Le pasteur baptiste Claude Guillot et son avocate Me Susan Corriveau

Procès Guillot: un élève enfermé dans sa chambre pendant deux semaines

«Claude Guillot enseignait la soumission absolue, la soumission aveugle. Moi, ça me puait au nez. Je ne faisais pas exprès pour briser la parade, mais il n’était pas question que je ne sois pas moi-même.»

Rémi*, aujourd’hui âgé de 32 ans, a passé une dizaine d’années à suivre les enseignements rigoureux du pasteur baptiste Claude Guillot. Comme cinq autres anciens élèves, il accuse le pasteur de voies de fait et de voies de fait ayant causé des lésions corporelles.

Alors qu’il était en troisième secondaire, sa mère a choisi d’inscrire Rémi à l’école clandestine du pasteur Guillot, dans le quartier Chauveau, pour qu’il suive l’enseignement chrétien accéléré, le programme ACE, donné en anglais.

La mère de Rémi entendait le pasteur Guillot depuis des années prêcher qu’il fallait protéger les enfants des mauvaises influences pour éviter qu’ils deviennent des délinquants. L’école à la maison était la meilleure avenue, selon le pasteur.

Rémi ne vivait pas chez Guillot. Mais sa mère — son père est décédé quand il avait neuf ans — appliquait les mêmes règles. Des règles que Rémi a souvent contestées, s’attirant de multiples punitions.

«J’étais traité d’anarchiste, car je refusais d’obéir comme Abraham, à qui Dieu avait demandé de sacrifier son fils», explique Rémi.

Rémi a dû enchaîner des centaines de squats et de push-ups. «Mes jambes tremblaient. Il [Guillot] riait de moi et disait que j’étais faible», se souvient-il.

Rémi se rappelle d’un cycle de conséquences, au cours duquel il a dû rédiger des pages et des pages de composition sur ses fautes. «Je me souviens que j’ai commencé à l’automne et j’ai terminé au printemps.»

À une autre période, il a dû passer deux semaines enfermé dans sa chambre, chez sa mère, parce qu’il refusait de refaire une série de problèmes mathématiques, sur laquelle il avait travaillé avec acharnement et obtenu une bonne note, dit-il.

En 2007, à l’âge de 22 ans, Rémi confronte le pasteur Guillot. «Je lui ai dit qu’il était un faux docteur, que ses enseignements n’étaient pas droits, témoigne le jeune homme. Alors il m’a demandé de prendre mes affaires et de quitter le domicile de ma mère. C’était l’automne… et je suis parti dans le néant.»

Rémi avait tout à apprendre du monde du travail, de la vie en société. Il a longtemps transporté un énorme poids. «Ça fait 10 ans que je suis sorti et je commence à aller bien depuis un an ou deux», évalue-t-il.

Son témoignage se poursuit la semaine prochaine.

* Nom fictif