Le procès du policier Simon Beaulieu, qui était au volant de l’autopatrouille qui a écrasé le cycliste Guy Blouin le 3 septembre 2014, se poursuivait lundi.

Procès du policier Simon Beaulieu: témoins sous le choc

De résidents du quartier, des travailleurs, des clients de la caisse populaire, des sans-abri; le parvis de l’église Saint-Roch grouillait de monde le midi du 3 septembre 2014 lorsque le policier Simon Beaulieu a frappé le cycliste Guy Blouin.

La caissière France Bédard profitait de son heure de lunch pour prendre du soleil, juste devant la caisse Desjardins du centre-ville, rue Saint-François Est.

Elle discute avec une collègue et regarde les clients entrer et sortir de l’institution financière.

Soudain, Mme Bédard entend un crissement de pneus. Elle voit une autopatrouille reculer, sans gyrophare ni sirène, et frapper un cycliste qui roulait en direction ouest. «Je suis restée figée sur mon banc, a expliqué Mme Bédard, lors du deuxième jour du procès de Simon Beaulieu. J’ai vu M. Blouin en dessous de la voiture.»

Les deux policiers sortent de la voiture. France Bédard entend Guy Blouin sacrer après les agents.

Un des policiers met un genou dans le dos du cycliste. Selon la témoin, il lui lance : «De toutes façons, tu es arrêté. L’ambulance s’en vient.»

Guy Blouin, 48 ans, va ensuite marcher, avec un peu d’aide, jusqu’au véhicule d’urgence. Son décès sera constaté tout juste après son arrivée à l’hôpital.

Jean Fortin, gardien de nuit dans une maison de thérapie et résidant du quartier Saint-Roch, a entendu plutôt que vu la collision. Mais quelques secondes plus tôt, il avait bien vu l’autopatrouille reculer rapidement, dit-il. «Il a eu un bon départ», a commenté M. Fortin.

Le cycliste Guy Blouin, lui, roulait normalement, sans faire mine de se sauver, ajoute-t-il.

Jean Fortin se rappelle encore de la colère et du choc des dizaines de personnes qui ont quitté le parvis pour s’aligner le long de la rue Saint-François. Il a lui-même participé à la création du Comité du 3 septembre, un regroupement de citoyens qui vise à dénoncer les infractions commises par les policiers.

Preuve close pour la poursuite

Après le témoignage du reconstitutionniste de la SQ, d’un mécanicien et des deux témoins civils, le procureur de la Couronne Me Michaël Bourget a déclaré sa preuve close lundi midi.

La défense a commencé sa preuve en déposant le rapport d’un expert en traumatologie. Ce médecin évalue que Guy Blouin est décédé d’une «super-fracture» de côte, qui empêchait ses poumons de se gonfler et de se dégonfler normalement.

Une expertise toxicologique déposée par la défense démontre que Guy Blouin avait dans son urine des résidus de cocaïne, de métamphétamines et de cannabis.

Jugement du policier

La défense a fait témoigner l’officier superviseur de Simon Beaulieu concernant les nombreuses plaintes visant les piétons et les cyclistes au centre-ville. «On demande aux patrouilleurs d’être très interventionnistes au niveau du partage de la route lorsqu’ils constatent des infractions», a indiqué l’inspecteur David Fillion.

Le juge René de la Sablonnière qui entend le procès a pu apprendre que sur les 120 directives administratives et procédures opérationnelles de la police de Québec, aucune ne concerne les interceptions de cycliste.

Et de toutes façons, s’il y avait une procédure, le patrouilleur devrait l’adapter aux circonstances, a affirmé le lieutenant Marko Mercier.

«Les directives n’ont pas pour but d’empêcher de réfléchir le patrouilleur?» lui a demandé le procureur de la Couronnne, Me Michaël Bourget. Non, concède l’officier.

«Ça ne l’empêche pas de juger de ce qui est dangereux?» Non à nouveau.

«Et vos directives ne viennent pas supplanter le Code de la sécurité routière?» Pas du tout.

Le procès sera suspendu jusqu’à mercredi pour donner le temps à la Couronne de lire l’expertise de l’ingénieur Jean Grandbois, mandaté par la défense pour reconstituer l’accident, et préparer le contre-interrogatoire.

Le policier Simon Beaulieu et son ancien partenaire de patrouille témoigneront par la suite.