Pour une rare fois, une discrète caméra robotisée filme en salle d’audience, au palais de justice de Québec.

Procès pour agression sexuelle: une famille innue déchirée

Laura*, Innue originaire de Malioténam près de Sept-Îles, garde sa porte toujours ouverte pour les membres de sa famille. Elle les accueille, les nourrit, les héberge. Son cousin Joé*, un détenu en libération conditionnelle, a profité de son hospitalité pour l’agresser sexuellement, affirme-t-elle.

La dame de 55 ans, au regard triste, se tord les doigts en racontant son histoire aux 12 jurés.

Elle accuse son cousin Joé, un Innu âgé de 44 ans, de l’avoir agressée sexuellement dans la nuit du 11 au 12 décembre 2015.

Joé et Laura ont passé leur jeunesse ensemble sur la Côte-Nord, la plus vieille gardant le plus jeune ainsi que ses frères et sœurs.

Les démêlés judiciaires de Joé n’ont pas coupé les liens. «C’est mon cousin, mon confident, mon ami. Il m’a trahi», laisse tomber Laura, le visage assombri.

En 2015, Joé habite au Centre correctionnel communautaire Marcel-Caron, une maison de transition de Québec. Laura accepte qu’il vienne dormir chez elle lors de sorties de fins de semaine.

Le 11 décembre, Joé arrive chez sa cousine sur l’heure du souper. Laura a déjà commencé à boire depuis le début de l’après-midi. Alcoolique, elle a rechuté depuis l’été précédent.

Cette fois-ci, c’est Joé qui achète les consommations. «Il m’a payé la traite parce que j’avais accepté qu’il vienne chez nous», explique Laura.

La dame évalue avoir bu environ huit bières. Elle a aussi pris des speed et fumé du pot avec son cousin. Ce dernier a admis avoir brisé sa condition de libération qui lui interdisait la consommation d’alcool et de stupéfiants.

En fin de soirée, Laura va se coucher. Elle enfile son pyjama et prend un somnifère.

Elle se réveille quelques heures plus tard. Laura affirme qu’elle voit alors Joé étendu sur elle, les jeans aux genoux, en train d’essayer de la pénétrer. La dame dit avoir constaté qu’elle n’avait plus son pantalon de pyjama ni son slip.

Laura raconte qu’elle a repoussé son cousin et a fui dans une autre chambre. Elle se rhabille et se rendort, assommée par la médication.

Elle allègue que Joé est venu la retrouver et lui a fait des attouchements aux seins.

Laura lui crie «va-t’en!» en langue innue. Le cousin refuse de s’en aller. 

C’est la fille de Laura, alertée par un texto de sa mère, qui va expulser Joé du logement.

Laura hésite à porter plainte. «J’avais peur que personne ne me croit. Il est aimé dans la famille, il a toujours eu de l’aide, fait remarquer Laura. Pourquoi il m’a fait ça?»

Laura sera contre-interrogée mercredi par l’avocate de la défense.

* Les prénoms ont été modifiés pour protéger l’identité de la plaignante

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CAMÉRAS EN SALLE

Pour une rare fois, une discrète caméra robotisée filme, en salle d’audience, le procès de l’Innu accusé d’agression sexuelle sur sa cousine. C’est celle de la compagnie de production KOTV, qui réalise le docu-réalité Les coulisses du palais

La caméra filme le juge Serge Francoeur de la Cour supérieure, les avocates de la défense, les procureurs de la Couronne ainsi que les jurés qui ont accepté la captation de leur image. L’identité de la plaignante est protégée. 

«C’est fait de façon professionnelle, autorisé par les autorités de la Cour, a dit le juge Francoeur aux 12 jurés. J’ai accepté de participer, de donner des entrevues sur le processus judiciaire pour servir à titre éducatif.» Le tournage se déroule sous l’œil attentif de fonctionnaires du ministère de la Justice et du Directeur des poursuites criminelles et pénales. 

Le docu-réalité, qui suivra le travail quotidien de juges, d’avocats et de travailleurs de la cour, sera diffusé cet automne à Canal D.