Dans son atelier de Saint-Romuald, l’artiste Ludovic Boney travaille depuis cet été à la fabrication de la flèche monumentale, de couleur noire, faite d’acier et d’aluminium. Elle est commanditée par l’avocat Marc Bellemare et réalisée en collaboration avec le plasticien français Jean-Pierre Raynaud.
Dans son atelier de Saint-Romuald, l’artiste Ludovic Boney travaille depuis cet été à la fabrication de la flèche monumentale, de couleur noire, faite d’acier et d’aluminium. Elle est commanditée par l’avocat Marc Bellemare et réalisée en collaboration avec le plasticien français Jean-Pierre Raynaud.

Projet de flèche monumentale: quatre villes en lice, dont Québec

Normand Provencher
Normand Provencher
Le Soleil
Le projet de flèche monumentale, l’œuvre d’art public commanditée par Marc Bellemare, va bon train. Quatre municipalités, dont Québec, ont démontré leur intérêt afin d’ériger le monument sur leur territoire. L’avocat et ex-ministre se donne encore quelques mois pour déterminer l’heureux élu.

Joint par Le Soleil cette semaine, Me Bellemare refuse de dévoiler l’identité des villes en lice puisque des négociations sont en cours. Tout au plus s’est-il avancé à dire que la Ville de Québec avait levé la main pour accueillir le monument.

«Je ne peux pas vous dire avec qui je parle et quelles sont les propositions, mais je peux vous dire que j’en ai deux de la Ville de Québec […]. Mais ça ne veut pas dire que [la flèche] va être installée à Québec, elle le sera peut-être ailleurs», explique-t-il.

En juin, Le Soleil avait levé le voile sur ce projet d’envergure réalisé en collaboration avec l’artiste plasticien français Jean-Pierre Raynaud. C’est lors de la dernière visite à Québec de ce dernier, en 2018, à l’occasion de la réinstallation au parc de l’Amérique française de son œuvre mal-aimée Dialogue avec l’histoire — le fameux cube blanc de place de Paris démoli par l’administration Labeaume — que Me Bellemare avait lancé l’idée d’une flèche monumentale de 27 mètres de hauteur, avec la pointe dirigée vers le sol.

Une œuvre similaire de Jean-Pierre Raynaud, plus courte de neuf mètres, peut être vue depuis deux ans à l’entrée de la commune flamande de Knokke-Heist, en Belgique. La flèche avait été transportée de nuit, depuis la région de Bruxelles, par convoi exceptionnel.

À l’instar de l’entrepreneur belge qui a fait don du monument à la ville, Me Bellemare assume la facture de fabrication, d’installation et d’entretien de l’œuvre, un montant évalué entre 200 000 $ et 300 000 $. Aucun denier public n’est impliqué dans le projet.

En Recherche d’un endroit dégagé

Pour Me Bellemare, cofondateur du Club des collectionneurs en arts visuels de Québec, la flèche monumentale ne peut pas être installée n’importe où. S’il nourrit un préjugé favorable à l’égard de la capitale, son choix final sera déterminé par le meilleur emplacement qui lui sera proposé.

«Oui, mon cœur bat pour Québec, mais il va falloir que l’œuvre soit installée dans un lieu avec une connotation historique. La flèche, c’est pour marquer un événement, un fait, le début de quelque chose. Il ne faut pas que ce soit perdu quelque part.»

L’œuvre doit impérativement prendre forme dans un endroit dégagé, éloigné dans un certain rayon de grands arbres ou d’immeubles imposants, ajoute-t-il. Pas question, comme lui a proposé un promoteur immobilier, de l’ériger entre deux immeubles.

«Il faut que la flèche puisse respirer. C’est une pièce immense. […] Il y a une ville qui m’a proposé de l’installer dans un endroit très passant. Ce n’est pas tout qu’elle soit érigée près d’une route pour que tout le monde la voie, il faut aussi qu’elle soit valorisée, que les promeneurs y aient accès. Il y a un équilibre à trouver entre l’achalandage et l’appropriation par le milieu.»


« Oui, mon cœur bat pour Québec, mais il va falloir que l’œuvre soit installée dans un lieu avec une connotation historique. La flèche, c’est pour marquer un événement, un fait, le début de quelque chose. Il ne faut pas que ce soit perdu quelque part.» »
Me Marc Bellemare

«Une œuvre d’art, poursuit-il, il faut que ça fitte dans le décor. Quand ça ne fitte pas, les gens vont la contester. On s’en est aperçu avec Dialogue avec l’histoire. Je reçois encore des courriels de gens qui me disent qu’elle est mieux à sa place au parc de l’Amérique qu’à place de Paris.»

Un Travail valorisant

Dans son atelier de Saint-Romuald, l’artiste Ludovic Boney travaille depuis cet été à la fabrication de l’œuvre, de couleur noire, faite d’acier et d’aluminium. 

«C’est un gros projet. Jean-Pierre Raynaud est un artiste reconnu mondialement. C’est très valorisant de travailler pour lui», indique celui qui a présidé à la renaissance de Dialogue avec l’histoire et dont quelques créations sont exposées à l’hôtel de ville de Québec, au Musée national des Beaux-arts du Québec et à l’hôtel-musée de Wendake. M. Boney compte terminer son travail dans le courant de l’automne. «Ça demande beaucoup de précision parce qu’il faut que [la flèche] soit bien droite, bien carrée, bien plate.»

Un choix pas facile

Outre la Ville de Québec, deux «institutions publiques de la région» ont manifesté de l’intérêt à accueillir l’œuvre, avance Me Bellemare, sans aller plus loin.

Le réputé juriste compte arrêter son choix d’ici la fin de l’année afin de procéder à l’installation de la flèche en 2021. Il ne tient pas à retarder l’échéancier puisqu’il serait alors obligé de l’entreposer, ce qui occasionnerait des frais supplémentaires.

«Plusieurs personnes vont me revenir en septembre. J’attends d’avoir un portrait complet, de voir toutes les propositions avant de prendre une décision. Je vais aussi consulter M. Raynaud, par respect pour lui. Il a quand même des exigences. C’est sûr que je vais avoir un choix à faire et ce ne sera pas facile parce qu’on ne peut pas faire plaisir à tout le monde», conclut-il.