Le ministre des Transports, Sam Hamad, a fait valoir que le processus législatif visant à prolonger l'autoroute 73 dans la Beauce allait suivre son cours, n'en déplaise au Parti québécois et à Québec solidaire.

Prolongement de l'autoroute 73: bataille à l'Assemblée nationale

Bien qu'ils soient en faveur du prolongement de l'autoroute 73 dans la Beauce, le Parti québécois et Québec solidaire se prononcent contre le projet de loi déposé par le gouvernement du Québec pour couper court à la contestation judiciaire du tracé.
Le ministre des Transports, Sam Hamad, présentait le 24 mars son ultime solution pour sortir la 73 de l'impasse entre Beauceville et Saint-Georges : valider par une loi le décret de septembre 2009 forçant le dézonage des terres agricoles situées tout au long du tracé privilégié par ses fonctionnaires. Il déclarait alors qu'«un vote contre le projet de loi, c'est un vote contre la Beauce et les Beaucerons». Il l'a répété encore jeudi.
Qu'importe, les partis d'opposition ont décidé de se ranger du côté des quatre propriétaires qui refusent de voir leurs terres agricoles scindées par l'autoroute. Depuis 2007, ces deux couples d'agriculteurs de Beauceville ont dépensé plus de 100 000 $ en frais juridiques. L'automne dernier, ils ont réussi à faire tomber le décret adopté par le gouvernement Charest un an plus tôt. Après avoir porté la cause en appel, celui-ci a répliqué avec son projet de loi rétroactif qui tient en deux paragraphes.
«On se retrouve devant la situation où c'est David contre Goliath. En l'occurrence, le Parti québécois ne peut pas appuyer le gouvernement dans sa tentative de bâillonner des citoyens et de les brimer dans leurs droits», a déclaré jeudi Nicolas Girard, porte-parole de l'opposition officielle en matière de transports, qui promet de faire obstruction au projet de loi 2.
Selon lui, le ministère des Transports n'a que lui à blâmer pour les retards dans l'échéancier des travaux puisque c'est lui qui a repoussé le tracé vers l'est alors que celui de l'ouest était déjà approuvé. «Que se cache-t-il derrière ce changement de position du gouvernement?» demande le député de Gouin.
Son collègue Amir Khadir, de Québec solidaire, a également fait valoir son opposition par voie de communiqué. «Le ministre Hamad est incapable de justifier l'urgence et la nécessité d'avoir recours à une loi matraque, par surcroît une loi rétroactive. Les consultations particulières l'ont laissé sans arguments», a-t-il déclaré, référant aux positions exprimées mardi devant la Commission des transports. Le Barreau du Québec et la protectrice du citoyen y ont dénoncé le caractère rétroactif du projet de loi 2.
«Écoeurite aiguë»
En entrevue téléphonique, jeudi, le ministre Hamad a fait valoir que le processus législatif allait suivre son cours, n'en déplaise à l'opposition. «Le PQ se sert de faux prétextes pour faire obstacle à la Beauce», a-t-il lancé. Selon lui, l'appui de la majorité de la population au projet d'autoroute justifie le recours à un outil législatif exceptionnel. Il a également répété qu'il était prêt à examiner la possibilité de compenser les opposants pour les frais juridiques engagés, comme l'a suggéré le Barreau du Québec.
Robert Thibaudeau, porte-parole de Solidarité Autoroute, a confirmé «l'écoeurite aiguë» des Beaucerons et prévenu qu'ils ne toléreraient plus aucun report compromettant le développement économique de leur région. «Chaque année de retard, ça représente des millions de dollars et ce sont les citoyens qui paient pour ça», a-t-il insisté.
Menaces contre les opposants
Josée Bilodeau, une des quatre propriétaires qui contestent encore le tracé de l'autoroute 73, a révélé jeudi avoir reçu des menaces de mort, de voies de fait et d'intrusion sur sa propriété durant la dernière année. Certaines ont été proférées par téléphone, de façon anonyme, d'autres ont été lancées sur les ondes de radios privées locales.
La coalition Solidarité Autoroute a notamment tenté d'organiser une manifestation d'appui au projet chez le couple Bilodeau-Veilleux. L'agriculteur Marc Saint-Hilaire, qui partage les mêmes avocats, s'est aussi fait dire que sa ferme pourrait brûler.
«C'est un noyau dur qu'il y a à Saint-Georges qui veut absolument que ce soit ce tracé-là qui passe sur nos propriétés. Ils y tiennent mordicus et ça a suscité du mépris envers les gens qui ont gagné honorablement, comme nous, devant les tribunaux», analyse Mme Bilodeau.
Le climat de tension est tel qu'il y a même eu invectives et bousculades à l'Assemblée nationale, mardi, en marge de la commission parlementaire. «C'est extrêmement grave et qu'un ministre du gouvernement badine avec une telle chose me trouble profondément», a déploré le député péquiste Nicolas Girard.
Le ministre Sam Hamad a répliqué qu'il n'était pas au courant de ces menaces et il a invité les victimes à porter plainte à la police.