvert dans les années 1940 et 1950 à la suite de l’urbanisation de Limoilou. Les sœurs avaient donc demandé son enfouissement. Ailleurs dans la capitale, le ruisseau Saint-Michel et la rivière de la Cabane-aux-Taupiers coulent aussi dans des canalisations. Tout comme de nombreux autres, notamment à l’Université Laval et dans le Vieux-Québec. Baptiste Ricard-Châtelain