Le PDG du port de Québec, Mario Girard
Le PDG du port de Québec, Mario Girard

Projet Laurentia: le Port de Québec digère mal le rapport de l’Agence d’impact du Canada 

Baptiste Ricard-Châtelain
Baptiste Ricard-Châtelain
Le Soleil
L’administration du port de Québec digère mal le rapport critique déposé en début de semaine par l’Agence d’impact du Canada quant aux «effets environnementaux négatifs importants» du futur terminal de conteneurs Laurentia de 775 millions $.

«On ne peut pas acquiescer aux conclusions», déplore le PDG Mario Girard. «C’est un rapport incomplet, provisoire et hautement perfectible.» 

«Afin de donner l’heure juste à la population, il est important pour nous de réagir aujourd’hui», a laissé tomber M. Girard, en conférence de presse vendredi. «Nous ne partageons pas plusieurs des observations.» 

Depuis 2015, le port travaille avec des scientifiques qui ont réalisé quelque 116 études, plaide-t-il. «Rien n’a été laissé au hasard.» 

«Plusieurs changements et ajustements» aux plans initiaux auraient été réalisés, notamment pour amenuiser les impacts sur les poissons.  

Aussi pour réduire la poussière, la pollution. «Le port s’engage à travailler avec les experts sur cette importante question.» 

À pleine capacité, vers 2035, quelque 90% des 700 000 conteneurs transportés chaque année circuleront par train, pas par camion, ajoute le directeur principal de Laurentia, Hugues Paris. 

La manutention de conteneurs est une activité qui ne génère pas de poussière, insiste Marie-Ève Lemieux, directrice de l’environnement. 

«Notre projet ne constitue pas un risque à la santé humaine», tranche Mario Girard. «La santé humaine n’est pas un enjeu négociable.» 

La faune et les humains écopent 

Lundi, l’Agence d’évaluation d’impact du Canada a indiqué que le projet Laurentia aura des «effets environnementaux négatifs importants [directs et cumulatifs]». Et qu’il appartient maintenant au gouvernement fédéral de juger si ceux-ci sont «justifiables». 

Dans la version provisoire du rapport d’évaluation diffusé, l’Agence juge notamment que le futur quai à construire de 610 mètres empiétera «sur le poisson et son habitat». Aussi, que le terminal — d'une superficie totale de 31,7 hectares — affectera «la qualité de l’air et la santé humaine compte tenu de l’augmentation des émissions de particules dans l’air et de contaminants issues de la combustion de combustibles fossiles». 

L’accès réduit aux terres et aux ressources naturelles pour les Premières Nations ainsi que les limitations aux activités de pêche et de loisirs sont également cités dans la liste des effets négatifs de l’Agence d’impact du Canada. 

Les auteurs conviennent que «le promoteur s’est engagé à intégrer dans la réalisation du projet des mesures d’atténuation qui permettraient d’éviter ou de minimiser ses effets négatifs. Des mesures de compensation sont également proposées pour contrebalancer les effets négatifs résiduels, le cas échéant». 

Celles-ci ne suffiront toutefois pas à éliminer les nuisances. «[…] L’ensemble de ces mesures ne permettraient pas d’atténuer suffisamment les effets potentiels du projet pour rendre les effets résiduels non importants.» 

Dissidence chez Labeaume 

Ces observations de l’Agence d’impact du Canada ont créé de la division au sein de l’équipe du maire de Québec, Régis Labeaume, qui appuie les visées expansionnistes du port. 

Suzanne Verreault, du district Limoilou, et Geneviève Hamelin, du district Maizerets-Lairet, ont affiché publiquement leur opposition. 

Le PDG du port est déçu de ces «sorties publiques un peu rapides». Mais il ouvre la porte à une rencontre avec les élues afin de faire le point. 

Le port entend également participer aux consultations en cours à l’Agence d’impact du Canada avant la publication du rapport final. «On pense que les gens vont comprendre que c’est un beau projet, un bon projet.»