Projet de pont sur le Saguenay: coup d’éclat au ministère des Transports [VIDÉO]

Judith Desmeules
Judith Desmeules
Le Soleil
Des membres de la Coalition Union 138 ont visité les bureaux du ministère des Transports vendredi, dans le but de discuter du projet d’un pont sur le Saguenay. Les policiers de Québec ont été les seuls à leur accorder de l’attention, en les priant de quitter les lieux.

«Ça nous donne un son de cloche important, on le voit qu’on n’est pas dans les priorités de ce gouvernement-là, ils ne veulent même pas nous parler. On a pris tous les bons chemins politiques pour leur parler avant d’en arriver là. Clairement, ils veulent rien savoir de nous», déplore le président du Conseil central Côte-Nord de l’organisation syndicale et porte-parole de la coalition, Guillaume Tremblay.

Lui et une dizaine de personnes avaient fait le voyage depuis la Côte-Nord dans l’espoir de parler à un membre du ministère. Le groupe souhaitait savoir si le bureau de projet sur l’étude d’un premier lien, un pont enjambant la rivière Saguenay à l’embouchure du fleuve Saint-Laurent, existait toujours.

«Le message avait été clair au directeur, on ne quitterait pas avant d’avoir une réponse satisfaisante. On allait attendre un avis d’éviction, et puis on l’a eu», ajoute M. Tremblay. 

Le ministère des Transports a préféré ne faire aucun commentaire sur cette visite-surprise dans ses bureaux de Québec.

Après une autre interruption de la traverse Tadoussac–Baie-Sainte-Catherine vers la fin novembre, le ministre François Bonnardel avait bien laissé savoir que sa priorité pour cette région était la route 138, ensuite il envisagerait «peut-être» le pont. Sa décision est notamment justifiée par l’achat récent des deux traversiers qui exécutent la traverse actuellement, le Jos-Deschênes II et l’Armand-Imbeau II, ils auraient «coûté très cher».

Sécurité

«On veut le désenclavement de la Côte-Nord, par les deux bouts. On est isolés. On est la seule région qui n’a pas de fluidité, on a une [route] 138 qui s’améliore, mais c’est encore une route qui est très dangereuse», exprime le maire de Sept-Îles, Réjean Porlier, présent avec le groupe à Québec vendredi.

Il dénonce surtout le manque d’informations transmises par le gouvernement. «Ça fait au moins un an qu’on parle de tout ça avec M. Bonnardel. On voit une bonne écoute. Maintenant, on veut un plan d’action avec des échéanciers. On veut le vrai portrait de la situation», ajoute-t-il.

Les préfets des MRC de Charlevoix-Est et de Manicouagan accompagnaient aussi le groupe.

En juin dernier, un tragique accident est survenu à Tadoussac. Incapable de s’arrêter dans la côte abrupte avant le quai, un véhicule récréatif s’est écrasé sur le traversier qui venait tout juste de partir pour Baie-Sainte-Catherine. L’accident spectaculaire a mis en lumière le problème de sécurité entourant cette traverse.

«L’accident du traversier, c’est un événement parmi tant d’autres qu’on subit sur la Côte-Nord, ça fait longtemps que la population a plus de patience. Quand il débarque 100 voitures d’un navire sur une route comme la 138 où il y a peu d’endroits pour dépasser, on a aussi un problème», indique M. Tremblay.

Cet accident n’a pas semblé alarmer davantage le ministère sur le sujet, selon M. Tremblay.

Les arrêts fréquents du traversier, l’achalandage, l’aspect environnemental et la sécurité à l’entrée et à la sortie des traversiers sont tous des enjeux importants à considérer dans la décision d’un premier lien pour la Côte-Nord.

«Pas plus tard qu’il y a deux semaines, le traversier a été arrêté pendant 34 heures, imaginez ce que ça représente comme coût pour une entreprise forestière qui doit acheminer du bois un peu partout!»

M. Tremblay et la Coalition Union 138 tiennent à rappeler que la route 138 est l’une des plus meurtrières dans la province, d’où l’urgence de se préoccuper de leurs demandes. 

Un tour à l’Assemblée

Plus tôt dans la journée, le petit groupe s’était présenté à l’Assemblée nationale afin de réclamer l’achèvement de la route 138 jusqu’à Blanc-Sablon et le lancement de l’étude de faisabilité d’un pont sur le Saguenay. Le président de la CSN, Jacques Létourneau, a pris la parole en rappelant notamment que le gouvernement Legault s’était engagé en campagne électorale à réaliser une telle étude. 

Le député péquiste de René-Lévesque, Martin Ouellet, a aussi martelé que les Nords-Côtiers avaient droit à un premier lien et que la considération du premier ministre dans cette affaire serait grandement appréciée. 

«On pense qu’on a bien été entendus. On va aller chercher des appuis de tout ordre. On va sortir de la Côte-Nord pour que le premier ministre nous entende», commente M. Tremblay.

Du côté du Ministère, on confirme que ce fameux bureau de projet sur la faisabilité d’un pont est toujours en place.

«Les représentants de la Société du pont sur le Saguenay à Tadoussac ont rencontré les autorités du ministère des Transports pour déposer les résultats d’une étude qu’elle avait commandée. En date [de vendredi], le Ministère poursuit l’analyse de cette étude. Suivant les résultats de l’analyse, une orientation sera prise quant à l’étude d’opportunité», a écrit par courriel Caroline Rondeau, conseillère en communication à la direction générale de la Côte-Nord.