Devant le café Bonté divine !, le proprio Michaell Deschamps-Robin installe sa terrasse. Il pense l’agrandir pour faire oublier le resto voisin qui vient de mettre la clef sous la porte. Aussi pour profiter de la belle saison afin de faire le plein.

Quai Paquet de Lévis: peu de prospérité chez les commerçants

Revampé à grands frais, le secteur du traversier du côté de Lévis peine à éclore. Les jets d’eau illuminés et les spectacles de la haute saison estivale n’arriveraient pas chauffer suffisamment le commerce grelottant face aux vents fluviaux de l’hiver.

«Je m’inquiète.» C’est Gilles Frenette, un résident, qui a invité le Soleil à porter son attention sur le petit quartier coincé entre le fleuve et la falaise. «Il n’y a rien, tu débarques du traversier et il n’y a rien. Quand les touristes arrivent, les visiteurs, on n’a pas de services à leur offrir.» 

Intrigués, nous nous sommes offert une virée sur la Rive-Sud. Ce jour-là, rue Saint-Laurent, l’atmosphère était relax… peut-être un peu trop pour les entrepreneurs. Dans la gare fluviale toute neuve, des franchisés Tim Hortons finissaient le grand ménage de fermeture ; la populaire chaîne n’a pas survécu aux froidures qui éloignent les clients durant l’hiver.

Tout près, l’ancienne gare fluviale maintenant propriété de la Ville était vide. Des passants ont inutilement tiré sur la porte, barrée. Personne dans la boutique touristique, personne au bureau d’information touristique.

Sur l’autre face de la voie publique : un glacier-chocolatier fermé pour l’hiver ; une boutique érotique ; un resto-grill en faillite ; un café ; un bureau de designer et, plus loin, une galerie d’art actuel. Quoi d’autre ? Plusieurs locaux à louer depuis le départ des commerçants et beaucoup de stationnements pour les automobilistes sautant dans le traversier vers Québec. 

Un peu à l’écart, le pub de la microbrasserie Le Corsaire.

«En devenir»

Copropriétaire du Chocolato de la route du Président-Kennedy, Vincent Vallée, a ouvert le comptoir de crème glacée et chocolat qui reprendra ses activités au cours des prochaines semaines. «L’hiver, il n’y a rien», laisse-t-il tomber. «Avant la fin des classes, il ne se passe pas grand-chose. Et, aussitôt l’école recommencée, ça tombe.»

L’administration municipale fait des efforts importants pour rafraîchir le secteur, dit-il. Mais l’élan ne suffit pas encore à propulser les affaires. «C’est en devenir.»

Devant le café Bonté divine !, le proprio Michaell Deschamps-Robin installe sa terrasse. Il pense l’agrandir pour faire oublier le resto voisin qui vient de mettre la clef sous la porte. Aussi pour profiter de la belle saison afin de faire le plein. «L’été, la masse est là. Ce qui est plus dur c’est l’hiver. Il faut un revenu l’hiver.»

Lui aussi constate que la mairie a dépensé gros autour de la gare fluviale au cours des dernières années. Le revers de la médaille c’est qu’il y a eu des travaux en continu. Et que le réaménagement de la rue Saint-Laurent a repoussé les voitures : «En tout, on a perdu 50 stationnements.» La clientèle de courte durée ne viendra plus si une alternative n’est pas mise en place, selon lui. «S’il n’y a pas de stationnements, ils continuent et repartent.»

Tous les investissements ont permis de créer un beau lieu touristique. Mais «l’achalandage est ponctuel et saisonnier», constate à son tour la directrice générale et artistique de Regart, Amélie Laurence Fortin. Le «centre d’artistes en art actuel» hiberne d’ailleurs de la mi-décembre à la mi-février.

Le désert hivernal ne permet pas de développer une économie de proximité, selon elle. «Mosus que ce serait le fun pour les gens de la rue Saint-Laurent d’avoir accès à des trucs simples comme un dépanneur, un marché…»

Tout raser ?

Mme Fortin se questionne par ailleurs sur les réelles visées des élus pour l’enclave. Déjà, des tours de copropriétés sont implantées. Un projet d’hôtel de luxe est évoqué. 

Quel sera l’avenir des petits commerces survivants qui occupent le rez-de-chaussée des bâtisses de la rue Saint-Laurent ? demande-t-elle. Un jour, la ville voudra-t-elle raser pour construire en neuf ?

La Ville de Lévis a investi autour de 21 millions $ au cours des dernières années pour rénover le quai Paquet. Des millions ont aussi été décaissés pour rebâtir la rue Saint-Laurent face à la gare fluviale du traversier.

Au moment de transmettre cet article, le service des communications de la mairie de Lévis ne nous avait pas recontactés afin de discuter du dossier. Le conseiller municipal responsable du secteur, Steve Dorval, aussi n’avait pas répondu.