La chercheuse torontoise Rachel Epstein estime que tous les Québécois doivent avoir accès aux services de procréation assistée, sans aucune forme de discrimination.

Procréation assistée: le Québec «hétérosexiste»

Le Québec fait preuve d'hétérosexisme dans son débat entourant l'accessibilité du programme de procréation assistée lorsqu'il est question des conjoints de même sexe, déplore une chercheuse torontoise, Rachel Epstein, qui travaille sur cet enjeu hyper sensible dans la communauté lesbienne, gaie, bisexuelle et transsexuelle (LGBT).
À l'occasion du congrès annuel de la Société canadienne de fertilité et d'andrologie qui se tient à Québec du 11 au 14 septembre, Rachel Epstein a présenté une conférence très intime visant à sensibiliser le personnel travaillant dans les cliniques de fertilité sur la réalité des clients membres de la communauté LGBT. Lesbienne et mère d'un enfant issu de la procréation assistée, l'experte a non seulement étudié la question dans le cadre de son doctorat, mais a aussi mis sur pied un groupe de soutien pour ses pairs parents ou souhaitant le devenir, le LGBTQ Parenting Network.
«Il faut absolument changer notre vision des choses. On a autant besoin que les hétéros des services», martèle Mme Epstein. Selon elle, puisque le Québec est la seule province dotée d'un programme de procréation assistée gratuit, il doit donner l'exemple. Or, les débats qui ont suivi la médiatisation de la démarche de l'animateur Joël Legendre, qui a eu recours, à une mère porteuse n'ont pas plu aux LGBT.
La révision du programme prévue par le gouvernement les inquiète particulièrement. «Nous avons très peur qu'il décide de diviser la clientèle entre les hétéros et ceux qui ne le sont pas», fait valoir l'experte, qui estime que tous les Québécois doivent avoir accès aux services sans aucune forme de discrimination.
Si Québec vient à favoriser les conjoints de sexes différents comme certains le souhaiteraient, il s'agira d'un important pas en arrière, soutient Rachel Epstein. Elle dénonce l'hétérosexisme derrière cette position, un phénomène qu'elle décrit comme étant «la présomption que tout le monde est et doit être hétérosexuel et que l'hétérosexualité et la forme normale d'expression sexuelle».
Cliniques pas adaptées
Tout au long de sa présentation, la conférencière a fourni plusieurs exemples montrant que les cliniques de fertilité ne sont pas conçues pour les LGBT, allant des formulaires à remplir au langage utilisé par le personnel qui y travaille en passant par les magazines pornographiques fournis pour donner un coup de pouce aux donneurs de sperme et «qui n'inspirent pas tout le monde».
Rachel Epstein regrette qu'une importante partie de la population canadienne croie toujours que les LGBT ne doivent pas être parents, et ce, alors que les cliniques à travers le pays accueillent de plus en plus de membres de la communauté. «Il y en aurait plus si ce n'était pas des nombreux obstacles qui se dressent devant eux», assure-t-elle.