Les anciens patrons de la boucherie, Bernard Huot, et son fils Carl, sont accusés de négligence criminelle causant des voies de fait avec lésions corporelles.
Les anciens patrons de la boucherie, Bernard Huot, et son fils Carl, sont accusés de négligence criminelle causant des voies de fait avec lésions corporelles.

Procès pour des accusations de négligence criminelle dans une boucherie [VIDÉO]

Un jeune employé inexpérimenté. Une machine défectueuse. Une chute dans un hachoir à viande industriel. La Cour du Québec devra démêler la part de négligence et la part d’imprévisible dans l’accident de travail à la Boucherie Huot de Saint-Nicolas, qui a causé de graves blessures à Olivier Bouchard, 18 ans, en novembre 2016.

L’entreprise Boucherie Huot du boulevard Marie-Victorin a été vendue à son concurrent le distributeur alimentaire Viandex à l’été 2016. 

Mais au moment de l’accident, le propriétaire et dirigeant Bernard Huot, 69 ans et son fils Carl, 37 ans, étaient toujours en poste.

Les deux ex-dirigeants de l’entreprise qui comptait une trentaine d’employés, subissent leur procès pour une accusation de négligence criminelle ayant causé des lésions corporelles à Olivier Bouchard. La période de l’accusation ne couvre pas seulement la date de l’accident, mais les deux années précédentes.

Le 10 novembre 2016, Olivier Bouchard, assistant-boucher de 18 ans, s’est présenté pour travailler dans la section du bœuf haché.

Les opérations de l’usine sont filmées par des caméras de surveillance. La juge Annie Trudel de la Cour du Québec qui entend le procès a donc pu voir la scène dramatique.

On peut voir le jeune employé grimpé sur un escabeau, au-dessus du gros hachoir industriel qui sert à mélanger et broyer la viande avant de la pousser vers un autre moulin.

Pour une raison qui reste à éclaircir, l’employé est tombé dans la grosse cuve en acier inoxydable. Sa tête et un de ses bras ont été coincés par la vis sans fin et les pales. L’employé portait un casque de sécurité qui n’a pas empêché de graves blessures.

Après avoir arrêté l’équipement, des collègues de travail se sont aussitôt précipités pour lui venir en aide. Parmi les premiers, le boucher d’origine cubaine Oscar Masso Condo. «Je voyais juste ses jambes, raconte, avec un fort accent hispanique, M. Masso Condo. Tout le monde était en panique, le monde criait.»

Le boucher a demandé une masse à un collègue. M. Masso Condo dit avoir ensuite frappé sur la machine pour défaire l’hélice. 

Le jeune homme a été coincé pendant au moins cinq minutes avant que ses collègues puissent le dégager. L’employé inconscient a ensuite été étendu sur un comptoir où des collègues lui ont prodigué les premiers soins en attendant les secours. «Pour moi, il était mort», se souvient le boucher d’origine cubaine.

À l’arrivée du premier patrouilleur, Olivier Bouchard avait un fort saignement à la tempe et le bras et la tête déformés. Il a été conduit d’urgence à l’hôpital. Il témoignera plus tard durant le procès de ce qui est arrivé et des lourdes séquelles qu’il porte depuis. Le jeune homme a notamment développé de l’épilepsie.

Les policiers de Lévis ont trouvé les employés de retour à leur poste, mais fortement ébranlés par l’événement. La police a suggéré aux propriétaires d’arrêter la production et des intervenants sociaux se sont déplacés à l’usine pour rencontrer les témoins de l’accident.

La machine où a eu lieu l’accident a été cadenassée. Les enquêtes parallèles de la police de Lévis et de la CNESST se sont alors mises en branle.

Mauvais fonctionnement?

Pour le boucher d’origine cubaine, il est clair que le mélangeur-broyeur en cause ne fonctionnait pas comme il aurait dû. Normalement, explique M. Masso Condo, le mélangeur-broyeur s’arrête lorsqu’on soulève son couvercle. Un employé peut avoir besoin d’accéder au fond de la cuve pour dégager la viande. 

Oscar Masso Condo avait formé Olivier Bouchard pour se servir du hachoir à viande. «Je ne le laissais pas travailler seul sur le hachoir, précise M. Masso Condo. Un jeune de 18 ans, il ne fera pas attention.»

Interrogé par le procureur de la Couronne Me Marc Gosselin, le boucher cite deux autres machines de la boucherie Huot qui, à ses yeux, ne fonctionnaient pas normalement par moment. 

L’entretien et la réparation des machines s’est amélioré après l’accident, lorsque Viandex a pris les rênes de l’entreprise, affirme M. Masso Condo, qui a quitté l’entreprise en novembre 2018. 

Après la vente, l’employé a eu sa première formation en santé et sécurité au travail.

Interrogeant le policier technicien en identité judiciaire, l’avocat de la défense Me Rénald Beaudry a pris soin de souligner au tribunal que le hachoir industriel était très bruyant lorsqu’il était en fonction.

Le procès criminel se poursuit pour les deux prochaines semaines.

Olivier Bouchard et ses parents ont aussi intenté une poursuite civile de 300 000 $ contre Bernard et Carl Huot, l’entreprise ainsi que les électriciens qui ont fait des travaux sur le hachoir industriel.