Geneviève Guilbault, voit comme une «certaine lâcheté» la décision de l’Université d’Ottawa de suspendre un de ses professeurs qui a prononcé dans un cours «un mot en n» jugé offensant par certains étudiants noirs.
Geneviève Guilbault, voit comme une «certaine lâcheté» la décision de l’Université d’Ottawa de suspendre un de ses professeurs qui a prononcé dans un cours «un mot en n» jugé offensant par certains étudiants noirs.

Professeure de l'Université d’Ottawa suspendue: une «certaine lâcheté», selon Guilbault

Normand Provencher
Normand Provencher
Le Soleil
La vice-première ministre du Québec, Geneviève Guilbault, voit comme une «certaine lâcheté» la décision de l’Université d’Ottawa de suspendre un de ses professeurs qui a prononcé dans un cours «un mot en n» jugé offensant par certains étudiants noirs. Dans une déclaration déposée mardi matin sur sa page Facebook, Mme Guilbault considère troublant «de voir l’Université jeter cette professeure en pâture à des militants agressifs qui tiennent des propos violents envers elle et les francophones».

Dans la foulée de cette «controverse» qui ne cesse de prendre de l’ampleur et qui a donné lieu à «des dérapages inacceptables», la vice-première ministre prend fait et cause pour l’enseignante visée, Verushka Lieutenant-Duval, «qui a utilisé un mot dans un contexte académique, qui dans un autre contexte peut être très insultant et agressant pour les personnes noires. Elle n’avait aucune intention de blesser qui que ce soit et elle s’est excusée si ça avait été le cas».

Mme Guilbault qualifie d’«inacceptable» que des «étudiants militants» s’en soient pris à la professeure, tout comme elle dénonce qu’une trentaine de ses collègues ayant pris sa défense aient subi à leur tour «les attaques violentes des militants, qui se sont attaqués au fait qu’ils étaient francophones.»

«En important des idéologies en provenance des États-Unis, on se retrouve à provoquer les mêmes tensions sociales, écrit-elle. On n’a pas besoin de ça ici. Depuis quand insulter des professeurs d’université parce qu’ils sont francophones fait avancer la lutte contre le racisme?»

La vice-première ministre estime que le problème «existe aussi au Québec» et qu’il doit y avoir «une réflexion là-dessus».

«Les universités doivent être des lieux de liberté. Liberté de pensée et liberté d’expression. Comme partout, si des propos racistes sont tenus, la personne doit être punie. Mais la censure et les attaques violentes sur les réseaux sociaux ne font sûrement pas partie de la solution.»

En moins d’une heure, la page Facebook de la politicienne avait accueilli près de 400 commentaires, la plupart la félicitant pour sa prise de position. Quelques internautes ont profité de l’occasion pour lui rappeler que son parti avait moins d’empressement à dénoncer le racisme systémique.

L'Université d'Ottawa

En marge d'une conférence de presse tenue plus tard en journée, la ministre de la Sécurité publique est revenue brièvement sur sa sortie, à la suite d'une question d'une journaliste. «Il y a beaucoup de francophones qui vont à l'Université d'Ottawa. J'ai des collègues qui l'ont fréquentée. La professeure en question est Québécoise. C'est dans cette optique que je me suis permis de me prononcer, et aussi parce que je sens qu'il y a un mécontement de plusieurs personnes sur la façon dont cette personne a été traitée, de voir le traitement générale de l'affaire par l'Université d'Ottawa.»

Le ministre Lacombe «peu fier» de son université

Le ministre responsable de l’Outaouais, Mathieu Lacombe, a ajouté son grain de sel à la controverse qui entoure la suspension d’une professeure de l’Université d’Ottawa.

«En tant que diplômé de l’Université d’Ottawa, je ne suis pas fier quand je vois ça. Bravo à ceux qui osent se tenir debout et dénoncer ce dérapage», a écrit M. Lacombe sur Facebook mardi après-midi.

Dans ce message, le député de Papineau tenait à soutenir la position prise par le premier ministre, François Legault, et la vice-première ministre, Geneviève Guilbault, en conférence de presse.

«On ne peut pas tolérer cette vague de haine contre les professeurs francophones. La professeure Lieutenant-Duval ne mérite pas toute cette violence. Ses collègues qui ont pris sa défense non plus, lance Mathieu Lacombe. Le recteur a encore le temps de se ressaisir.»

Danielle McCann «très préoccupée»

De son côté, la ministre québécoise de l’Enseignement supérieur, Danielle McCann, se dit «très préoccupée» par ce qui est arrivé à l’Université d’Ottawa et croit qu’il faut protéger la liberté académique et la liberté d’expression dans le cadre des cours.

Protéger ces libertés, «c’est une question de principe fondamentale», a-t-elle dit en entrevue avec La Presse Canadienne, mardi.

La ministre de l’Enseignement supérieur, Danielle McCann

«Il faut d’abord et avant tout réitérer combien la liberté académique et la liberté d’expression, dans le cadre des cours, des formations, c’est essentiel. Il faut que ce soit protégé. Dans le cadre de la mission de l’université, qui est la transmission du savoir, il faut que ce soit réitéré», a insisté la ministre McCann.

Elle affirme toutefois que les universités ont une responsabilité à cet égard. «L’avenue qu’il faut prendre, c’est le dialogue. Et, dans ce sens-là, les universités ont vraiment une responsabilité de trouver des voies de passage avec les étudiants, en protégeant leurs professeurs, aussi, dans le cadre de cours, de formations où on doit débattre de ces questions.»

Du même souffle, la ministre de l’Enseignement supérieur rappelle qu’il faut aussi faire preuve de sensibilité à l’endroit de l’utilisation de certains mots qui pourraient «froisser» des étudiants.

Avec Le Droit et La Presse canadienne