Quelque 320 citoyens se sont rassemblés lundi soir à une soirée d’information et d’échanges organisée par la Ville de Québec en prévision de la construction du projet Le Phare.

Projet Le Phare: un copier-coller d’inquiétudes

À l’aube de la construction du complexe Le Phare dont la principale tour atteindra 65 étages, c’est toujours la hauteur qui pose problème aux résidents de Sainte-Foy.

«J’ai l’impression de voir le séquoia dans la plaine.» Nicolas Bellerose s’est dit déçu de l’intégration du projet dans l’environnement du boulevard Laurier et des quartiers résidentiels qui le jouxte. À lui seul, il résume bien la plus importante crainte de plusieurs des quelque 320 citoyens rassemblés lundi soir à une soirée d’information et d’échanges organisée par la Ville de Québec en prévision de la construction du projet de 755 millions $ qui pourrait débuter aussi tôt qu’en 2019.

C’est d’ailleurs «la critique» qui revient le plus souvent depuis l’annonce du mégaprojet faite en 2016. Un autre citoyen, André Dion, urbaniste de profession, se questionne à savoir «comment on peut être séduit par un projet pareil en 2018» qu’il qualifie de «verrue épouvantable».

Caroline Gaudreault, qui possède une maîtrise en aménagement urbain, travaille sur l’avenue Lavigerie, voisine des futurs tours. Pour elle, passe encore les inconvénients liés à la construction, quand même limités dans le temps. Le problème, c’est que les tours resteront. «Hélas, la hauteur des bâtiments sera là pour longtemps. Il y a beaucoup d’aménagistes et d’architectes de la région de Québec qui sont en accord avec moi. Je considère que c’est une erreur historique qu’on fait», a-t-elle conclu sous les applaudissements.

Les explications de la Ville ne suffisent visiblement pas à les convaincre tous. Le conseiller Rémy Normand, vice-président du comité exécutif, a pourtant rappelé le choix de l’administration Labeaume de permettre au projet de se réaliser.


« Il y a beaucoup d’aménagistes et d’architectes de la région de Québec qui sont en accord avec moi. Je considère que c’est une erreur historique qu’on fait »
Caroline Gaudreault, voisine des futures tours et détentrice d’une maîtrise en aménagement urbain

«On pourrait avoir quatre gros blocs de glace sans vie, sans place publique, et tout le monde aurait dit que ça n’a aucun sens», a lancé le conseiller, référant à ce que permet l’actuel plan particulier d’urbanisme du plateau centre de Sainte-Foy.

La consultation de lundi est la première de trois pour prendre le pouls de la population sur les modifications réglementaires qui doivent être faites pour permettre de faire passer, notamment, le nombre d’étages à 65, et par le fait même de diminuer de 55 % à 33 % l’occupation au sol des bâtiments.

Pour le conseiller Normand, le promoteur, Michel Dallaire de Groupe Dallaire, a réussi «à travailler en faisant différemment tout en arrivant aux mêmes objectifs».

En effet, M. Dallaire pourrait, sans modification réglementaire, construire quatre édifices de 29 étages qui offriraient sensiblement le même nombre de mètres carrés d’espaces à bureaux et un nombre identique d’unités d’habitation.

Nuisances potentielles

Parmi les autres inquiétudes exprimées, des citoyens doutent que leur propriété prenne de la valeur avec la construction du Phare comme le suggère une étude. Ils pensent même qu’elle pourrait en perdre.

Pendant les 10 ans prévus de construction, les résidants s’inquiètent aussi de certaines nuisances comme le bruit, la poussière, l’éclairage lors des travaux de soir et la circulation de transit.

Un citoyen a même voulu savoir si la Ville avait prévu des compensations financières pour la perte d’ensoleillement provoquée par l’ombre des tours.

À quoi bon

Bon nombre de personnes ont aussi voulu connaître la valeur de leur intervention, commentaire, dans le contexte où le projet ne sera pas soumis au processus référendaire.

«On ne se fendra pas en quatre pour écrire des textes, si on ne fait pas de modification», a lancé Ginette Paquin. Une situation qui crée un malaise au chef de l’opposition officielle, Jean-François Gosselin. «L’histoire est écrite à l’avance», a-t-il résumé en fin de soirée.

De la trentaine d’interventions au micro, il s’est quand même trouvé quatre ou cinq personnes favorables au projet dans sa mouture actuelle. 

Une autre séance d’information se tient mardi soir à l’édifice Andrée-P.-Boucher. Une dernière soirée de consultation, où la Ville entrera plus en détail dans les aspects réglementaires à modifier, aura lieu le mercredi 21 novembre au même endroit.